Le Québec s’apprête à vivre une nouvelle année très active dans l’industrie de la construction, malgré un léger ralentissement prévu après une année record. Selon les plus récentes perspectives de la Commission de la construction du Québec (CCQ), le secteur devra recruter environ 17 000 travailleurs par année au cours des cinq prochaines années afin de répondre aux besoins des chantiers partout dans la province.
L’enjeu est majeur : plus de 200 000 Québécois travaillent désormais sur les chantiers de construction, mais cette main-d’œuvre ne suffira pas à soutenir le rythme des projets annoncés. Sans un recrutement soutenu, certains chantiers pourraient devoir ralentir, avec des impacts possibles sur les échéanciers et les coûts.
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« Il y a un défi majeur : répondre aux importants besoins de main-d’œuvre partout sur le territoire », a déclaré le ministre du Travail, Jean Boulet, lors de la présentation des perspectives 2026-2030 de l’industrie, lundi matin à Montréal.
La présidente-directrice générale de la CCQ, Audrey Murray, a pour sa part insisté sur l’importance d’une meilleure planification. « Nous devons créer les conditions du succès : plus de prévisibilité, une meilleure planification des travaux et une plus grande continuité dans nos projets », a-t-elle indiqué.
Une année record en 2025, un niveau encore très élevé en 2026
Le document de la CCQ confirme que 2025 a été une année record pour la construction au Québec. L’industrie a atteint 216 millions d’heures travaillées, en hausse de 2 % par rapport à 2024, malgré l’incertitude économique générale.
Pour 2026, la CCQ prévoit un léger recul de 1 %, avec 213,3 millions d’heures travaillées. Ce repli ne remet toutefois pas en question la vigueur du secteur : le volume d’activité demeurera parmi les plus élevés des dernières années.
Cette légère baisse s’explique surtout par un ralentissement attendu dans les secteurs industriel ainsi qu’institutionnel et commercial. À l’inverse, le génie civil et voirie ainsi que le résidentiel devraient poursuivre leur croissance.
Le génie civil et la voirie tirés par les grands projets
Le secteur du génie civil et de la voirie devrait connaître une forte année en 2026. La CCQ prévoit 40,5 millions d’heures travaillées, soit une hausse de 3 %.
Plusieurs grands projets continueront d’alimenter l’activité, dont le Réseau express métropolitain, le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, la réfection du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, le remplacement du pont de l’Île-aux-Tourtes, la réfection des tunnels Ville-Marie et Viger, ainsi que des travaux à l’aéroport Montréal-Trudeau.
Le développement de parcs éoliens jouera également un rôle important. Les projets PPAW1 et Des Neiges 1, secteur sud, se poursuivront, tandis que d’autres projets éoliens devraient démarrer au cours de l’année.
La CCQ souligne aussi que les prochaines années pourraient demeurer très actives avec le Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec, qui prévoit notamment l’ajout de 5 000 kilomètres de lignes de transport d’électricité, de nouveaux parcs éoliens ainsi que des travaux de réfection et d’amélioration de centrales électriques.
Le résidentiel soutenu par la demande en logements
Le secteur résidentiel devrait également poursuivre sa progression. Après une hausse de 4 % en 2025, la CCQ prévoit une nouvelle augmentation de 3 % en 2026, pour atteindre 38,8 millions d’heures travaillées.
Cette croissance s’appuie sur une demande toujours forte en logements, les baisses successives des taux d’intérêt, le manque d’unités disponibles sur le marché de la revente et les mesures mises en place pour stimuler l’offre résidentielle.
La CCQ estime que le nombre de mises en chantier pourrait atteindre 60 800 unités en 2026, après environ 59 000 en 2025. Le contexte demeure donc favorable à la construction neuve, même si des défis persistent, notamment le manque d’infrastructures liées à l’eau dans certaines municipalités.
Le secteur institutionnel et commercial ralentit légèrement
Le plus important secteur de l’industrie, soit l’institutionnel et commercial, devrait connaître un léger recul en 2026. Après avoir atteint un sommet de 121,5 millions d’heures travaillées en 2025, la CCQ prévoit 119 millions d’heures en 2026, soit une baisse de 2 %.
Plusieurs grands chantiers continueront toutefois de générer un volume important de travail, notamment la construction du nouvel hôpital de Vaudreuil-Soulanges, la modernisation de l’hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec, l’agrandissement de l’hôpital Pierre-Le Gardeur à Terrebonne, ainsi que le réaménagement du site de l’ancien hôpital Royal Victoria à Montréal.
Le secteur commercial pourrait toutefois perdre de la vitesse, dans un contexte d’incertitude économique et de baisse des investissements. En revanche, le résidentiel en hauteur devrait atténuer cette diminution, grâce à la hausse des mises en chantier de bâtiments de plus de six étages.
