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La chance au coureur

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Depuis avril, nous avons une nouvelle ministre de l’Immigration et des Communautés Culturelles (MICC) avec Mme Yolande James, députée libérale du comté montréalais de Nelligan.

À plus d’un titre, cet événement mérite qu’on lui consacre une chronique.

On applaudit donc bien fort l’audace de Mr Charest qui est un bon coup de pouce pour l’égalité sexuelle et la reconnaissance des communautés culturelles. Ça, c’est pour les bonnes nouvelles.

Maintenant, on se doute bien qu’il s’agit d’un – habile – calcul politique dont le but est de frapper l’imaginaire. En effet, Mme James est un bon « package ». À elle seule, c’est une représentation symbolique des femmes, des minorités visibles, de l’électorat jeune, des anglophones (bilingue et parents antillais anglophones) et de Montréal.

Parce que c’est une femme, parce qu’elle est jeune (30 ans en novembre prochain), parce qu’elle est issue d’une minorité visible. Et surtout parce qu’elle est la première personne de couleur à accéder à un poste ministériel. C’est aussi extraordinaire que Mme Claire Kirkland-Casgrain en 1961 (première femme députée) et Mr Alfred Jean en 1976 (première personne de couleur députée). Mr Charest le savait : il frappait un grand coup avec son Conseil des Ministres à la parité absolue. Il servira désormais de référence pour les suivants, quelque soit le parti qui sera au pouvoir.

Mme Yolande James (source : Assemblée Nationale)

Cinq en un, beau tir groupé quand vous devez former un gouvernement pris dans un régime minceur. Surtout qu’elle fût l’adjointe parlementaire de sa prédécesseure à ce poste, Mme Lise Thériault. Ça veut dire que quand sa patronne n’était pas là à l’Assemblée Nationale, Mme James parlait en son nom (et devait donc maîtriser ses dossiers). Et elle a en plus participé un groupe de travail sur la pleine participation à la société québécoise des communautés noires. Ceci pouvant expliquer pourquoi madame est au MICC.

Maintenant, personne ne s’attendait à ce qu’elle soit nommée à ce poste. À commencer par l’intéressée elle-même. Parce que c’est une junior sortie quasiment de nulle part (députée depuis 2004), parce qu’il y a beaucoup de députés « ministrables » dans le caucus libéral. Et aussi parce que Mme Thériault, sans être flamboyante, faisait une bonne job au MICC. La vérité est qu’elle doit sa nomination uniquement au tsunami électoral du 26 mars dernier. Mr Charest fût donc obligée de revoir sa copie et d’oser. Comme apporter du sang neuf (et inattendu) comme Mme James. Certes, mais certains trouvent la ficelle trop grosse. En effet, pourquoi nommer une si jeune députée, en âge et en expérience, au MICC si ce n’est pour ses origines ethniques ? En politique, on sait que frapper l’imaginaire, c’est gagner des votes.

Mais le MICC, sans avoir l’importance stratégique des Finances, de la Santé ou de l’Éducation, c’est quand même pas rien. Et vous avez raison : il s’y trouve des défis très concrets et significatifs à relever. Petit tour de propriété :

Le dossier des ordres professionnels. Nous savons tous que la réglementation des professions au Québec est un puissant obstacle à l’intégration professionnelle des immigrants. Or, tous les ordres professionnels doivent rendre des comptes à l’Office des Professions du Québec, elle-même relevant du Ministère … de la Justice. Mais le MICC a quand même mis en place un Groupe de Travail sur les professions et métiers réglementés. Mais on sait qu’en soi, c’est un dossier complexe à piloter.

