Les Îles de la Madeleine

Les Îles de la Madeleine

« Partons, la mer est belle;
Embarquons-nous, pêcheurs,
Guidons notre nacelle,
Ramons avec ardeur.
Aux mâts hissons les voiles,
Le ciel est pur et beau;
Je vois briller l’étoile
Qui guide les matelots! » –

Partons la mer est belle, folklore acadien.

Bien que Laurence semblait appeler mon témoignage sur les élections présidentielles françaises, je m’abstiendrai de tout commentaire. Pourquoi ?

Simplement parce que cela ne m’intéresse guère et que les principales raisons pour lesquelles je suis allée votée sont le respect d’un devoir citoyen, l’envie d’aller interroger des français sur leurs propres raisons d’aller voter et éviter à ma famille d’avoir à vivre un cauchemar au second tour.

Mais je pense que inconsciemment, la raison principale de ma présence aux élections françaises tenait dans ce petit rien que ne peuvent comprendre les français de l’Hexagone, le nez dans le guidon, obnubilés par leur vie locale (à raison en passant). Ce petit rien qui s’allume encore chez certains quand on leur parle de la France, cette petite envie, ce petit goût d’y aller. Pour ce petit symbole du rayonnement français, on ne pouvait risquer de permettre à l’extrême droite d’être présente au second tour.

Le symbolisme dont je parle ici fera sans doute vomir les plus politisés de mes compatriotes, mais la fierté d’être français passe parfois aussi par cette petite lumière là dans les yeux des autres. Et ça, on ne veut pas que ce soit ternit par un homme qui n’aime pas la France, qui n’aime que lui et le pouvoir, voire deux hommes mais ça c’est une autre affaire…

Figurez-vous cependant que c’est ce petit rien de fierté dans les yeux de quelqu’un qui m’a amené à cette chronique. Alors que nous discutions de l’après élections avec un Jimmy surpris de la vitesse d’annonce des résultats, à moins que cela n’ait été avant l’annonce, enfin en discutant avec Jimmy des Îles de la Madeleine, une phrase, que maintes fois on m’a dite, a retenu toute mon attention : « J’aimerai ça y aller un jour ».

Que n’ai-je entendu cette phrase depuis que je connais mon chum.

Un journaliste de la Presse faisait cet hiver un article sur les Îles de la Madeleine et évoquait également ce phénomène qui fait que :

1) les gens savent instantanément de quelles îles vous parlez quand vous dîtes simplement « les Îles »

2) de la lumière d’envie qui s’allume dans les yeux des gens, pour y aller ou y retourner.

À mon tour donc, avec bien plus de maladresse que ce journaliste, de vous faire voir les Îles telles que moi je les connais pour m’y être rendue mais également par la belle-famille et les amis qui en parlent et telles que Ti’Namour se les représentent après plus de 10 ans d’absence.

Carte des Iles de la Madeleine - (c) Tourisme Iles de la Madeleine

D’abord, on parle des Îles de la Madeleine car elles sont au nombre de 7 reliées entre elles par des lagunes de sable et 2 isolées en mer.

L’île de Grande Entrée et la Grosse Île sont le fief des 5% d’anglophones de la région (soit environ 900 personnes sur environ 13000 âmes), séparées par l’île de l’Est.

Carte des Îles – © Tourisme Îles de la Madeleine cliquez pour voir en plus grand.

Viennent ensuite l’île de la Pointe aux Loups, l’île du Havre aux maisons, l’île de Cap aux meules et l’île du Havre Aubert (ou aux bers dans d’anciens documents où bers désignent des berceaux) où se concentrent la majorité de la population. Ces 7 îles, totalisant une étendue d’une soixantaine de kilomètre du nord au sud, sont positionnées telles un hameçon dans le Golfe du Saint Laurent, forme caractéristique qui permet de les repérer depuis les images satellites par exemple. Forme également ironique qui vient rappeler le lien étroit entre l’Océan pourvoyeur de richesse et preneur d’hommes que ce peuple avant tout marin, pêcheur et aujourd’hui conchyliculteur entretient avec les eaux qui l’isolent.

Au nord-ouest de Grosse Île on trouve également l’Île Brion, réserve faunique, surtout accessibles pour les scientifiques. Enfin au sud de Havre aux maisons, comme un appât détaché de l’hameçon, vous trouverez l’île d’Entrée, repère naturel de navigation.

Cet archipel, baptisé Menagoesoneg (les îles balayées par le ressac) par les Micmacs, est accessible par avion (Air Canada Jazz au départ de Montréal, Québec, Mont Joli et Gaspé et Pascan Aviation) ou par mer (avec la croisière de la CTMA au départ de Montréal). Si vous êtes un peu plus proche de vos sous ou plus aventureux, je vous conseille la voiture (depuis Montréal comptez environ 14h pour vous rendre à Souris, IPE, en passant par le Nouveau-Brunswick, puis 4 à 5h de traversier pour accéder aux Îles- voir la CTMA pour les horaires de départ du traversier depuis Souris), avec le loisir de vous déplacer à votre rythme !

