Marier les extrêmes

On a souvent parlé sur le forum des clashs qui ont pu survenir sur le lieu de travail entre nous et nos collègues québécois.

Chacun est unique et je vais donc essayer d’éviter les généralisations, parce que non, ce n’est pas vrai que TOUS les Québécois fuient le conflit et que TOUS les Français ont beaucoup de caractère et se complaisent dans la confrontation. Toujours est-il qu’en règle général, l’ambiance globale de travail peut être assez différente ici par rapport à ce qu’on a connu en France. C’est tout à fait normal, au sein même d’une entreprise l’ambiance, les règles « non-dites » sont différentes d’un étage, d’une équipe à l’autre, imaginez sur un continent différent :)

C’est plus évident quand on travaille exactement dans la même branche que ce qu’on faisait avant, les comparables sont plus faciles, et c’est là que parfois on peut être un tant soit peu déstabilisé, au début du moins. Les codes ne sont pas forcément les mêmes, les habitudes non plus, et cela prend pas mal de temps avant d’appréhender toutes les subtilités de la vie de bureau au Québec par rapport à ce qu’on a connu en France. Tout est à reconsidérer, la façon de parler à ses patrons, à ses subalternes, la hiérarchisation des tâches, le rythme de travail, les mécaniques pour aborder les problèmes, il y a tellement de points de différenciation que je ne me lancerai pas dans une liste détaillée de toutes ces nuances. et de toutes façons ces points ne s’appliqueraient qu’à mon expérience personnelle, rien ne dit qu’ils seraient valables dans une autre entreprise ou un autre secteur d’activités.

Mais dans un sens, de toutes façons, je vous dirais de ne pas trop vous en faire avec ça. Évidemment nous devons apprendre ces codes qui nous permettront d’être plus efficaces, mieux intégrés dans nos équipes de travail, mais d’un autre côté, ces différences peuvent amener une belle richesse à votre société. Ces conceptions parfois opposées, une fois combinées peuvent vraiment bonifier votre équipe, et surtout vous permettre de vous faire valoir pour ce que vous êtes au fond de vous. Si vous avez beaucoup de caractère, c’est une force, que vous devez juste apprendre à maîtriser et à doser. Si vous êtes plutôt « verbo-moteur », vous devez comme partout dans le monde être attentif aux « signes » qui vous montrent que votre auditoire commence à décrocher, voire à s’irriter à force de vous écouter. Votre réserve deviendra de la pondération, votre perfectionnisme de la rigueur, chacun de vos traits de caractère peut être vu de façon très positive si vous l’exploitez au mieux, et vous n’avez donc aucunement besoin de devenir quelqu’un d’autre pour progresser dans votre emploi.

Les exemples sont très nombreux au sein du studio où je travaille où la mixité culturelle amène une richesse que ne peuvent égaler les équipes plus « homogènes ». Une modeleuse chinoise, un programmeur marocain, un chargé de projet mexicain, un artiste français, un chargé de compte belge amèneront chacun une identité propre à leur équipe et si ces différences sont bien exploitées, si elles se bonifient au lieu de s’annuler, on obtiendra un produit bien plus unique. Il en va de même pour n’importe quelle équipe, en sport par exemple. La richesse vient des différents profils. Si vous n’avez que des divas, des joueurs étoile et aucun porteur d’eau, il y a peu de chances que vous gagniez quoi que ce soit. Mais si après avoir recruté ce personnel diversifié, vous leur demandez à tous de devenir ce qu’ils ne sont pas, par exemple que vous exigiez dudit porteur d’eau qu’il devienne le joueur étoile de l’équipe, vous allez également avoir beaucoup de problèmes pendant les matchs :)

Quand nos employeurs nous offrent un travail, ils savent d’où nous venons et sont donc prêts d’une certaine façon à intégrer notre unicité au sein de leur production, je ne pense pas qu’ils s’attendent à ce que nous devenions exactement comme tout le monde, sinon ils auraient juste embauché un natif. Restons donc nous-même, dans le respect des codes et des habitudes de travail mais tout en amenant notre pierre à l’édifice.

Soulman
Arrivé en mars 2007 à Montréal, Soulman a très vite posé ses valises à Québec, moins de 4 mois plus tard. Auteur BD édité en Europe, un studio lui a laissé la chance d'entrer dans le monde du jeu vidéo et de l'animation en tant qu'illustrateur. Il est devenu par la suite directeur du département artistique. Voici ces billets culturels et sur la ville de Québec.
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