Québec : 4 ans de désillusions - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada

Québec : 4 ans de désillusions

Bonjour à tous,

Je dois vous avouer que je n’avais jamais eu l’intention, ni cru qu’un jour, je posterais un bilan ou bien une expérience de vie sur un forum. Si je le fais aujourd’hui, c’est principalement pour partager un vécu personnel qui n’appartient uniquement qu’à moi (répétition nécessaire), bien que des similarités ont été constatées dans mon petit entourage au Québec.

Ce post s’adresse aux étudiants mais davantage aux personnes désirant s’installer au Québec. Ce post est long, j’en suis désolé… Et croyez-moi que j’ai fait court.

Je suis parti au Québec en août 2014, 2 ans après avoir obtenu mon baccalauréat, de ma petite région de France où comme mon père dit si bien : « c’est tellement p’tit ici qu’il y a trois chauves et un pendu ». Des rêves pleins la tête, des fantaisies de grandeur, d’accomplissement personnel, de découvertes en tout genre, je pose mes valises avec ma copine à Montréal. Nous voilà tous les deux, à 19 ans, dans une ville d’1.7 millions d’habitants à la recherche désespérée d’un logement. Les débuts ont été très difficiles, comme je pense, tel est le cas pour la plupart des expatriés. Une fois un logement trouvé (sans aucune caution ou autres documents demandés, si chers à la France), dans un quartier plutôt agréable (Rosemont, rue Beaubien), la rentrée scolaire en ligne de mire, nous décidons tout de même de profiter de ce que Montréal a à offrir (au début, beaucoup, je vous assure). Là c’est le rêve… On se croirait aux Etats-Unis, moi qui en ai toujours rêvé, comme 150% de mes amis d’ailleurs. Tout paraît plus grand (phrase clichée du français moyen auquel je m’identifie). Buildings, voitures, magasins, routes… Tout paraît cool! Mais bon fini de rêvasser, les cours ont débuté maintenant. J’étais inscrit en baccalauréat de psychologie à l’université de Montréal, par choix (ça peut paraître étonnant de choisir psycho venant de France, je le sais), et principalement parce que je pouvais étudier la criminologie, la fusion des deux disciplines m’intéressant au plus haut point. Ici (Udem, Baccalauréat de psychologie, qui est équivalent à la licence en France), j’ai découvert une qualité d’enseignement incroyable, des professeurs disponibles, des personnes attentionnées, un programme extrêmement bien ficelé, un choix de cours conséquent … Je dois vous avouer qu’avant la première S, j’étais un élève plutôt bon à l’école (16 de moyenne en général). La filière scientifique a été pour moi une catastrophe… En pleine quête identitaire et libertaire, plutôt classique pour un ado de 16-17 ans, j’avais de la difficulté à être intéressé par ce qui était enseigné au lycée et à entrevoir un futur en devant classer des vœux d’établissements qui n’avaient presque aucun sens pour moi (pression sociale oblige à pratiquement « choisir sa vie » en France à l’âge de 16 ans… Pffff). Enfin bref, tout ça pour dire que j’avais le sentiment de devoir me rattraper, me réparer, en me consacrant tête baissée dans mes études. J’ai gradué de mon baccalauréat (du Québec) avec une moyenne dépassant toutes mes attentes (plus de 4/4.3). Mais à quel prix…

Plus on avance dans son cheminement académique et plus l’on devient conscient que la vie professionnelle n’est plus le « truc » qu’on verra plus tard, parce que trop angoissant sans doute, ou bien trop éloigné pour s’embêter avec ça (à noter que ma copine et moi travaillions durant nos études). Mais voilà, ce moment arrive. Le choix du master, possible doctorat de psychologie devient sujet à réflexions. C’est d’ailleurs à cette période qu’une crise de vie existentielle (le gars de 22 ans qui sort ça… un « lol » pourrait s’imposer) est apparue pour ma copine et moi.

Ce qui suit intéressera davantage ceux étant venus chercher des infos sur le Québec, vie, école, culture, santé, travail etc… (désolé d’ailleurs pour le récit du début possiblement ennuyeux… Je souhaitais juste mettre en contexte pour mieux parler de la suite, qui est beaucoup plus pertinente à mes yeux, pour ceux désirant s’installer au Québec).