Une fois sur place, le moyen de déplacement le plus commode sera la voiture, que vous pourrez louer sur place (et même en acheter une souffle Ti’Namour), mais vous pourriez également tomber sous le charme de la petite reine et emprunter les nombreux corridors cyclistes aménagés en milieux naturel ou en bordure de la route 199, qui fait quasiment toute la longueur de l’archipel. Sachez néanmoins que pour vous rendre de Cap aux Meules à Grande Entrée en voiture, cela vous prendra environ 1h30 en voiture, sur une route que le vent, les moustiques et le ressac balayeront allègrement.

Une fois sur place, d’un accord presque commun, Ti’Namour et moi vous enverrions chez Benoît à Benoît, au Fumoir d’antan, un écomusée où vous aurez le loisir d’entendre un homme fort et bourru, parlant d’un bel accent madelinot, de l’activité de pêche et de fumage traditionnel.

En passant, si vous avez la chance d’y être alors qu’ils ont des moules fumées et marinées, n’hésitez pas à en acheter, ça vaut le détour.

Mais comme nous sommes des ventres à pâtes, nous vous enverrions sur Havre aux maisons également à la fromagerie éponyme quérir un peu de Pied de Vent, ce fromage typique des Îles qui n’arrive à Montréal que jaunit et vieillit alors que le plus gros de son arôme se déguste quand il est encore frais.

Si vous êtes également amateur de houblon, vous vous dirigerez alors naturellement vers la micro brasserie À l’abri de la tempête et dégusterez une des bières entièrement produites localement, où les céréales auront été balayées par le vent salin qui donne un goût si caractéristique. Vous pourrez faire une visite de la brasserie et dégustez ensuite les bières dans le pub attenant. La bière des Pas Perdus, que vous retrouverez en vente d’ailleurs dans le Pub/Auberge du même nom, est excellente mais je pense que vous vous régalerez autant que moi des verres/pots massons dans lesquelles vous serez servi les breuvages !

Mais les Îles de la Madeleine, ce n’est pas seulement de la nourriture, même si je vous dirai que passer à côté des délices de la mer apprêtés par les madelinots en Pot en pot[i], tourtière, marinades et autres soupes, ce serait passer à côté de l’essentiel. Les Îles c’est aussi de magnifiques paysages, d’ocre, de rouges et d’or. Le sable doré et fin des kilomètres de plages, le rouge des caps et des falaises, encore rehaussé par l’éclat du soleil couchant, les ocres des terres et des visages burinés des marins.

Si vous choisissez le déplacement à vélo, vous aurez le loisir de vous arrêter à l’un de ces belvédères naturels que les falaises offrent et de perdre votre vue dans le bleu de la mer, le rouge, or et vert de la terre. Ne loupez pas cette occasion, quand bien même vous seriez assailli de maringouins, cela en vaut la peine.

© Hugues Poirier (à Henri-Paul pour faire plaisir à Ti’Namour !).

Les Îles se sont aussi le vent qui y souffle en permanence. Un vent à décorner les bœufs dit-on. Un vent qui en fait le repère des kite-surfers, des véliplanchistes, des amateurs de voile sous toutes ses formes. Si vous êtes vous-mêmes amateurs de ces sports, rendez-vous à lagune de la Grande Entrée pour les championnats de kite-surf ou de planche à voile.

Vous aurez peut-être aussi la chance de voir passer des char à voile tôt le matin sur les plages ou de rencontrer des plaisanciers, battant pavillon français, vous expliquant qu’ils sont venus tout droit de Bretagne et qu’ils le referont encore, tant la place leur plaît.

Si vous êtes de nature tourisme de masse, je vous conseille également de vous rendre aux Îles au moment des Châteaux de Sables, et de profiter pour visiter les Artisans du Sable. Je vous le dis à demi-mot car le chum de ma belle-mère produit de bien belles choses sans être membre des artisans et c’est donc à la concurrence que je vous envoie. Mais si vous souhaitez voir les œuvres d’Yvon, faites-moi un signe et c’est avec plaisir que je vous enverrai chez lui acheter des Dollars des Sables laqués et montés en collier, des roses des vents, des animaux, masques et maisons fabriqués par lui ou par belle-maman dans les jours où elle ne se dispute pas avec.

Les Îles, c’est aussi le cheval, en romantique ballade sur la plage, guidé par la main sûre de Mickaël, sur le sable fin. Ou les canots de mer généreusement prêtés pour rien par David, fils indigne du chef de la sûreté du Québec local.

