Bilan après 6 mois au Québec / Un bilan mitigé, mais réaliste

" Le semer et la moisson, ont leur temps et leur saison ".
[ Dicton français du XVI ème siècle ] .
Cette période étant encore faite de balbutiements, de recherche de stabilité, il ne s’agira, en fait, pas d’un véritable bilan de notre aventure nord-américaine, mais plutôt d’un état provisoire de notre situation, en pleine phase d’évolution.
Nous sommes début Avril, en pleines vacances de Pâques.
Nous entamons notre septième mois au Québec.
Il est 9 heures du matin, tout est calme….
La ville dort encore, les routes sont pratiquement désertes. C’est assez rare à voir, la société étant habituellement très active, la circulation des premières voitures nous réveillant habituellement très tôt, dès les premières lueurs du jour.
Bien même avant…
Le Québec ne dort pas, les équipes se relaient le long de quarts de travail, des rotations couvrant toute la longueur de la journée et des nuits…
Les enfants dorment encore, ils profitent de ces quelques jours de relâche scolaire pour faire leur grasse matinée.
Cependant, ma fille s’ennuie…
Il faut dire que certaines de ses activités favorites ont, pour la circonstance, été carrément paralysées, et ce pour quatre jours consécutifs.
La piscine est fermée, la bibliothèque aussi…
Ni ses jeux, ni les quelques sorties au parc, n’auront réussi à avoir raison de son ennui…
En fait, elle se plait à l’école.
Elle était d’ailleurs toute triste récemment, à la veille de ses vacances scolaires et toute contente le jour de la reprise des cours !
C’est déjà un gros changement.
Ce qu’elle aime dans sa nouvelle école : son enseignante, qu’elle trouve gentille et rigolote, ses amis et amies ( je ne dirai plus qu’ils sont nouveaux…), les activités qui y sont pratiquées et certaines autres, parascolaires, telle la Gym – cirque.
Elle est parfaitement intégrée dans le milieu. Ses résultats scolaires sont bons et sa progression est appréciable.
De la lecture de mots, syllabe par syllabe, elle est passée, en quelques mois, à une lecture assez fluide de petits textes.
Des progrès remarquables sont aussi réalisés en dictée et en calligraphie.
Cette période, qui s’assimile à un intensif en français, comparativement au rythme dont les cours en cette matière étaient dispensés dans notre pays d’origine, porte ses fruits.
Elle nous revient, par ailleurs, avec un tas d'expressions nouvelles qui nous font quelquefois bien rire !
Nous constatons aussi, avec étonnement, une affirmation assez rapide et marquée de sa personnalité, une confiance en soi due certainement au fait qu'ici on oeuvre, dans les écoles, au développement de l'estime de soi.
Concernant mon fils, nous avions, au départ, quelques soucis concernant son intégration .
Ägé de quatorze ans, l’intégration dans des groupes constitués et assez fermés, s'était révélée assez difficile à réaliser.
Il arrivait en fait en intrus...
Il vivait cette période assez reclus, tourné via facebook, vers son passé et ses amis laissés au pays.
J’en avais antérieurement fait acte dans un billet de mon blog et lors de certains commentaires.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Etant en deuxième secondaire, ses résultats sont excellents. Il est premier de sa classe, en réalisant l’exploit de décrocher la meilleure note dans six des neufs matières dispensées.
Ce qui nous rassure, en plus de ses résultats, c’est que ce projet d’immigration, avec tous ses changements et ruptures, ne l’a pas déstabilisé et n’a pas affecté, par les quelques soucis induits, ses capacités de concentration sur ce qui est essentiel pour lui, son travail scolaire.
Lors de la première rencontre des parents, certains professeurs nous avaient fait part de quelques préoccupations qu’ils avaient eu en le voyant rester seul dans son coin… nous en avions alors débattu, tristement, et espérions que son intégration dans le groupe, assez difficile à cet âge, puisse se réaliser sans trop de problèmes.
Ma femme était d’ailleurs revenue, ce jour, en pleurs de cette rencontre…
Son équilibre prévalait sur tout le reste.
Il nous faisait part de certaines scènes d’intimidation se déroulant au niveau des casiers, ce qui nous inquiétait un peu…
Lors de la récente (seconde) rencontre de parents, donc environ trois mois plus tard, nous apprenons qu’en plus de ses très bons résultats, il s’est parfaitement intégré, qu’il participe beaucoup en classe et qu’il est beaucoup sollicité par ses copains.
