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Coup de blues et page…

Coup de blues et page blanche….

Ben voilà…. Ca devait m’arriver à moi aussi…. syndrome de la page blanche …. Et en même temps que tous mes collègues chroniqueurs en plus…. La seule différence, c’est qu’ils s’en sont quand même bien sortis eux…. Moi, je rumine…. Je mâchonne mon crayon…. J’ai les yeux dans le vague, je n’arrive pas à me concentrer. Des motoneiges passent dans ma rue à vive allure, ils font un boucan d’enfer, on dirait qu’ils s’amusent à faire le tour du pâté de maisons…. Y a pas idée quand même….
De toute façon, elle tombe mal cette chronique. Le jour J, j’avais trop de choses à faire, et j’ai donc repoussé l’échéance. Et maintenant, j’ai pô envie. Un vieux coup de blues. Ou plutôt, non. C’est pas vraiment un coup de blues, c’est une période de transition. La transition d’une vie à plusieurs à une vie toute seule.

Mon copain Kees est finalement reparti vers sa verte et humide Irlande…. Il m’écrit un petit mail tous les jours, pour me dire qu’il s’ennuie, et qu’il a froid. Elle est bonne celle-là…. Froid à 0°, alors qu’ici, il se promenait dehors en caleçon pour sortir les poubelles par -10°…. Et oui, mais en Irlande, il fait gris, il pleut, et il y a un vieux vent du nord bien glacial…. Bref, c’est humide pas à peu près. C’est vraiment débile que les services d’immigration québécois ne veuillent pas de lui. Et pourquoi ? Parce qu’il est trop vieux. Il a 59 ans ! Vous vous rendez compte ? Un croulant ou je ne m’y connaît pas. Mais des croulants qui partent pendant un mois pour aller faire une randonnée à vélo ou qui marchent 1600 kilomètres pour aller à Saint Jacques, je voudrais bien en voir tous les jours. En plus, je suis sure que la moitié du village de Ferme-Neuve serait d’accord pour signer une pétition pour qu’il revienne. Pensez donc ! La chorale vient de perdre sa plus belle voix de basse, Mario a perdu son coéquipier de galère quand le tracteur ne marchait pas et regrette l’ami qui l’aidait à faire tous les petits travaux de la ferme. Guillaume a perdu son pote de bagarre et de construction de château fort dans la neige, Pitoune et Puce ont perdu celui qui les avait dressées à venir au galop sur un simple coup de sifflet (en passant, j’ai essayé toute ma vie le coup de Zorro qui siffle son cheval, et ça n’avait jamais marché….). Jules perd son professeur d’anglais, Lucie perd son plus fervent admirateur, Pierre perd son adversaire aux échecs, André-Jean pleure son confident, et l’industrie touristique de la région se prive du seul gars du coin qui pouvait parler 5 langues…. Quant à moi, je perds tout cela, plus tout le reste…. Parfois, on souhaiterait que les services de l’immigration laissent tomber leurs œillères et qu’ils fassent du cas par cas. Enfin bref. Le voilà reparti dans ses pénates, mon chum hollandais. Il reviendra sans doute en touriste, un de ces jours….

Pour rendre les choses un peu moins difficiles, Kees a cédé la place à ma mère, qui arrive avec sa doudoune et ses grosses valises. Elle vient passer ses vacances avec moi, pour goûter enfin à cet hiver québécois que tant de monde redoute. Moi, je suis aux anges. Quel plaisir d’avoir sa môman à la maison ! On se lève, le petit déjeuner est déjà prêt, et la vaisselle est expédiée. On rentre du travail, on a droit à de bonnes crêpes toutes chaudes, le repassage est fait, la cour déneigée, la maison sent bon le propre, le souper est sur le feu…. Ahh !! Qu’il est bon de se faire dorloter comme quand on était petit !! On oublie pour un moment la folie de l’immigration et on retrouve les plaisirs de la vie de famille. On prend le temps d’un petit apéritif, on se raconte notre journée, on fait les plans pour le lendemain…. Quel bonheur !
Ma mère avait tout emporté en vue de rester scotchée dans la maison, vu qu’on lui avait dit que février était le mois le plus froid. En fin de compte, elle aura passé 15 jours dehors, à humer le bon air. Ski de fonds, raquettes, promenades à pieds, elle a découvert tout un univers auquel elle ne s’attendait pas…. J’avais réussi à prendre un ou deux jours de congés pendant sa visite, et on est partie toutes les deux pour une grande promenade en raquettes sur la montagne du diable. Quel enchantement ! Les arbres sont de vrais fantômes, croulant sous le poids de la neige. C’est à peine si on peut voir leurs branches. On passe sous des ponts de glace, on se laisse glisser dans les descentes, on se laisse envahir par la magie des lieux et par le calme qui y règne. On écoute religieusement le silence, on est à des millions de kilomètres de la vie trépidante des cités. Arrivées au refuge, on regrette que le temps se soit couvert, nous empêchant de contempler l’extraordinaire vue de la paroi de l’aube, mais ce n’est pas grave. On promet de revenir de toute façon….
C’est le cœur un peu lourd que je la ramène, elle aussi, à l’aéroport. Comme le dit si bien Kees : « la vie d’un immigrant, c’est de ramener sans cesse ceux qu’on aime à l’aéroport ». D’ailleurs, on le connaît par cœur ce fichu chemin de l’aéroport. On pourrait conduire les yeux fermés.
Cette fois-ci, la traditionnelle question reste coincée au fond de la gorge : « on se revoit quand ? ». Pour une fois, personne n’a la réponse. Ou plutôt si, mais on ne veut pas la donner. Ma mère ne pourra pas revenir cette année, et moi, je ne pense pas repartir avant le mois de novembre. Ca fait loin, tellement loin qu’on ne veut même pas compter le nombre de mois. Alors on laisse la question en suspend, au cas où….