Pour être honnête, ma première envie de venir au Québec émane d’un désir de vivre à l’américaine, principalement comme aux États-Unis. Ainsi, je voyais toujours le Québec comme une destination de substitution des États-Unis, le Québec étant beaucoup plus accessible… Le problème est que 4 ans après notre arrivée, la situation a quelque peu changé… Je n’aurais jamais cru avouer ça, mais après plusieurs séjours aux « États », l’idée fantasmée d’une vie dans ce pays disparaît peu à peu, au point d’être chassée de mon esprit (raisons diverses …). De plus, s’il y a bien quelque chose que j’ai pu remarquer en allant visiter les États-Unis c’est que le Québec n’a rien à voir avec ces derniers. Toutes illusions brisées de trouver une substitution des États-Unis en vivant au Québec (cousin proche), je conseillerais aux jeunes français (ou autres francophones) de faire attention de ne pas voir le Québec comme les États-Unis… Les deux n’ont strictement rien à voir…………….. À noter que je fonde ces dires sur mes observations et le témoignage de français, partis comme moi pour vivre le rêve à l’américaine (pfff, qu’est-ce que j’ai pu être naïf quand même…), si bien vendu par des sites bien connus des étudiants français ou autres journaux populaires.

Ce qui suit, je vais le faire en point forme parce que là je sens que vous en avez marre (si si j’en suis sûr).

Voici les avantages de la vie au Québec selon ma copine, des amis francophones, et moi.

-Les paysages. Là vous allez être servi, c’est pas la vendée ou la beauce (doucement, je connais très bien les deux, ce sont mes origines). Pour les amoureux de nature et de randonnées, vous pourrez vivre à la Henry David Thoreau en pleine jouissance de vos alentours. Tous les paysages sont magnifiques au Québec, il y a tant à découvrir… Ce point est souvent le plus mis en avant dans mes connaissances.

-Le climat. J’aime le froid donc bon… (je dois être le seul à mettre ce point dans les avantages).

-Le système universitaire. Comme mentionné plus haut, les cours sont d’excellente qualité, les profs abordables, ce qui laisse place à des discussions vraiment intéressantes (à noter que je ne dénigre pas le système scolaire français, qui, selon moi, est possiblement d’une pareille qualité. Mis à part la proximité avec le corps professoral peut être…).

-Trouver un emploi rapidement! Après pour un emploi qualifié c’est une autre histoire…. Il y a pleins de jobs ici mais faites toujours attention à l’El Dorado imaginaire décrit par les médias français. Il n’y a pas ça à Montréal (autre part au Québec, peut-être, je ne sais pas).

-L’anglais. Ça a été compliqué au début, surtout quand tu viens de France et qu’à la première session universitaire d’ici, 50% de ta note finale d’examen dépend d’un livre écrit en anglais. Le Québec nous a permis d’améliorer énormément notre anglais ma copine et moi (à Montréal c’est possible oui, à condition d’y mettre du sien). Inenvisageable il y a 4 ans, Netflix sans sous-titres et classiques de la littérature américaine ou britannique ne nous posent plus aucun problème (le gars pas trop prétentieux…). La pratique reste encore à améliorer.

*Anecdote, nous sommes tous les deux férus de littérature.

Les points négatifs surpassent tous les points susmentionnés à mes yeux…

-L’apparente tolérance encensée par les médias ou autres critiques ayant un regard externe sur le Québec (ce point rejoint l’hypocrisie dont je parle très brièvement plus tard). Et évidemment, je ne mets pas tous les Québécois dans le même panier, loin de là!

-Le social. Ayant travaillé dans des organismes communautaires, notamment en itinérance, c’est fou de voir à quel point le Québec abandonne ses citoyens, alors ne répondant plus à la productivité et au rôle économique si chers à l’Amérique du Nord (Ah, seul point commun avec les États-Unis, mis à part la forme et couleurs des panneaux de circulation, et les voitures bien sûr). Une malheureuse erreur de parcours peut vous coûter très cher au Québec (même en gagnant 90 000 dollars par an et en ayant une maison payée, récit rencontré de nombreuses fois sur mon lieu de travail). Alors oui pour trouver un emploi mais aussi oui pour le perdre très rapidement selon des raisons et autres justifications évasives.