Le cas des médecins étrangers pour les places vacantes en résidence est un autre bon exemple. Comme c’est relié à la santé, normal donc de voir Mr Couillard sur le front. Il s’est même impliqué personnellement au lieu de se contenter de suivre ça de loin. Par contre, silence radio du côté de Mme James. En fait, ce dossier concerne aussi les ministères de l’Éducation et de la Justice (pour la reconnaissance des diplômes). Qui donc devrait « leader » ce dossier ? Certainement pas Mme James en tout cas. Parce qu’elle fait figure de boy-scout face à ses trois collègues ministres, tous des poids lourds du PLQ. Surtout que Mr Couillard est pressenti pour devenir calife à place du calife au parti. Il prend alors toute la place, en témoigne son occupation médiatique. Anyway, dès qu’il s’agit de santé, ça devient automatiquement une affaire d’état au Québec. Fa que tasse-toué Yolande pis laisse jouer les grands.

Pourtant, l’immigration EST un projet de société pour le Québec vu les défis collectifs à relever. Chaque ministère est donc concerné à quelque part. L’immigration, ça peut donc devenir un projet majeur et mobilisateur ou rester un chantier flou et dilué : tout dépend de qui est à la barre du MICC. Autrement dit, Mme James a présentement l’opportunité rêvée de faire une différence.

Et elle en a l’occasion avec le dossier des accommodements raisonnables (AC). Sujet chaud. Parce que Mr Dumont, durant la campagne électorale a su – et avec raison – en faire un véritable enjeu d’affirmation de l’identité nationale en répétant inlassablement que c’est assez. Et une grande partie de l’électorat québécois s’est retrouvé dans son ton populiste. Et Mr Charest d’embarquer : son discours inaugural du 09 mai dernier, teinté de nationalisme, insistait sur l’importance de rappeler aux immigrants les valeurs fondamentales de la société québécoise et qu’une ligne claire devait être tracée. En outre, l’aspirante-calife au Parti Québécois, Mme Marois, tient aussi un discours nationaliste identitaire. Quasiment laissé à l’abandon par la rectitude politique, Mr Dumont a donc rouvert le terrain identitaire. La performance électorale adéquiste ayant légitimé ce coup d’audace, PQ et PLQ n’ont pas perdu de temps pour s’y engouffrer.

Jean Charest – chef du PLQ

Mario Dumont – chef de l’ADQ

Pauline Marois – PQ

« Je crois dans la diversité qui enrichit notre identité, mais je dénonce l’intégrisme religieux qui l’appauvrit. »

«Le contribuable québécois qui paie ses taxes n’a plus accès à son CLSC parce que cela brime la culture des autres. Ce n’est d’aucune façon raisonnable»

« […] : nous sommes des francophones, solidaires et démocrates, tolérants mais désireux du respect de notre identité»

En clair, ça devient une des priorités des chefs, dépassant politiquement les compétences de Mme James au MICC. Et d’ailleurs, j’ignore si sa couleur de peau et sa montréalitude seront véritablement des atouts. En effet, auprès de l’électeur moyen, les AC sont aujourd’hui négativement associés aux minorités visibles et à la gestion montréalaise du dossier. Une gestion dépassant largement le seuil de tolérance des régions (cf. Hérouxville). C’est une arme à double tranchant. En effet, comment l’électeur québécois de souche et francophone, agacé par ce dossier, va réagir en voyant que la personne chargée de l’immigration est issue des minorités visibles et qu’elle vient de Montréal ? De l’autre bord, en mettant justement une telle personne au MICC, c’est aussi tenter d’apaiser le débat en montrant que la volonté gouvernementale n’est pas uniquement blanche, de souche et francophone. Mais le terrain est miné : la récente sortie de Gérard Bouchard (un des deux présidents de la commission chargée de la question) sur la nécessité, selon lui, que le Québec devienne souverain pour régler la question n’est pas vraiment pour l’aider. Elle est d’ailleurs restée muette aux demandes répétées des médias qui souhaitaient avoir sa réaction. Alors que PQ et ADQ ne se sont pas fait priés pour donner leur opinion. Enfin, est-il nécessaire de rappeler que ce dossier relève davantage des droits et libertés dont le gardien est le ministre de la Justice, Mr Dupuis, et non le MICC.