L’industriel freiné après une forte année
Le secteur industriel a connu une année 2025 particulièrement vigoureuse, avec 17,5 millions d’heures travaillées, soit une hausse de 17 % par rapport à 2024. Il s’agit du plus haut niveau d’activité enregistré depuis 2012.
Cette performance a été largement soutenue par les projets liés à la filière batterie, notamment en Mauricie–Bois-Francs. Parmi les grands projets figurent la mine et l’usine de transformation de lithium de Nemaska Lithium, l’usine de matériaux de cathode d’Ultium CAM et l’usine de fabrication de feuilles de cuivre de Solutions énergétiques Volta Canada.
Mais pour 2026, la CCQ prévoit un ralentissement marqué de 14 %, avec 15 millions d’heures travaillées. Plusieurs projets demeureront actifs, dont l’usine AP60 de Rio Tinto à Jonquière, la mine Odyssey d’Agnico Eagle à Malartic, des projets de décarbonation de Rio Tinto Fer et Titane ainsi que l’expansion de la mine du lac Bloom.
La CCQ note toutefois que certains investissements pourraient être retardés ou annulés en raison de l’incertitude économique et commerciale.
Le grand Montréal sous pression
Dans le grand Montréal, la CCQ prévoit un léger recul de 1 % du volume d’ouvrage en 2026. Ce ralentissement serait surtout lié au secteur institutionnel et commercial ainsi qu’à la fin de certains projets industriels.
L’activité demeurera néanmoins soutenue grâce aux grands projets d’infrastructure : le REM, la ligne bleue, les travaux à l’aéroport Montréal-Trudeau, le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et le pont de l’Île-aux-Tourtes.
Pour la période 2026-2030, la région du grand Montréal aura besoin d’environ 9 800 travailleurs afin de répondre aux besoins de l’industrie.
Québec et certaines régions en croissance
La région de Québec devrait connaître une hausse de 3 % des heures travaillées en 2026. Le génie civil et la voirie y seront particulièrement actifs, notamment avec la construction du nouveau pont de l’Île-d’Orléans et plusieurs projets éoliens, dont Des Neiges 1, 2 et 3.
L’Abitibi-Témiscamingue, la Baie-James et l’Outaouais devraient également afficher une croissance, respectivement de 2 %, 3 % et 1 %. À l’inverse, la Mauricie–Bois-Francs, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord devraient connaître un repli en 2026, notamment en raison de la fin ou du ralentissement de certains grands chantiers industriels ou routiers.
Les métiers les plus recherchés
La pression sur la main-d’œuvre sera particulièrement forte dans certains métiers. Les charpentiers-menuisiers arrivent largement en tête des besoins annuels, suivis des manœuvres et des électriciens.
| Métier | Besoins annuels |
|---|---|
| Charpentier-menuisier | 4 160 |
| Manœuvre | 3 746 |
| Électricien | 1 860 |
| Tuyauteur | 835 |
| Peintre | 714 |
| Couvreur | 709 |
| Plâtrier | 411 |
| Ferblantier | 374 |
| Carreleur | 355 |
| Poseur de systèmes intérieurs | 345 |
Ces dix métiers concentrent une part importante des besoins anticipés. Les charpentiers-menuisiers et les manœuvres, à eux seuls, représentent près de 8 000 besoins annuels.
Des milliards de dollars en projets
Les perspectives de la CCQ mettent en lumière l’ampleur des investissements en cours. Parmi les principaux projets recensés figurent le REM, évalué à 9,4 milliards de dollars, le prolongement de la ligne bleue et le réseau structurant de transport en commun de Québec, chacun évalué à 7,6 milliards de dollars.
À Montréal, les travaux à l’aéroport Montréal-Trudeau sont évalués à 4 milliards de dollars. Le nouveau pont de l’Île-d’Orléans représente un projet de 2,759 milliards, tandis que la réfection du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine est évaluée à 2,748 milliards.
Dans le secteur institutionnel et commercial, plusieurs projets majeurs se démarquent aussi, dont l’hôpital de Vaudreuil-Soulanges, évalué à 2,595 milliards, la modernisation de l’hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec, évaluée à plus de 2 milliards, et le quartier Fleur de Lys, évalué à 1,5 milliard.
Un enjeu stratégique pour le Québec
Le message de la CCQ est clair : même si l’activité devrait légèrement reculer en 2026, l’industrie de la construction restera à un niveau exceptionnellement élevé. Le véritable défi ne sera donc pas seulement de lancer les projets, mais de disposer de la main-d’œuvre nécessaire pour les réaliser.
La formation, le recrutement, la rétention des travailleurs et la planification des chantiers deviendront des enjeux centraux pour les prochaines années. Dans un contexte où les besoins en logements, en infrastructures de transport, en énergie et en bâtiments publics demeurent immenses, la capacité du Québec à attirer et maintenir des travailleurs dans la construction pourrait devenir l’une des clés de la réussite de ses grands projets.

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