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Établissement prolongé au Lac Saint-Jean

L’automne 2007 passe, s’en suit le début de l’hiver. Pour la deuxième fois, je fêterais le passage à la nouvelle année sur les terres de la Nouvelle-France… mais cette fois dans un chalet sans eaux courantes, vous vous souvenez ?

Au début, je devais être simplement de passage, à St-Félicien, au Lac-Saint-Jean, finalement j’y resterai jusqu’au 26 mai 2008, je vous expliquerai cela en détail tantôt.
Pour l’instant, je suis rendu à Noël 2007, je l’ai passé avec ma voisine, son chum, son père et ses frères. Elle et son chum louent aussi un chalet tel que le mien, mais en plus grand. Je ne suis donc pas le seul « farfelu». Par contre, je suis le seul français farfelu de ce coin de région ! Ici nous baignons dans une ambiance « petit village », par conséquent tout le monde se connaît, tu ne peux pas faire de niaiseries sans que cela se sache. Ainsi, à plusieurs reprises je croise des inconnus qui me demandent si je suis bien le français qui vit chemin de La Pointe chez M… C’est drôle car en vous écrivant, une quantité de flash apparaissent dans ma tête. Cette période parait si loin et en même temps je me souviens de nombreux instant très forts ! Pas toujours très heureux car je devais rebâtir une nouvelle vie à partir de zéro, nouvelle job, nouvel environnement….
À cette époque, j’ai eu des moments de solitude assez intenses, surtout que je vivais au fond d’un rang.

Petite définition de ce terme : au Québec lors de la colonisation le territoire a été divisé en rangs le plus rectilignes possibles, par conséquent les routes qui les bordent sont toutes aussi drettes (droites) et portent généralement le même nom. Mon rang s’appelle : le rang du chemin de la Pointe. J’habite à 10 min de la job d’un bord et à 10 min du village de l’autre, d’où un certain isolement. Mais l’avantage, je suis au calme et lorsque je veux faire du ski de fond, la rivière gelée m’attend à deux min en ski. Un formidable terrain de jeu à mes pieds.
Tout ça pour dire que mon emploi s’est éternisé !

En février 2008, en même temps que la nature offre à chaque jour davantage de luminosité, une surprise a diffusé un supplément de rayons de soleil dans mon hiver. Le quatrième jour de février, mes parents et leur valises, sauf une, débarquent les pieds et les roues dans la neige à l’aéroport de Roberval, situé à 25 min au sud de Saint-Félicien.

En effet, une de leurs valises a décidé de rester dans les dédales de l’aéroport de Montréal, selon les dires d’Air France….. Après quelques tergiversions, quelques appels téléphoniques ponctués de paroles d’indignation à la française, fermes et argumentées, la valise fut rapportée à bon port.
Pour l’occasion, j’avais loué une maison, une vraie cette fois, car je tenais à ce que mes parents ne soient pas trop traumatisés par ma vie au Lac.

Que peut-on faire l’hiver me direz-vous ? Ouvrez vos oreilles ou plutôt ouvrez vos yeux pour bien lire ! Ici vous n’aurez pas d’hôtels de glace, de carnavals des neiges avec shows nocturnes mais plutôt de petits festivals éparpillés un peu partout, le tout agrémenté de courses de traîneau à chien, de villages sur glace. Avant de continuer cette énumération, précisons que cette dernière activité est très prisée ici. En effet, lorsque l’épaisseur de la glace atteint 30 cm sur un lac ou une rivière, nous installons des petites cabanes sur la surface gelée. Les cabanes sont de toutes sortes (bois rond, bois pressé, anciennes roulottes), rudimentaires ou luxueuses, d’une dizaine de mètres carrés, que l’on dispose en forme d’anneau, dont le centre est réservé pour la patinoire extérieure.

Avec ses quelques 370 cabanes, ses trois patinoires de hockey, ses anneaux de glace (pour le patin libre) et piétonniers de 1 km chacun, la ville de Roberval devient le plus vaste village du Lac Saint-Jean.

Mais que font donc les propriétaires des cabanes me direz-vous ? Eh bien, leur occupation première est de prendre un verre avec les amis autour d’un poêle à bois rougeoyant de chaleur ! C’est un lieu de rencontre pour les habitués et un lieu de tourisme hivernal pour les autres. Si vous vous écartez un peu des sentiers battus, c’est-à-dire de la neige tapée, vous verrez un peu plus au large, des pêcheurs… Ne riez pas c’est vrai ! Ils font un trou dans la glace avec une tarière et plongent des lignes dans l’eau glacée en espérant qu’une lotte (espèce de poisson) ne dédaignera pas l’appât mis à sa disposition.

Ailleurs dans la région, dans le fjord du Saguenay, où l’eau douce se conjugue avec l’eau salée d’autres espèces sont pêchées : sébastes, éperlans, morues et même requin du Groenland, mais la capture de ce dernier est interdite.

