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GENÈSE J’ai vu le jour en pleine nuit

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Genèse

J’ai vu le jour en pleine nuit (!) un certain 6 janvier 1973, fête des rois, quelque part en Normandie. Autant vous dire que mon sang breton ne fit qu’un tour (voire même moins), mais le reste de ma personne ne sembla pas plus mal s’en porter.

Je fus la première fille de mes parents, un brouillon pour ainsi dire au regard de mes deux soeurs qui me furent échues par la suite. Ma naissance laissa mon grand frère (l’éternel brouillon) complètement indifférent.

Mes parents n’avaient aucune velléité d’immigration à cette époque. Seulement la vie, cette grande rigolote, devait s’ennuyer ferme un beau jour pour provoquer l’occasion d’une telle aventure. Et surtout pour leur insuffler un je-ne-sais-quoi d’inconscience.

Ainsi, mon père, alors tout jeune docteur en psychologie, avait eu la mauvaise idée d’envoyer balader le folklore viennois pour se convertir à des thérapies beaucoup plus pragmatiques et efficaces. Seulement, en tournant le dos aux théories psychanalytiques et psychanalysantes, il se retrouva nez-à-nez avec des portes fermées. Son directeur de thèse, déterminé à aider son poulain, lui conseilla d’aller lorgner de l’autre côté de la flaque d’eau. Mais l’Amérique du Nord, c’est vaste…

Les États-Unis ou le Canada anglophone ? Bof. La barrière de la langue était un handicap qu’il ne fallait pas négliger, d’autant plus que Maman n’éprouvait que peu d’attraits pour l’apprentissage des langues étrangères (petit défaut qui semble se transmettre de génération en génération si j’en crois ma nullité fort brillante dans ces matières). Va donc pour le Québec ! Or ni ma mère ni mon père n’avaient la moindre connaissance de la Belle Province. Maman s’était toujours demandé d’ailleurs pourquoi diable l’école l’avait tant tannée pour qu’elle apprenne qu’Ottawa est la capitale du Canada, alors le Québec, vous pensez bien !

Les démarches d’immigration furent bouclées très rapidement. Le Québec avait un besoin urgent de jeunes psychologues. Tout fut vendu, à l’exception de quelques meubles breton (of course !), résistants et solides, comme ils le prouvèrent par la suite, en bravant de multiples déménagements. Ma tribu (composée d’un papa aux allures d’adolescent, d’une maman mignonne à croquer, vaguement inquiète des envies d’épopée de son bonhomme, d’un petit garçon âgé de 5 ans, d’un bout de fillette pavanant avec ses 2 ans et d’un bébé de 6 mois), débarqua donc durant l’été 1975 pour le Québec.

Papa décrocha en quelques jours un travail de psychologue à Carillon, près de Lachute, dans l’Outaouais. Mes parents louèrent une petite ferme à Saint-Placide. Une belle bâtisse de briques rouges, truffée de courants d’air, trônant avec une étable et des garages, jolis petits vassaux dans le paysage, au sommet d’une petite colline surplombant le lac.

Mes parents furent très bien accueillis par la communauté. Dame ! Il s’agissait de LA famille d’immigrants du village… Maman se souvient encore que lors de leur première tempête de neige, nous avions reçu un nombre impressionnant de coups de téléphone : les habitants du village voulaient savoir comment nous vivions cette prime manifestation sérieuse de l’hiver canadien et s’assuraient que tout se passait bien pour nous…

Papa et Maman adorèrent cette saison, dès la première année. Pourtant, ils firent le dur apprentissage de certaines règles essentielles. Ainsi, un jour de grand froid, mon père descendit notre chemin pour aller relever le courrier. Seulement, la boîte aux lettres fut réticente, et il eut le malheureux réflexe de retirer ses gants afin d’en dompter l’ouverture. Vous devinez la suite : il se colla (au sens littéral du terme) les doigts au métal givré. Je ne sus jamais comment il s’était tiré de cette position délicate, avant le dégel…

Je passerai sous silence la maison que firent construire mes parents à Lachute. En revoyant les photos de celle-ci, toute once de morosité s’envole de mon esprit. Chers parents, je vous prie de me pardonner, mais mon Dieu qu’elle était laide !