En dehors de l’école, il s’est fait quelques amis avec qui il sort de temps à autres et avec qui il pratique son activité favorite, le soccer...
Il a de ce fait réduit sa dépendance à Facebook et se concentre maintenant sur son présent...
Il s’est finalement fait, à force d'abnégation, une petite place dans cette société, et cela nous rassure.
Ma conjointe a, quant à elle, suivi une formation dans le domaine de la petite enfance.
Assez marquée à notre arrivée par, d’une part le départ et la douloureuse séparation des membres de sa famille avec lesquels elle était très proche, et d’autre part l’arrivée dans un pays où le réseau d’amis est pratiquement à reconstituer, elle a reprit le dessus (ses longues et redondantes séances de vie parallèle sur skype sont d'ailleurs, aujourd'hui, devenues de plus en plus espacée) grâce, entre autres (le temps faisant aussi son oeuvre...) à cette formation qui lui a permis de rencontrer de nouvelles personnes et de suivre une voie qui lui permette d’entrevoir une activité professionnelle, une projection dans l’avenir, évitant de focaliser sur des idées noires, une situation figée.
Ceci est pour elle une première étape lui ayant permis d’obtenir certaines bases, et elle veut aller plus loin et approfondir ses connaissances et capacités dans ce domaine précis, pour lequel elle n’était pas prédestinée.
La flexibilité est recommandée et sera appréciée ; elle permettra de trouver un créneau porteur en fonction des analyses et conclusions relatives aux attentes du marché de travail québecois.
Me concernant, je suis passé par des moments d’espoir intense, à d’autres beaucoup plus attristants.
Mes espoirs furent ceux de tout nouvel arrivant qui vit sa période d’euphorie… (1)
On se dit qu’étant en Amérique (du nord) tout est possible et réalisable, et que chaque expérience étant unique, tout est alors possible… du meilleur au moins bon…
Mes grosses frustrations viennent non pas de la non - reconnaissance de nos diplômes, mais de la non - reconnaissance, par la plupart des organismes recruteurs, de… nos équivalences de diplômes !
Nos références sont en fait laissées à l’appréciation de l’employeur.
Je le savais, oui…
Mais je me réveille à une dure réalité.
Ceci constitue incontestablement un frein à l’intégration du nouvel arrivant.
En fait, lors de recherche d’emploi, une embûche de taille est la fameuse expérience Québecoise qui nous fait tant défaut.
Un rempart difficilement contournable...
Un autre obstacle rencontré est le bilinguisme, que l'on requiert parfois parfait, réduisant de ce fait considérablement le champs d'action.
Par ailleurs, une des grosses déceptions vécue est issue du comportement de certains conseillers en emploi qui n’hésitent pas, voyant pourtant votre parcours universitaire et votre profil, à vous inviter, un rictus au coin des lèvres, à aller faire du… lavage de voiture !
Pas moins que cela, de quoi tomber à la renverse !
Je dis pour ma part OUI pour la flexibilité, mais un grand NON au contorsionisme !
Les paroles d’un ami me reviennent à l’esprit :
‘’ On ne se la pête pas, mais on ne va quand même pas râcler les caniveaux… ‘’
Une agente s’est même aventurée, probablement par manque d'informations pertinentes à ce cas précis, à envoyer un courriel ( envoi groupé ) , proposant d’aller faire de l’emballage dans une société, pour vous envoyer dans un second courriel, quelques jours plus tard, une alerte pour vous recommander de vous méfier de l’employeur en question qui s’avère être un mauvais payeur !!!
Quelle que soit la lecture que l'on puisse en faire, je trouve que cela constitue quand même un comble en soi...
J’ai gardé ces courriels en guise de… mauvais souvenir de cette phase critique !
Une période assez dure à passer, faite de pas mal de désillusions.
Je suis aujourd’hui engagé dans la procédure d’intégration à l’OIQ, qui s’avère quant à elle être trop longue…
Je suis en attente de la programmation d’une entrevue individuelle pour déposer mon dossier, et cela depuis… presque trois mois !
Il y a certes une volonté politique de faciliter l’intégration des gens diplômé du génie, mais n’est – elle que politique ?
Les délais sont trop longs et les quotas admis insuffisant vu le nombre de postulants.