-La santé… 4 ans ici, demande faite il y a 3 ans et demi pour un médecin de famille et toujours pas de nouvelles (après quelques relances…). Je peux vous dire que ça peut être angoissant de se dire que s’il arrive quoi que ce soit, vous pouvez rester « sur le carreau » (en bon campagnard que je suis). Dites adieu aux spécialistes… Ayant eu des problèmes de santé (d’ordre cardiaque), je peux vous assurer que ça fait un peu peur. Les urgences interminables, les attentes dans les cliniques froides et impersonnelles à l’entretien des lieux douteux, les médecins aux qualités humaines à jeter à la poubelle ont fait partie de mon quotidien (et je dis bien MON quotidien, aucune généralisation et exagération ne doivent être considérées). Ma copine a été informée que son rendez-vous pour voir un dermatologue au Québec pouvait atteindre un délai de 3 ans… (pour un grain de beauté à surveiller de très près, 3 spécialistes en France faisant état de complications sérieuses (cancer) envisageables). J’attends toujours mon rendez-vous avec un gastro-entérologue depuis 7 mois … (inscription pour les spécialistes se fait via un fichier central du gouvernement du Québec, enfin du moins, ça s’est passé comme ça pour mes connaissances et moi-même).

-La nourriture. Trop cool les burgers, trop cool les poutines, trop cool les produits trans-fat et transformés à foison. Une adaptation (bien réussie par certains néanmoins) est nécessaire au Québec quand vient le moment de faire ses courses au supermarché. J’avoue avoir toujours eu du mal. Ma copine et moi nous tournons vers le bio, nécessaire quand les pommes, les brocolis ou autres fruits et légumes sont presque aussi éclatants qu’un rayon de soleil vous obligeant à plisser les yeux. Vivre à la française en ce qui concerne la nourriture au Québec, devient très difficile (normal, c’est pas le même pays !). Adaptation je vous dis, c’est pas compliqué ! (J’ai jamais réussi…). Le budget nourriture nous « bouffe » une grosse partie de notre salaire mais bon, c’est un choix assumé.

