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Les auteurs de BD du Québec

Bon bon bon, ce blog se voulait initialement “culturel” et finalement je parle de tout et de rien, revenons donc à nos amours, la culture québécoise  :biggrin2:. J’ai déjà parlé du dynamisme du cinéma québécois, parlons aujourd’hui du 9ème art, la BD. Ça fait une quinzaine d’années que je suis auteur professionnel et avant même mon arrivée ici tout le monde me prévenait “tu vas voir, c’est pas pareil au Québec.” Parce que les auteurs québécois, quand ils venaient dans les gros festivals en Europe, étaient étonnés de voir tant de monde, tant de lecteurs prêts à attendre des heures pour une dédicace. Parce qu’ils passaient d’un cercle de quelques dizaines d’auteurs à des milliers d’auteurs rencontrés, pensant à tort que c’était plus facile de vivre de son art en France ou en Belgique.

C’est certain que le marché de la BD se porte bien, il n’a jamais cessé de se développer. Mais si ce gâteau grossit d’années en années, les parts en sont de plus en plus petites. De plus en plus de sorties, de plus en plus d’éditeurs, de plus en plus d’auteurs prêts à accepter n’importe quel contrat pour éditer leur premier album. Je ne vais pas m’étendre sur les difficultés du marché du livre, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, je reste disponible pour en discuter plus en détail avec ceux que ça intéresse, mais pour résumer disons que peu d’auteurs en vivent bien. Peu en vivent tout court, moi le premier, j’ai toujours préféré garder un travail à côté, pour que mes albums restent une passion, sans la pression des revenus obligatoires. Autant dire que je ne m’attendais à rien de particulier en arrivant en 2007.

Et pourtant…

Ce que le milieu des auteurs BD a de fascinant ici, pour commencer, c’est que justement peu en vivent exclusivement. Ça évite donc ces regroupements d’auteurs qui ne parlent QUE de BD, coupés de tout, avec pour seul sujet leur album en cours. Les auteurs que j’ai rencontrés ici viennent de milieux variés, on y trouve beaucoup de journalistes, d’illustrateurs de presse, de musiciens, d’enseignants. Beaucoup travaillent dans le milieu du jeu vidéo, de la presse ou des arts en général. Logique, vous dites ? Pas tant que ça, pourtant. En France beaucoup de mes amis auteurs en venaient à préférer se lancer à fond uniquement dans la BD, quitte à gagner bien moins qu’un SMIC,  parce qu’ils ne pouvaient pas trouver de travail créatif dans un domaine qui leur plaisait. Et à l’inverse, ceux qui accédaient à ces postes n’avaient plus de temps à consacrer à la BD. Ici j’ai trouvé des gens qui comme moi arrivent à cumuler ces deux passions. Le deuxième point qui m’a étonné est la solidarité qui existe entre les auteurs. Tout le monde se connait. Évidemment c’est plus facile parce que le milieu est plus petit, mais ça n’en demeure pas moins agréable. Depuis mon arrivée à Québec, tous les jeudis à midi on se retrouve une dizaine-douzaine d’auteurs pour manger ensemble. Évidemment les invités sont les bienvenus, ce qui élargit sans cesse le cercle et évite là encore de ne parler que de BD. À Montréal aussi on retrouve quelques beaux regroupements d’auteurs et c’est toujours un plaisir de se croiser à la moindre occasion, le festival de BD de Québec étant l’incontournable tous les ans. Les auteurs viennent des 4 coins de la province et d’ailleurs. Tous les ans, on a le plaisir de revoir les auteurs des autres provinces du Canada, mais aussi d’Europe.

Parce que c’est l’une des autres particularités qui caractérise les “bédéistes” du Québec (terme utilisé uniquement ici et qui ne fait pas l’unanimité), l’ouverture réciproque vers la France. Québec c’est surtout avec Bordeaux. Les villes sont jumelées et tous les ans un programme d’échange et de résidence d’artiste permet à un Bordelais de venir à Québec quelques mois et à un auteur de Québec d’aller à Bordeaux. Ce qui fait que les deux communautés se connaissent très bien et s’apprécient grandement. Beaucoup d’auteurs de Montréal vivent la même chose avec Lyon. Tous les ans un fort contingent d’auteurs Montréalais partent des semaines pour aller au festival de BD de Lyon et beaucoup d’auteurs Lyonnais viennent aux festivals du Québec. Et sachant que les auteurs Bordelais s’entendent bien avec les Lyonnais, que les auteurs de Québec s’entendent bien avec ceux de Montréal, quand tout ce beau monde se réunit ça crée des soirées mémorables.

Excusez la longueur de mon introduction, je voulais juste résumer le fait que malgré la taille du marché québécois, les ponts et collaborations avec l’Europe rendent la BD québécoise très vivante et actuelle. La jolie Sophie Cadieux a d’ailleurs animé sur ARTV une série de portraits très bien réalisés cette année dans le cadre de son émission BD Québec : https://www.facebook.com/BDQCtv?fref=ts Vous pourrez mettre un visage sur certains des noms que je vais citer plus bas. Avant de parler des auteurs, d’ailleurs, rendons un hommage aux maisons d’édition, qui sont souvent la première chance pour les auteurs locaux de se voir édités.