Petite devinette : comment sont apportées les cabanes sur la glace ? Vous avez le choix entre :
– elles sont montées sur place,
– elles sont tirées par une motoneige,
– elles sont déposées par hélicoptère.
Tic, tac, tic, tac,… en faite seul l’hélicoptère n’est pas utilisé, par contre un moyen bien simple est très employé : la voiture ! Eh oui, il est très sécuritaire de circuler en voiture autour du village, car le chemin est gratté et l’épaisseur de la glace contrôlé.

En général ces villages sont ouverts de la mi-janvier à la fin mars, mais cette année la saison sera écourtée par manque de froid.

Je vois que j’ai pas mal jasé des cabanes, alors vu la longueur de ma chronique le reste des activités sera simplement énuméré : raquette dans la neige folle, escalade sur glace, motoneige bien sûr (j’en parlerai une prochaine fois).

Cette vie au nord du Lac s’étira jusqu’au mardi 1er avril 2008 (ce n’est pas un poisson), enfin professionnellement parlant. Eh oui vous l’avez sûrement deviné, brusquement l’on m’annonce la fin de mon contrat, c’était un mardi, j’arrive au bureau vers 9h, une collègue m’annonce que mon président veut me rencontrer à son bureau au Cégep (école de niveau BTS), car il est professeur, là j’ai compris…. Je ne fais plus l’affaire selon ses dires…C’est un véritable coup de massue, subitement les fondations de ma nouvelle vie au Lac-Saint-Jean s’affaissent. Il faut tout déblayer et rebâtir à nouveau. Je m’étais tellement investi durant les 8 mois d’emploi et là le sol se dérobe sous mes pieds. Mes sentiments sont un mélange de tristesse et de rage, Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Pour le moment j’essaie de tempérer la crise par les moyens habituels : bouffe, vin, cigarettes et bons films, de quoi s’enivrer de pensées autres que mon nouvel échec qui me hante, depuis l’effondrement de ma vie professionnelle.

Tu vas rebondir sur cet événement m’avait-on dit…: après 24h noyé dans les pensées négatives se traduisant sur mon visage terne, mes yeux cernés, résultat d’une nuit blanche. Malgré mon moral chancelant, je me décide à entrer en communication avec le MAPAQ (Ministère de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec) puisque dans une précédente rencontre dans le cadre de ma job, la directrice m’avait fait part qu’elle recherchait un technicien agricole pour un contrat d’un an…. Là j’imagine que vous me voyez venir. Lors de cette rencontre, elle me l’avait proposé plus ou moins en joke (pour rire) lorsque je lui avais dit que j’avais passé les concours.
Pour votre information, si vous voulez œuvrer dans la fonction publique québécoise, deux choses sont primordiales : avoir son équivalence des diplômes et être sur les listes de réserve. En effet, suivant votre catégorie socio-professionnelle, des concours s’offrent à vous, une fois ceux-ci réussis vous être intégré dans une liste de candidats où les différents cadres du gouvernement vont piger pour combler les postes. Si vous n’êtes pas sur ces listes, vous ne pouvez postuler pour la fonction publique, sauf cas très exceptionnel. Or au printemps 2007 j’avais réussi le concours de technicien agricole.

Le jeudi suivant je communique avec la directrice du MAPAQ. À sa demande j’envoie mon curriculum vitae. Le lendemain, elle me propose une entrevue le 14 avril 2008. Deux jours après cette date, elle m’annonce mon entrée en fonction au ministère le 8 mai 2008.

Cet évènement démontre une nouvelle fois l’importance du réseautage au Québec ! Il faut se faire connaître et planifier une porte de sortie au cas où. Si je n’avais pas réalisé ce concours, si je ne m’étais pas fait connaître auprès du MAPAQ, je n’aurais pas connu cette offre d’emploi et eux n’auraient peut-être pas porté attention à ma candidature.

Résultat, j’avais devant moi, un mois pour profiter des journées ensoleillées printanières, me reposer et préparer ma nouvelle vie… puisqu’une nouvelle fois je serai contraint de quitter mon nouveau lieu d’adoption, le Haut du Lac (Saint-Félicien) pour la ville d’Alma, le lieu de mon nouvel emploi.

Là où cette situation prend une tournure paradoxale : durant les 8 mois d’emploi à Saint-Félicien, je travaillais tellement que mon réseau professionnel empêchait mon réseau social de croître, et maintenant que j’avais du temps devant moi, en l’espace d’un mois ce dernier à explosé…

Comme on dit ici les liens entre les gens sont tissés serrés, par conséquent faire sa place peut être ardu . Imaginez un groupe d’amis qui se connaissent depuis leur enfance et vous qui essayez de vous intégrer à ce groupe, ce n’est pas chose facile…

Je signe donc un retour vers une vie un peu plus citadine.

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