Ce qui va suivre (fin du post) est la principale raison qui m’a poussé à partager mon vécu : « l’appartenance ». Je vois le fait de trouver sa place et d’appartenir comme des besoins humains essentiels et impossibles à négliger dans nos sociétés actuelles. L’important selon moi n’est pas la réussite (scolaire, professionnelle…), mais bien de trouver sa place. Chose que je n’ai jamais « réussi » à accomplir au Québec. Il est dur de s’avouer que votre expérience dans cet endroit si accueillant, chaleureux, magnifique (comme on peut entendre fréquemment quand vient le temps d’énoncer les clichés du français concernant le Québec) est en fait un véritable cauchemar (le mot est pesé, selon mon expérience). Quand on rentre en France (peu de fois je vous l’accorde) et que l’on vous félicite tout le temps d’être parti, quand vous voyez partout sur les forums que les gens rentrés en France du Québec souhaitent repartir vivre ici, les questions existentielles émergent, principalement en ce qui concerne la perception de sa propre marginalité. Est-ce moi le problème ? Je suis de nature à remettre en question bon nombre de choses dans la vie, y compris mes propres actions et pensées. Pleins de questions subsistent encore. Mais si j’ai pris la décision d’écrire un post aujourd’hui, c’est principalement à cause de la vie au Québec. « La profondeur » au Québec, n’existe pas à mes yeux. Je vous mets au défi d’énoncer penseurs, philosophes, artistes … (pas de Ryan Gosling ou de Joni Mitchell, tous les deux très talentueux, dans leurs domaines) venant du Québec et du Canada qui ont marqué par leurs idées, leurs réflexions, leur perspicacité, leurs innovations. Le Québec est une province, selon moi (toujours selon moi), où le progrès est un mot inapplicable et absent des consciences collectives (tout semblant de nouveauté se trouvant être « pompé » sur les États-Unis ou encore l’Europe). Les relations interpersonnelles intimes sont très difficiles à établir, malgré toute ma bonne volonté de rencontrer des Québécois ou autres immigrés habitant dans la province que je souhaitais tant intégrer (avant que certains mettent en avant des manques d’habiletés sociales de ma part, je tiens à préciser que je suis d’un naturel joyeux, sociable, j’apprécie énormément la compagnie des gens, j’ai toujours fait partie de ces boute-en-train remplis d’humour, mais quand des idées noires vous traversent l’esprit par la difficulté de « se construire un réseau social » ou de trouver sa place, c’est une chose difficile à avaler, et ce malgré le soutien incommensurable de ma copine). J’ai fait l’expérience ici d’une hypocrisie difficilement mesurable, tant ceci est impossible à reconnaître pour certains québécois (peut-être intégrée dans la culture dominante). À noter que je ne mets pas tout le monde dans le même panier, je partage certaines de mes expériences, y compris celles de personnes dans la même situation que moi.
Alors, de prime abord, ça peut paraître contradictoire avec ce que j’ai énoncé précédemment, mais oui, les gens peuvent être gentils, accueillants (en surface, certains font preuve d’un manqué d’ouverture à vous arracher les cheveux de la tête, comme en France me direz-vous), chaleureux, mais pour les personnes comme moi, lassées de la superficialité, qui aiment refaire le monde entre amis (et même inconnus), réfléchir et débattre sur des sujets pouvant aller de la politique à la sexualité, en passant par les relations familiales, ou encore tout ce qui nous caractérise, définit en tant qu’êtres humains et citoyens (vous l’aurez compris, sur tout et n’importe quoi en fait), le Québec est une destination à rayer de la carte selon moi. Je suis une personne curieuse, sensible, respectant les libertés individuelles, intéressée par les gens, leurs histoires, leurs qualités, leurs défauts, leurs vies, la vie en général, mais ce manque de profondeur évident du Québec, que j’attribue presque à du vide, nous mine, ma copine et moi, de jours en jours. Le Québec et le Canada (oui j’ai visité d’autres provinces) sont pour moi sans culture (pâle copie inachevée et incomplète des États-Unis), et toujours en quête identitaire, reflétant la jeunesse de ce pays incertain de ses propres valeurs et idéologies, qui parvient tant bien que mal à se créer une place dans le monde. Que de paysages magnifiques et tant à découvrir, mais à moins d’être Henry David Thoreau ou encore Christopher McCandless, alors immergés au plus profond dans la nature, ces paysages ne seront pas votre quotidien, surtout avec 3 semaines de vacances par an. Alors certes la vie y est douce, agréable, moins stressante, peut-être plus tranquille, plus sécuritaire sans aucun doute. Certains y trouveront leur compte, leur place, c’est une évidence. Je vous le dis, les paysages somptueux appartiennent au Québec, les relations où de prime abord, vous avez l’impression de connaître votre interlocuteur depuis toujours tant ce dernier paraît familier appartiennent au Québec, les professeurs exceptionnels (seul profondeur du Québec) appartiennent au Québec (il y en a aussi en France, certes), la tranquillité (peut-être apparente, surtout si on pense au système de santé) appartient au Québec … mais la sagacité en général n’appartient pas au Québec.

Je remercie le Québec de m’avoir accueilli, moi immigré, de m’avoir instruit (université), de m’avoir fait prendre conscience de tout un tas de problématiques que j’ignorais avant mon départ, mais aussi de m’avoir fait prendre conscience que de grandir loin des siens est plus difficile qu’il n’y paraît (malgré bon nombre de paroles ou encore de pensées que je ne vis pas pour ma famille, qu’il est temps de me construire, bla bla bla…).

Avant que certains puissent commenter en faisant possiblement référence à la supériorité classique du français envers le Québec (comme vu sur les forums dès lors qu’une personne fait part d’expériences négatives), je suis fils d’ouvrier, ayant grandi en campagne, mais ayant eu la chance d’avoir eu des parents extraordinaires m’inculquant les plus belles des qualités à mes yeux, la réflexion et la simplicité (dialectique résoluble je vous assure). Je ne me considère pas du tout comme quelqu’un d’intelligent. Je suis juste un français moyen, désillusionné par ce qui paraissait être le rêve de sa vie.

Merci de m’avoir lu. Je suis désolé pour la longueur du post (qui malgré tout, d’un point de vue subjectif, me paraît évidemment court).

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