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Les relations d’amitié interculturelles

Dans ce blog, je vais me prononcer sur un sujet intemporel qu’est l’amitié et la culture. L’amitié interculturelle est un élément important dans notre intégration qui parfois devient plus ou moins évidente dans un pays comme le Canada qui baigne dans une diversité culturelle remarquable.

Tout d’abord, « les amis sont la famille que nous choisissons » comme dit cette belle citation qui est tellement vraie ! Surtout lorsqu’on décide de s’installer seule au Canada, en laissant derrière toutes nos relations significatives incluant nos amis d’enfance et notre famille. Une des premières choses qu’on essaie de faire, c’est de chercher à se faire des amis sur lesquels on peut compter pendant la transition et de nouer des amitiés durables.

Auteure et professeure, Cecilia H. Solano (1986) dans son ouvrage People without friends : Lonliness and its Alternatives, divise les relations amicales en trois fonctions. D’après elle, on choisit d’abord les amis qui répondent à nos besoins matériels en fournissant divers types d’aide et de soutien. Ensuite, on veut avoir des amis qui répondent à nos besoins cognitifs, qui nous stimulent davantage sous la forme d’expériences partagées, d’activités et d’échanges animés de potins et d’idées. Finalement, on a des amis qui répondent à nos besoins socio-affectifs avec leur apport d’amour et d’estime.

Sans doute, on a des amitiés différentes dans notre vie pour combler différents besoins. Bien plus est, au Canada, on a la chance d’avoir des amis qui viennent des quatre coins du monde. De fait, je me sens privilégiée de pouvoir y prendre part. Cependant, je constate qu’il existe une certaine fragilité quant aux amitiés interculturelles. De ce fait, on ne peut pas avoir les mêmes attentes que dans notre pays d’origine.

Une chose que j’ai apprise assez vite est qu’il faut distinguer l’amitié et être amical. Je constate que les gens d’ici utilisent le mot « ami » d’une façon plus générale qu’en Hongrie. Ils peuvent appeler presque n’importe qui « un ami », que ce soit un collègue de travail, un camarade d’école, un voisin ou une connaissance occasionnelle. En Hongrie, quand on dit « ami » on réfère plutôt à quelqu’un de plus proche, un confident avec qui on a un lien déjà établi.

Avez-vous « des amis » chez qui vous n’êtes jamais allé, car vous n’êtes juste pas invité. Ou bien, vous êtes allé chez quelqu’un et il vous a demandé d’attendre à l’entrée ou si vous êtes chanceuse dans le salon. Pour les hongrois, ce ne sont pas des amis, ce sont plus des connaissances. Les hongrois laissent leurs amis entrer jusqu’à la table de la cuisine. En Hongrie, on fait la distinction entre un ami de salon et un ami de cuisine.

Au Québec, contrairement à la Hongrie, je dirais que les gens sont plus à l’aise pour initier une conversation avec des étrangers que ce soit dans le métro, à l’épicerie ou à l’arrêt d’autobus. Ils peuvent sourire chaleureusement et vous dire: « Bonjour, comment ça va? » ou « À la prochaine », mais souvent, c’est juste une façon d’être amical.

L’autre jour, il y avait quelque chose qui m’a fait beaucoup de peine et en conséquence, j’ai passé une nuit blanche. Le lendemain, j’étais épuisée. J’ai croisé plusieurs personnes pendant ma journée. Toutes me demandaient Comment ça va? Alors, je répondais quelque chose comme : je ne me sens pas très bien car je n’ai pas dormi la nuit passée. À ma plus grande surprise, aucune de ces personnes ne m’a demandé ce qui n’allait pas. Souvent, ils faisaient comme s’ils n’entendaient pas. Dans le meilleur des cas, une m’a répondu « Oh, pauvre toi, tu dois être fatiguée aujourd’hui». Cela me rendait triste que les gens ne fussent pas à l’écoute. Le plus étrange était que c’était la journée de la santé mentale et sur les médias sociaux, tout le monde affichait «bell’s talk» et changeaient leur photo de profil.

En Hongrie, on ne demande pas à de parfaits étrangers Comment ça va ?, ce n’est pas une question routinière, mais plus une question parce que tu connais la personne et c’est vraiment pour en savoir plus sur l’état actuel de cette personne. Je dirais qu’on connecte avec les gens d’un niveau plus profond. Bref, cela m’a pris du temps pour m’habituer qu’ici Comment ça va? est une formule de politesse et en fait, ils ne veulent rien savoir de ton état mental ou de ta journée.

Pendant mon séjour au Québec, j’ai vécu des expériences pas mal différentes qu’en Hongrie. Je crois que cela vaut la peine de vous en partager quelques-unes pour mieux illustrer cette différence culturelle que je constate quant à l’amitié.

Quant aux amitiés interculturelles, j’ai des amis de partout, mais ces amitiés sont toujours plus fragiles. J’avais une amie québécoise, on est devenu assez proche pour qu’elle me laisse même entrer jusqu’à sa table de cuisine. On avait planifié une sortie. Le jour en question, elle me texte qu’elle va annuler notre sortie, car il pleuvait et elle n’avait pas pu faire son jogging avant notre rencontre. Puisqu’il avait arrêté de pleuvoir, elle préférait aller faire son jogging. Je n’en revenais pas! Si c’était une de mes amies hongroises, forte chance qu’elle aurait mis de côté son jogging pour la soirée (sauf si elle était une athlète qui s’entrainait pour le marathon) et elle aurait respecté son engagement envers moi.

Comme vous voyez, c’est vraiment différent de ce qu’une hongroise et qu’une québécoise ferait dans la même situation et si j’en parle dans cet article, c’est parce que cela me touche encore. Apparemment au Québec, vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’une amie lâche ses propres affaires simplement pour faire quelque chose sans importance avec vous, même si c’était prévu.

Il faut que je me rappelle constamment que le Canada est un mélange de différentes cultures, alors différentes cultures peuvent avoir différents concepts d’amitié qui peuvent définitivement jouer un rôle dans sa création et dans son maintien. Plus l’écart est significatif entre les valeurs de chacun, plus l’ouverture, la négociation et le compromis sont demandés de chaque parti.

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Monika
Originaire de Hongrie, Monika est arrivée au Québec en 2005 en ne parlant pas encore le français. Elle a obtenu un diplôme de l’Université du Québec à Montréal et a travaillé en tant qu’intervenante psychosociale dans le quartier multiethnique de Parc Extension à Montréal. Depuis 2014, elle vit à Moncton au Nouveau-Brunswick dans l’est du Canada où elle a obtenu son diplôme de Juris Doctor à la faculté de droit de l'Université de Moncton en 2017. Présentement, elle est stagiaire dans un cabinet d'avocat à Dieppe.

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