Et voilà. Après tout ça, me revoici toute seule chez moi. Pour ne pas arranger les choses, je trouve deux lettres, provenant de mon ancien employeur français…. Stupeur…. C’est quoi ce truc ? Finalement, je découvre deux cartes de vœux, écrites collectivement par tous mes anciens collègues de deux services différents. Chacun y va de son petit mot, ils sont tous aussi touchants les uns que les autres…. Séquence émotion…. Larmes aux yeux. Ils me manquent….
Et je suis contente d’avoir quelques nouvelles des bonzaïs….

Comme la dernière fois que ça m’est arrivé de me retrouver seule, je sais qu’il me faudra un petit temps de réadaptation, mais que tout ira bien par la suite. Déjà, pour mon premier week-end en solo, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Mes fermiers préférés avaient vaqué chacun à leurs occupations, me laissant pour deux jours la garde de la bergerie…. en pleine période d’agnelage ! Alors j’ai donné à manger à tout le monde, vidé les seaux de glace pour les remplir avec de l’eau pas gelée, caressé les bébés déjà nés, rentré les brebis qui vont agneler, supervisé les accouchements, surveillé les nouveau-nés pour qu’ils tètent leur mère…. Cool non ? C’est ça qui est bien quand on s’occupe d’animaux…. On a pas le temps de penser à ses propres petits soucis, et ça vous remet vite les pieds sur terre.
Demain aussi, je vais recommencer une nouvelle semaine de boulot, et je sais que mes collègues vont tout mettre en œuvre pour me booster. C’est ça qui est incroyable ici. Les gens sont vraiment attentionnés. On connaît l’histoire de tout le monde, et on est très attentif au moral des troupes. Alors tout le monde va y aller de sa petite parole gentille, de sa petite invitation, ou que sais-je. C’est vraiment touchant, et ça vous redonne un coup de fouet en un rien de temps.
Et puis enfin, il y a mon nouveau projet. Enfin je n’en suis pas l’instigatrice, mais j’ai été contactée pour participer à sa mise en œuvre, et j’ai bien l’impression que cela va m’ouvrir de nouveaux horizons. Il s’agirait de développer un nouveau circuit touristique de canot camping dans la région des Hautes Laurentides. Imaginez un réseau de plusieurs centaines de kilomètres de rivières et de lacs, emprunté autrefois par les amérindiens pour leur commerce de fourrures, utilisés ensuite pour la drave, et oubliés depuis…. Quel dommage…. Alors il a été décidé de rouvrir les voies ancestrales, de les mettre à portée de tous, et de les agrémenter de panneaux informatifs et thématiques, racontant la faune, la flore, et l’histoire de la région, des pionniers jusqu’à nos jours. En tout cas, c’est un projet carrément passionnant.

Je crois d’ailleurs que j’ai déjà trouvé le thème de ma prochaine chronique : comment essayer de réussir professionnellement au Québec quand tout nous intéresse, en évitant les dangers de l’éparpillement….

Mais pour le moment, je vais m’affaler devant ma télé avec mon paquet de chips…. En essayant de raisonner mes chats qui foutent le bazar dans toute la maisonnée depuis une heure….

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