Une grosse déception aussi de ce côté, je ne puis me permettre d’attendre la mi 2013 pour débuter mes cours à l’école polytechnique, et prétendre finir vers 2015… sans être alors certain que le titre d’ingénieur junior m’ouvre les portes du marché du travail, d’autres facteurs tels le bilinguisme parfait pouvant alors faire surface tels des écueils…
Le paramètre âge ne me permet pas d’emprunter cette voie et prendre ces risques.
En fait, il n’est plus question à un certain âge de faire carrière…
Il faut assurer.
Je vais donc, raisonnablement mais cependant à contre-coeur, devoir me résigner à abandonner cette voie...
Je vous passerai les détails de ma ‘’ survie’’ durant cette période de reconnaissance ; elle est faite de tâtonnements, d’expériences courtes et diverses, mais assez instructives .
Je me suis aujourd’hui, après mûre réflexion, orienté vers un autre créneau, une formation devant m’ouvrir, en finalité, les portes de la ville de Montréal.
Un projet, pour ne pas dire un défi, qui me tient très à cœur.
J’ai récemment passé mes examens d’admission (un examen écrit et une entrevue orale).
Ils se sont avérés positifs et je suis sélectionné, parmi deux cohortes d’une cinquantaine de candidats chacune.
Déjà un petit exploit en soi-même…
Je poursuis la démarche et vis passionnément ces moments cruciaux .
Mon orientation professionnelle au Québec se scellera fort probablement dans les quelques jours qui viennent…et je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l'évolution des choses !
Alors...
Québec, Je t'aime, toi non plus ?
Je crois que si...
Je te laisserai juste le temps de me découvrir, toi aussi !
(1) : Lire, entre autres, '' Les quatre stades du choc des cultures '' / page 22 du document : Le choc des cultures / http://integration-n.../pdf/03choc.pdf
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Commentaires
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Un grand merci à Futurquébécois d'avoir partagé avec nous son expérience...

Juste une remarque, j'ai des amis ingénieurs diplomés (hors Canada évidemment) qui ont tout simplement fait des études supérieures en génie (Maitrise ou Doctorat) dans une université Québédoise, non seulement c'est rémunéré avec un salaire confortable (Montréal ou Sherbrooke), mais ça ouvre des opportunité de carrière car si on pense au réseautage, les directeurs de recherche vous recommandent volontiers. Le tout biensur est d'avoir un bon dossier...
Enfin, vivement la suite
Je ne veux rien dire du tout, je ne fais que te citer. Tu as écrit dans ton premier message "le Québec c'est fait blablabla". Je faisais remarquer alors que je n'avais pas compris que cette phrase était juste un point de vue car ça ressemblait plus à une affirmation, pas à une opinion personnelle.
Je te cite :
Je n'avais pas compris que c'était un point de vue vu que tu disais "le Québec c'est fait". C'est tout de même très affirmatif comme tournure de phrase. Mais au temps pour moi si j'ai mal compris.
Qu'est ce que tu veux dire par "le Québec c'est fait" ?
Je n'avais pas compris que c'était un point de vue vu que tu disais "le Québec c'est fait". C'est tout de même très affirmatif comme tournure de phrase. Mais au temps pour moi si j'ai mal compris.
C'est assez restrictif ce que tu dis non ? Je doute que toutes les familles ou tous les couples qui ont immigré ici soient repartis dans leur pays ! Sinon on est mal barré avec mon homme et Sacoflab avec sa famille...
C'est un point de vue qui ne parle aucunement de retour dans le pays d'origine et qui n'exclut ni échecs ni succès. Personnellement et tenant compte des informations récoltées à l'époque (lors de ma préparation à ce "voyage"), je n'aurai pas franchi le pas si mon métier avait eu un ordre professionnel...En passant j'avais même couvert mes arrières en gardant ma maison et en me fixant une date limite de "non-retour" ou de retour. Je me suis d'ailleurs, déjà plus longuement exprimé à ce sujet...J'estimais et j'estime toujours que compte tenu du profil du pays "France", ce n'est pas raisonnable (pour une famille et quelles que soient les motivations) de ne pas se garder une poire pour un retour éventuel (et non pour la soif!)...
C'est assez restrictif ce que tu dis non ? Je doute que toutes les familles ou tous les couples qui ont immigré ici soient repartis dans leur pays ! Sinon on est mal barré avec mon homme et Sacoflab avec sa famille...