– La Pastèque : http://www.lapasteque.com/Catalogue.html
Un éditeur incontournable, très bien distribué. Allez voir leur catalogue, je ne saurais même pas par où commencer tellement il est diversifié.
– Mécanique Générale – Les 400 Coups : http://www.editions400coups.com/series/hors-series-49
Un peu plus underground, moins “jeunesse”, mais d’une richesse qui me fait penser à l’Association et aux Requins Marteaux pour ceux qui connaissent.
– Pow Pow, la Mauvaise Tête, Front Froid : http://editionspowpow.com/ http://www.mauvaisetete.com/ http://www.frontfroid.com/ 
Plus jeune et forcément plus petit que nos deux “géants” cités précédemment, ils incarnent toute la jeunesse et le dynamisme de la BD québécoise d’aujourd’hui, chaque album est un petit bijou.

Parlons maintenant des auteurs principaux. Il y en a tellement que je sais d’avance que je vais en oublier, j’en ai déjà honte, n’hésitez pas à m’en suggérer d’autres que je ne connaîtrais pas. Il y en a quelques uns ici http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Auteur_qu%C3%A9b%C3%A9cois_de_bande_dessin%C3%A9e mais ce n’est pas complet. Je ne vous citerai que ceux que je connais personnellement, je n’ai pas assez de recul pour les auteurs plus anciens, ce n’est pas une liste complète mais plus des suggestions.

Les incontournables :

– La série des Paul de Michel Rabagliati, une adaptation au cinéma est en cours, c’est un monument de la BD
– Les Nombrils de Delaf et Dubuc, c’est un énorme carton, un succès comparable à Titeuf.
– Guy Delisle : il passe tellement de temps en France qu’on en oublie même qu’il vient de Québec 🙂 , mais il revient tous les ans pour le plaisir de tous. Chroniques Birmanes, Chroniques de Jérusalem, le Guide du mauvais père, etc. Son album Pyongyang va lui aussi être adapté au cinéma
– Jimmy Beaulieu : éditeur, auteur reconnu partout dans le monde, enseignant, il est au centre de quasiment tout ce qui se fait en BD au Québec. Trop d’albums pour être tous détaillés, j’aime particulièrement ses carnets. Si vous voulez le découvrir, puisqu’il faut bien commencer quelque part je vous conseille deux de ses derniers albums, Le temps des siestes et Laisse pourrir au sol les entrailles de ton ennemi.

Les valeurs sûres :

– Jacques Lamontagne : des séries magnifiques, les Druides, Yuna, Aspic, etc. Je l’ai découvert quand j’étais encore en France, un ami commun étant son scénariste.
– Jean-françois Bergeron ou Djief : son album qu vient de sortir, Broadway, est une pure merveille. Sa série le Crépuscule des Dieux un grand succès.
– Jean-Paul Eid : personnage comme tous les auteurs précédents extrêmement sympathique, qui fait beaucoup penser aux débuts de Fluide Glacial, l’esprit des Solé, Alexis, un dessin très efficace, un humour décalé et des BD qui défient toujours les standards. Sa série des Jérôme Bigras rappelle l’univers de Maester, Tronchet, et son album Le Fond du trou a fait beaucoup parler de lui parce qu’il intégrait dans son histoire un trou qui traversait de part en part l’album.
– Michel Falardeau : connu initialement pour sa série Mertownville, son trait évolue sans cesse dans ses albums suivants, Luck en 2010 puis le magnifique French Kiss 1986 l’année passée. Et le suivant va être encore plus beau.
– Philippe Girard alias Phlppgrrd : auteur talentueux et particulièrement productif, l’un de ses albums Tuer Velasquez va être adapté au cinéma.
– Leif Tande : beaucoup plus underground, son nom en lui-même un jeu de mot (Left Hand) résume bien le personnage. Danger Public, William, Morlac, etc. chaque album est un bel univers en soi et comme Jean Paul Eid il joue beaucoup sur le lien avec le lecteur, n’hésitant pas à défier les conventions de la BD.
– Francis Desharnais : très impliqué dans tout ce qui touche à la BD au Québec, les échanges/résidences avec la France, les concerts dessinés qui mêlent danse, musique et BD, les matchs d’impros BD, les fresques, etc. Chaque initiative originale, chaque lancement qui fait parler de lui, il est dedans. Sa série Burquette a été adaptée en série animée et ses collaborations avec Caroline Allard pour les Chroniques d’une fille infigne et  Pierre Bouchard pour Motel Galactic (3 Tomes) sont des bijoux.
– Autres auteurs : beaucoup pourraient être considérés comme des “valeurs sûres”, je pourrais citer par exemple Paul Bordeleau, Simon Bossé, Pascal Girard, Réal Godbout, David Turgeon, etc.

Les coups de coeur et auteurs de demain :

Là encore ils “pullulent” au Québec. Iris et Zviane ont  beau avoir collaboré pour un magnifique projet, l’ostie d’chat, elles ont également une belle bibliographie chacune de leur côté. Zviane, notamment, est d’une productivité incroyable et ne cesse d’étonner le monde de la BD. Les deuxièmes est un album magnifique et son projet en cours qui recoupe musique et BD sera captivant. Jeik Dion, personnalité unique, très underground, participe depuis des années à la richesse de la BD québécoise, de par son implication dans Front Froid notamment. Un autre qui était à l’origine de ce projet, Julien Paré Sorel, auteur en pleine explosion cette année, avec la sortie de Léthéonie notamment.

Si vous aimez la BD, n’hésitez donc pas à découvrir tous ces talents !

Soulman

Arrivé en mars 2007 à Montréal, Soulman a très vite posé ses valises à Québec, moins de 4 mois plus tard. Auteur BD édité en Europe, un studio lui a laissé la chance d’entrer dans le monde du jeu vidéo et de l’animation en tant qu’illustrateur. Il est devenu par la suite directeur du département artistique. Voici ces billets culturels et sur la ville de Québec.

http://www.immigrer.com

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