Alors que lui reste-t-il à faire ? Faire avancer les dossiers en marchant sur des œufs : aucune initiative risquée ne sera permise vu l’extrême vulnérabilité du gouvernement. Surtout avec la possibilité de retourner en élections en tout temps. Au fédéral, l’espérance de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire varie de 18 à 24 mois. Mme James ne peut donc pas faire grand-chose en si peu de temps. Surtout que tout ce qu’elle fera et dira sera scruté par l’opposition. Comme tous ses collègues ministres d’ailleurs. À la différence qu’on lui fera probablement remarquer que c’est sa certaine « jeunesse » qui justifie ses faux-pas.

Vous me direz : il faut bien un début à tout. Justement, ce n’est pas tout. Avant même qu’elle ne se soit assise dans son fauteuil ministériel en cuir, ça protestait déjà. Pas pour dénoncer sa nomination, non non, (quoique). Certains critiquaient la faible représentativité des anglophones dans le Conseil des Ministres. En effet, les anglophones ont toujours pu compter sur une bonne représentation au gouvernement (au regard de leur poids démographique et historique au Québec). En n’ayant que Mme James comme représentante, ils se sentent floués. The Gazette lui reproche même d’avoir accepté ce poste qui fait d’elle un simple jouet du Premier Ministre. Vous nous prenez pour acquis Mr Charest, rajoute Mme Karin Marks, mairesse de Westmount. Ne tentez pas les angryphones de se tourner vers l’autre option fédéraliste – enfin – disponible, l’ADQ (peu probable). Ou de repartir un Parti Égalité avec la naissance de Affiliation Quebec, un parti « canadian-oriented » dont le fondateur, Allen Nutik, a déjà qualifié Mme James de « absolute neophyte ».

D’autres se sont indignés que l’on n’ait pas choisi Mr Emmanuel Dubourg, nouveau député libéral dans le comté montréalais de Viau. Et surtout d’origine haïtienne. Ces voix tenaient à rappeler l’apport significatif de la communauté haïtienne au développement de la société québécoise, en particulier lors de la Révolution Tranquille. Sa nomination aurait été alors vue comme un juste retour des choses ; une sorte de reconnaissance officielle pour services rendus.

Mr Emmanuel Dubourg (source : Assemblée Nationale)

Il y a aussi Mme Fatima Houda-Pépin, députée libérale dans LaPinière. Politicienne chevronnée (élue pour la première fois en 1994) qui, sans jamais avoir été ministre, est politiquement très active. D’origine marocaine et de confession musulmane, elle s’est faite sa place au soleil en se faisant la défenderesse d’un islam progressiste au Québec. Venant de la Rive-Sud – une partie du 450 qui a contribué à porter l’ADQ au statut d’opposition officielle – Mme Houda-Pépin au MICC aurait été un message intéressant lancé à la fameuse classe moyenne.

Mme Fatima Houda-Pépin (source : Assemblée Nationale)

Comment expliquer alors son absence au MICC ? Mes hypothèses : avec les minorités visibles et leur gestion montréalaise, il existe aussi un amalgame entre AC et Islam. Pourtant, il semble que cela ne soit pas du tout le cas si l’on se fie à un article de presse, s’appuyant lui-même sur une étude de la Commission des Droits de la Personne. Quand même : inutile de rajouter de l’huile sur le feu a dû se dire Mr Charest. Même si la madame a largement démontré son approche laïque et qu’elle est beaucoup plus expérimentée que Mme James. En plus, présent depuis 1994 au PLQ, elle fait donc partie des meubles alors que les québécois voulaient du changement. Enfin, un autre député permettait de faire un autre tir groupé : représenter la communauté arabe ET la région de la Capitale-Nationale (largement dominée par l’ADQ). Mr Hamad, député de Louis-Hébert, d’origine syrienne et Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Sociale.

