Alors que le Canada affirme vouloir retenir davantage de talents francophones et qualifiés, certains diplômés internationaux se retrouvent forcés de quitter le pays à cause d’un problème technique sur le portail d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
Pour plusieurs étudiants étrangers, le permis de travail postdiplôme représente une étape essentielle après les études. Il permet de rester au Canada, de travailler, de s’intégrer au marché de l’emploi et, souvent, de préparer une demande de résidence permanente. Mais un défaut dans le système en ligne d’IRCC aurait entraîné des refus de demandes pour des candidats pourtant admissibles.
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C’est notamment le cas de Marion (nom fictif), une étudiante française installée au Québec depuis plusieurs années. Après ses études, elle souhaitait poursuivre son parcours professionnel dans le milieu communautaire et s’établir durablement dans la province. Elle affirme avoir déposé sa demande de permis de travail postdiplôme en août dernier, juste avant l’expiration de son permis d’études.
« Je suis assez triste et assez choquée que cette situation m’arrive », a-t-elle confié à Noovo Info.
Un document qui ne s’est jamais lié à la demande
Selon son témoignage, Marion avait transmis ses documents via le formulaire Web d’Immigration Canada. Le problème serait survenu au moment du dépôt de son test de français, exigé dans le cadre de sa demande.
Le portail ne permettrait pas de joindre plusieurs fichiers de manière claire ou intuitive. Résultat : certains documents ne seraient pas correctement associés au dossier du demandeur. Dans le cas de Marion, le fichier n’aurait pas été lié à sa demande, ce qui a mené à un refus automatique.
La décision lui aurait été envoyée le 24 décembre, la veille de Noël. Mais l’étudiante affirme ne pas avoir vu le courriel avant de consulter un avocat pour comprendre les démarches à suivre.
« Ce courriel, je ne l’ai jamais vu jusqu’à ce que j’aie une rencontre avec un avocat pour m’expliquer les démarches à suivre par rapport à mon refus », a-t-elle expliqué.
En fouillant ses messages avec l’aide de son avocat, Marion a finalement retrouvé l’avis indiquant que le document demandé n’avait pas été joint à son dossier.
Des diplômés qualifiés pris au piège administratif
Le cas de Marion n’est pas isolé. Le problème serait suffisamment fréquent pour avoir été porté à l’attention d’Alexandre Boulerice, député de Rosemont–La Petite-Patrie. Celui-ci a écrit à la ministre fédérale de l’Immigration afin de demander une correction rapide de la situation.
Pour le député, il est incompréhensible que des personnes qualifiées, francophones et déjà intégrées au Québec soient pénalisées en raison d’une difficulté technique.
« On parle de professionnels, de gens qualifiés, de gens qui parlent français, de talents, alors que nos gouvernements disent qu’on veut attirer et garder ces gens-là. À cause d’une bêtise d’un site Web mal foutu, on se retrouve dans une telle situation », a-t-il dénoncé.
Le cabinet d’avocats qui accompagne Marion n’a pas voulu accorder d’entrevue, mais a confirmé recevoir de nombreux appels concernant des demandes de permis de travail postdiplôme.
Un enjeu humain, mais aussi économique
Derrière ces refus administratifs se trouvent des parcours de vie déjà bien amorcés au Canada. Ces diplômés ont souvent investi plusieurs années dans leurs études, développé un réseau professionnel, payé des droits de scolarité élevés et commencé à contribuer à la société canadienne.
Dans un contexte où le Canada et le Québec disent vouloir attirer et retenir des travailleurs francophones, la situation soulève une contradiction majeure. D’un côté, les gouvernements multiplient les discours sur l’importance de garder les talents formés ici. De l’autre, des candidats admissibles risquent de devoir quitter le pays à cause d’un portail mal conçu ou d’un processus trop rigide.
Pour des secteurs comme le communautaire, l’éducation, la santé, les services sociaux ou les technologies, la perte de ces diplômés représente aussi une perte de main-d’œuvre déjà adaptée à la réalité locale.
Une demande de solution rapide
Alexandre Boulerice demande que les étudiants internationaux dont la demande a été refusée en raison d’un problème technique puissent déposer une nouvelle demande sans frais. Il souhaite également qu’un permis de travail temporaire leur soit accordé le temps que leur situation soit régularisée.
Selon lui, sans mesure transitoire, plusieurs diplômés risquent de perdre leur emploi, leur statut et leur projet de vie au Canada.
Cette affaire met en lumière un problème plus large : la dépendance croissante des candidats à l’immigration envers des plateformes numériques complexes, où une erreur technique ou une interface peu claire peut avoir des conséquences majeures.
Pour Marion et d’autres diplômés dans la même situation, l’enjeu n’est pas seulement administratif. Il s’agit de pouvoir continuer à vivre, travailler et contribuer dans un pays qui affirme pourtant vouloir les retenir.
Source : Noovo

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