Par la suite, l’organisme pour lequel mon père travaillait, fut vendu à l’État. Papa avait été l’ardent défenseur de son indépendance. Mais il s’agissait d’une cause perdue. Pourtant ce revers fut tout à l’honneur de mon père. Lorsque les instituts Anbar tombèrent entre les mains publiques, l’adversaire devint recruteur. L’auteur de mes jours, grâce à son esprit combatif et le sérieux de son travail, se vit proposer un poste important au sein de l’organisme, à Montréal. Nous y migrâmes donc, dans le quartier de Notre-Dame-de-Grâce. Nous y vécûmes pendant un peu plus de 6 ans.

Notre première demeure fut la maison jaune, appelée ainsi du fait de ses volets couleur jonquille. J’y fis mes débuts dans le système scolaire, en classe de maternelle et par la même occasion, mon entrée dans le monde en tant que citoyenne canadienne.
Notre maisonnette s’avéra très vite trop petite pour notre gang. Adorable mais décidément minuscule. Nous déménageâmes donc dans la partie orientale de notre quartier, dans une maison aux délicieux relents ‘so british’, entée d’un porche typique de cette partie montréalaise. J’y ai vécu des années formidables, de véritables années d’aventure.

Comme nous grandissions, mes parents pensèrent qu’il était temps, pour nous les filles, d’avoir notre propre chambre. Ils firent alors construire une maison à Candiac, sur la rive sud de Montréal. Je peux comprendre que certaines personnes aiment ce genre de nouvelles villes coquettes mais, personnellement, je ne leur trouve aucun charme. Je n’aime pas le parfait et j’ai besoin d’histoire. Mon jeune esprit jugeait mon environnement épouvantablement aseptisé, monochrome et morne. Soyons juste : je n’y fut pas désespérée, loin s’en faut ! Mais tout cela n’avait plus la même saveur, la même intensité. Je trouvais alors un heureux échappatoire en multipliant les activités de tout poil, qui hélas ! me passionnèrent toutes.

Ce déménagement fut certainement ‘l’accelerando’ de notre retour en France. Mes parents ont toujours voulu que nous ayons le choix de notre avenir, qu’il devienne français ou qu’il reste québécois, voire même qu’il opte pour un autre pays dans le monde. Ils pensèrent alors que le meilleur moyen de nous ouvrir les portes du monde avait pour sésame une formation française. Ils ne pouvaient pas savoir que j’allais justement choisir la voie la plus restrictive qui soit : le droit.

Nous sommes donc revenus en France, vers la fin de ma quinzième année. C’est à cette époque que mes ennuis commencèrent. Comprenons-nous bien. Je ne suis pas retournée dans mon pays d’origine, j’y ai véritablement émigré.

En fouinant ici et là, j’ai cru comprendre que nombre d’immigrants voulait connaître les distinctions du Québec eu égard à leur pays de départ. Beaucoup de chroniqueurs ont établi avec brio les particularités que vous rencontrerez ici. Pour ma part je pense m’engouffrer gaiement dans le créneau qu’ils m’ont laissé. Aussi, il sera souvent question dans mes propos des différences que j’ai pu observer, voire subies en arrivant en France. J’espère que vous verrez ainsi le choc qui peut vous attendre en venant vous établir, vous, dans ma belle Province. Je vous parlerai aussi de ma vie ici, bien entendu. Par contre, je vous épargnerai tout le côté administratif et paperasses. Je n’ai aucun talent pour vous les exposer de façon digeste, et mes collègues du site ont déjà fait preuve d’une maestria établie à ce sujet.

Voilà. Je pense vous avoir à peu près planté le décor.

Oh ! Un dernier mot avant de vous quitter pour cette première bafouille : mes parents ne se sont jamais fait traités de maudits français… Ou plutôt si. Une fois. Mon père en fit les frais. Il avait devant lui une odieuse gamine qui, tremblante de rage devant une manifestation de son autorité, n’avait rien trouvé de plus malin, de lui murmurer, pleine de rancoeur : ‘maudit français’. Cette affreuse petite peste, pas même âgée de 3 ans, c’était moi.
Sa propre fille.

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