Alors Fatima ronge son frein en silence. Tout comme Mme Thériault, l’ancienne titulaire du MICC, très déçue de s’être fait remplacer par son adjointe parlementaire. Ça doit s’ignorer superbement quand elles se croisent dans les corridors de l’Assemblée. Ce qui est assez ironique car chacune étant issue d’une communauté culturelle différente, toutes trois visaient cependant le ministère chargé de l’harmonie entre les communautés !

Il y a pourtant d’autres femmes ministres. Exact. Mais soit ce sont des valeurs sûres soit elles sont des vedettes (comme l’ex-journaliste de Radio-Canada, Christine St-Pierre). La toute jeune et quasiment inconnue Mme James ne fitte pas dans le décor. Ce qui rend la ficelle encore plus grosse. Et là, on ne peut s’empêcher de penser à la nomination de Mme Michaëlle Jean au poste de Gouverneure Générale du Canada en 2005. Pourquoi ? Parce que ce poste, essentiellement honorifique, était une pure opération de relations publiques. Menée d’ailleurs de main de maître par le Premier Ministre fédéral de l’époque, Mr Martin. Et ancien chef du PLC, le parti à l’origine des mythes du bilinguisme et du multiculturalisme canadiens.

Permettez-moi de trouver cela triste. Considérant la grande intelligence et lucidité qu’on connaît à Mme Jean, il m’apparaît impossible qu’elle ne soit pas consciente de la vaste mascarade à laquelle elle participe. Ce n’est pas Mme Jean qui ne fitte pas dans le décor : c’est l’institution qu’elle représente qui est devenue anachronique. Rien de bien différent avec ces élites locales que les puissances européennes créaient, installaient et manipulaient dans leurs anciennes colonies.

Surtout que Mme Jean enchaîne les gaffes. Parce que la Gouverneure Générale est censée symboliser la permanence de l’État Canadien, au-delà des partisaneries bassement politiques ou idéologiques. Elle doit rester au-dessus de la mêlée. Or, elle ne le fait pas : quand il ne s’agit pas des québécois, elle s’ingère dans des décisions gouvernementales. Est-il besoin de lui rappeler qu’elle n’est pas élue et que son devoir de réserve n’est pas une suggestion : c’est une obligation. Pourtant, Mme Jean le savait très bien en acceptant la job. Et comme l’a écrit Joseph Facal : « si inaugurer des chrysanthèmes et distribuer des médailles l’ennuient, il fallait y penser avant. »

Bien sûr, les éminentes positions de Mesdames Jean et James sont porteuses d’espoir et constituent des exemples pour toute minorité, pas juste celle des noirs. Elles susciteront des vocations – et tant mieux – mais je ne peux m’empêcher d’y voir l’expression d’une structure paternaliste agaçante. Qui enferme les minorités visibles dans des postes symboliques attisant de facto cynisme et raillerie. Ça l’est clairement pour Mme Jean et plus subtilement pour Mme James. Et font complètement oublier les vraies victoires, réelles celles-là, basées sur une pertinence indiscutable de la compétence. Comme celle de Mme Guylaine Beaugé, première femme noire nommée juge à la Cour Supérieure du Québec (quoique la nomination d’un juge comporte aussi son lot de calcul politique).

Cependant, Mme James est une élue en charge d’un poste aux pouvoirs et responsabilités bien concrets. Mais pour toutes les raisons que j’ai citées précédemment, il est à craindre qu’elle ne traîne cette réputation de marionnette, ce qui affectera sa crédibilité. En outre, la déconfiture du PLQ auprès de l’électorat francophone (on le surnomme déjà le parti des anglais), le rapport Grenier sur Option Canada qui risque de nuire à Mr Charest et la lutte qui s’ensuivra pour le remplacer vont réduire encore davantage sa marge de manœuvre. Elle a cependant tout pour réussir : brillante, intelligente et une belle carrière devant elle, que ce soit comme politicienne ou avocate. Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse, juge qu’il faut donner la chance au coureur. Je vais aller dans le même sens que lui.

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