Bien sûr !
Oui, c'est ce que je me dis... Que ça me permettra de renforcer encore mes bases et de mieux progresser ici... Et je m'estime heureuse car ça reste dans ma branche et que ce n'est pas un métier difficile physiquement ou que sais-je ! Alors ne crachons pas dans la soupe
Je dis pas merci, ça porte malheur
Dans cette (déjà vue) chronique, C'est (malheureusement) encore une réalité que personne ne veut entendre ou voir dans la période de préparation et d'étude de faisabilité de son projet d'immigration. Et une problématique plus que débattue. Voyons dans 6 mois, 1an, 3ans ou 5 ans ? ce qu'il sera advenu de cette famille...? Le Québec, c'est fait pour de jeunes entrepreneurs, célibataires et en bonne santé. Pas pour des travailleurs dont l'exercice est régit (entre autre) par un ordre professionnel...Et pour des gens originaires de pays qui n'offrent pas grand chose à leurs administrés.
Tu sais, ce n'est pas forcément reconnu nos jolis diplômes français... Ca marche tellement par le réseau ici que les diplômes et les expériences françaises ils ne regardent pas forcément.
Je vais juste citer mon cas en exemple.
J'ai un diplôme d'ingénieur généraliste, spécialisé en productique et logistique.
Mon dernier poste, pendant presque 3 ans c'était responsable d'un service logistique pour une boite à portée internationnale, avec management, réalisation de 2 déménagements logistiques, d'une mise en place d'échange d'informations avec les prestataires, négociation de contrats de transports tous les ans et un budget de 2 millions d'€ par an à gérer.
Résultat ici ? On ne me propose que des postes d'assistante logistique (enfin 1 poste pour le moment, mes autres candidatures n'ayant même pas eu de réponse)... Alors la reconnaissance...
Et je précise que je cherche autant des postes d'assistante, de commis que des postes de chef d'équipe ou de gestionnaire. Je n'allais pas espérer avoir un poste similaire tout de suite, alors je cherche à tous les niveaux en adaptant CV et lettre de motivation.
Maintenant je m'y attendais, donc j'accepte tout en continuant à chercher mieux, mais sans l'expérience québécoise je crains qu'ils n'en aient rien à faire.
Comme je l'expliquais à des amis, je pense que pour avoir tout de suite un poste équivalent ou supérieur à ce qu'on avait en France il faut
- soit avoir eu une expérience très particulière en France et donc recherchée ici (le cas de mon homme, qui perd quelques responsabilités mais qui était convoité par trois boites qui se sont battues pour l'avoir et a un salaire plus intéressant qu'en France)
- soit avoir une expérience québécoise
Quand tu es une personne lambda comme il existe d'autre Québécois, alors tu peux t'accrocher pour avoir le poste avant eux, surtout que tu n'as pas le réseau qu'ils ont...
C'est frustrant, mais c'est ainsi...
J'en suis aujourd'hui à vouloir travailler à (presque) tout prix, donc je pense que si l'entretien de demain fonctionne j'accepterai. On a les moyens de ne pas travailler tous les deux, mais j'avoue qu'après 8 mois à ne pas travailler, ça commence à me courrir sur le haricot
Je pense, comme le dit Puda, que même s'il y a des ententes avec certains pays, on est quand même beaucoup mis dans la catégorie "immigrant", qu'on ait des diplômes ou pas. Ce qui rejoint ce que tu pointes du doigt vis à vis de l'université qui t'a refusé alors que tu avais un diplôme supérieur à ce qui était demandé...
Cool un entretien demain ? tu me raconteras.
C'est certain que redescendre d'un ou plusieurs niveaux hiérarchiques est la démarche préconisée pour débuter sa carrière ici. Il faut voir ça comme un mal pour un bien : cela évite de se brûler les ailes pour un tas de raisons. Différences culturelles, changement de méthode de travail, incompréhensions linguistiques... les écueils sont nombreux. Alors passer par cette étape pour 2 ou 3 ans le temps de montrer patte blanche ? à l'échelle d'une carrière c'est très peu finalement. Surtout qu'ici la progression est plus facile qu'en France, donc en quelques années si on n'est pas un boulet, on s'y retrouve largement. Reculer pour mieux sauter finalement
Bonne chance pour demain !