Auprès de mon arbre. « Parrain...

Auprès de mon arbre. « Parrain…

Auprès de mon arbre.

« Parrain, tu as l’air un peu triste », me dit parfois ma petite nièce quand elle me voit en photo sur son nouvel ordinateur à écran plat devant Britney Spears en toile de fond. Je ne vais quand même pas lui avouer que c’est parce que mon chien est toujours mort. Pas Largo, le précédent, celui qui n’a pas immigré et qui repose avec ma plus belle pantoufle dans un trou que ma mère lui avait creusé il y a une dizaine d’années au fond du jardin. Quoique…. elle au moins elle me croirait et aurait bien raison. Elle me dirait qu’il ne faut pas que je sois triste, que seuls les dieux sont immortels, pas les chiens, et que de toute façon elle ne croit pas en Dieu. Je lui répondrais qu’il n’y a pas de mal à croire, qu’il faut seulement éviter d’être sûr. Et que d’ailleurs, moi, je ne parle qu’aux fées et aux sorcières cachées dans la forêt boréale, car ce sont les seules qui m’aient jamais répondu….

L’autre jour, en allumant un feu sur la plage du lac Kusawa, j’ai d’ailleurs réveillé une ou deux sirènes, et je les ai regardé sortir de l’eau pour venir se réchauffer…. je vous assure, je les ai vues comme je vous vois. Puis elle se sont envolées en chantant avant de disparaître derrière les montagnes.

N’empêche. Elle a beau dire ma petite nièce, pour elle, je suis malgré tout un peu comme un dieu, son Dieu, un dieu qui aurait réellement existé rien que pour elle quand elle était petite, sans la grande barbe…. Je le sais, parce que sur son ordinateur, c’est même pas vrai qu’il y a une chanteuse à la mode insipide : sa toile de fond c’est juste un petit démon avec un grand chapeau rouge.

Elle aussi, elle est triste qu’on ne soit plus là, pis surtout qu’on ait revendu notre Fiat 500 rouge. Alors moi j’ai de la peine aussi. Pas parce que j’ai revendu la Fiat pour acheter un Cherokee au Canada, mais parce que je n’irai plus jamais la rechercher à l’école avec. J’aimerais beaucoup qu’elle vienne ici, mais c’est pas possible. Ses parents ne veulent pas, ils disent qu’elle est encore trop jeune pour voyager seule. Elle ne pleure pas, contrairement aux autres. Ses yeux brillent sans que les larmes ne débordent, c’est plus sincère. Elle dit rien mais elle comprend….

Enfin, moi, je suis plus au courant de rien…. De mes amis, il ne reste que quelques souvenirs qui s’estompent avec le temps. C’est fou ce que l’on peut méconnaître les gens lorsque l’on vit près d’eux…. et qu’on le découvre seulement quand on s’en éloigne. Personne n’a essayé de comprendre ce qui nous motivait. Si au moins, disaient-ils, on était parti s’installer sur une île, au soleil où ils auraient pu venir en vacances…. mais le Canada…. brrrrrrrr…. quelle drôle d’idée. Au début, c’est un peu amer d’entendre ces réflexions alors qu’on a plutôt envie de partager ses émotions et sa joie. Aujourd’hui, je m’y suis fait. Je ne me plains pas, j’ai la vie que j’ai voulue. Du moins, j’ai coupé les ponts qu’il fallait. Ce n’est pas plus gai mais c’est moins triste.

La famille, depuis bientôt trois ans qu’on se balade à l’autre bout de leur monde, nous avons un peu décroché de leurs actualités. Maintenant, avec les neuf heures de décalage horaire, voire dix parfois, plus le rythme du Yukon Time, vous imaginez…. on ne vit plus vraiment à la même époque.

Mais bon, avec les parents, on se tient quand même un petit peu informés de ce qui se passe. On a même pris le téléphone exprès pour qu’ils puissent nous appeler. Par exemple, tous les samedis, c’est ma belle-mère qui appelle pour nous annoncer qu’il est minuit chez elle. Comme je suis un garçon bien élevé, je ne dis pas que je m’en fous, je lui réponds qu’ici il est à peine 3h de l’après-midi, et qu’on comptait bien encore dormir un peu…. Alors, elle demande : « ça va? Quoi de neuf au Canada? Je réponds : « euh…. la moitié de 18 » et je lui passe sa fille…. qui leur demande à son tour : « et chez vous, ça va aussi? » et en général c’est : « oui, on fait aller »…. Alors moi, j’en conclus que tout va vraiment bien partout sur la Terre.

Finalement, je me dis que le monde tourne pareil quand je sais pas comment il tourne. Pis que ça fait du bien de temps en temps de se dire que le monde c’est là où on est, avec les gens qu’on aime, et que, quand ils vont bien, tout le monde va bien….

Bon, ça fait peut-être pas une chronique tout ça…. alors le mois prochain, pour me rattraper, je vous raconterai comment on voit le monde dans « Hikes and bikes », le guide des promenades dans les environs de Whitehorse.

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