Évidemment tous ces noms n’évoquent rien à vos oreilles néophytes, mais ce sont pour Ti’Namour et moi des noms qui évoquent le sel marin et les vacances. Des gens dont la générosité autant que l’ivresse marque encore mon esprit presque 2 ans après. Car les Îles, quand vous êtes jeunes, c’est aussi de longues nuits autour d’un feu, bière à la main et histoire rocambolesque des fils fuyant leur père, des voitures bloquées dans les dunes de Fatima et des batailles entre « villes ». Bref, la jeunesse madelinienne est la même qu’ailleurs, si tant est que je puisse parler de la jeunesse québécoise, n’ayant comme aperçu principal que la madelinienne en exil sur Montréal.

Les Îles ce sont dons des souvenirs divers, engrangés en 4 jours pour moi, en 15 ans pour Ti’Namour, qui reviennent au gré des images dont nous nous régalons sur Internet alors que je fais des recherches pour cette chronique.

Je me souviens soudainement d’un après-midi sur la Grave, en contrebas du musée de la mer, tandis que Ti’Namour devisait avec qui de sa famille, qui de ses amis, une amie et moi nous étions retrouvées à bavasser avec, ou plutôt à tenter de comprendre, un marin édenté, tout à son accent acadien et à sa cigarette roulée.

Et oui, si vous pensiez que les québécois que vous aviez rencontrés jusque ici avaient un accent, c’est que vous n’êtes sans doute jamais allés en Saguenay ou en Gaspésie. Parce que un acadien qui vous parle, c’est parfois pire qu’un saguenéen.

En effet, comme je l’avais évoqué lors de mes recherches sur la phonétique, les Îles de la Madeleine appartiennent au bassin phonologique de l’Acadie. En fait, la quasi-totalité des Îles, population, musique, coutumes, symboles[ii], histoires, rythme de vie et emplacement géographique, appartient plus à l’Acadie qu’au Québec.

Déjà, par la proximité des Îles avec les côtes des Maritimes (105 km de IPE contre 215 des côtes gaspésiennes), ensuite par l’histoire du peuplement de ce bout de terre. Comme ses voisines St Pierre et Miquelon, les Îles de la Madeleine ont d’abord été un lieu d’échouement des pêcheurs basques et des chasseurs amérindiens, peut-être même des marins de Éric le Rouge également. Mais comme St Pierre, les Îles sont aussi et surtout le lieu d’exil des Acadiens, exilés en 1755 d’abord dans l’archipel français puis aux Îles de la Madeleine en 1793, alors que les remous de la révolution française arrivaient sur les rivages français.

Un ancien document dont une copie est conservée aux Archives de Londres fait état des premiers colons arrivés en 1765 pour travailler dans la pourvoirie d’un bostonnait, et on y lit les noms typiques des Îles tels que Arseneau, Boudreau et Poirier qui squattent parfois mon canapé. La vague des exilés de la révolution française amènera d’autres noms qui apparaissent fréquemment sur notre téléphone tels que les Bourque, les Vigneau, les Thériault ou les Lapierre.

L’histoire, la rudesse de la vie locale, la pauvreté dans laquelle des seigneurs stupides les ont maintenu, mais aussi l’isolement de leur terre ont donné aux madelinots un sens de la communauté qui se retrouve également lorsqu’ils s’exilent à Montréal ou à Québec pour leurs études.

Comme d’autres communautés culturelles, immigrantes celles-là, les madelinots s’entraident et se soutiennent à quelque 1600 km de chez eux. Quant l’un d’eux subit une perte dans la famille, la veillée se déroule comme elle se déroulerait là-bas, avec les allées et venues des membres de la famille et des amis, et on murmure en buvant de la bière, on rit et on se remémore le défunt courrant un fusil en main après deux d’entre nous, offrant son premier verre de vin à un autre ou son discours récent après les incendies qui ont ravagés les usines madeliniennes.

Cette proximité communautaire est au départ effrayante quand on y entre en tant qu’extérieur et pis encore en tant que française. Tous se connaissent, tous parlent de vous, de Montréal à Québec et de Québec à Cap aux Meules, vous êtes la blonde française de Jean-François à Jean-Yves[iii]. Vous ne les connaissez pas mais eux vous connaissent et vous attendent.

Le fun c’est qu’ils tenteront tous de vous impressionnez, de vous faire rire, de vous chahutez, bref de ne pas vous laisser seule. Mais c’est parfois stressant parce que un seul de vos faux pas se répercutera très loin, sans que vous n’ayiez aucun droit de réponse.

Mais l’avantage aussi de cette vie communautaire, c’est que vous avez un réseau immense, aux ramifications complexes, et il est parfois facile de trouver du homard, même en hiver !

Non plus sérieusement, la communauté madelinienne a un sens de l’accueil impressionnant. Il n’est pas nécessaire de prendre rendez-vous avec l’un d’entre eux des jours à l’avance, vous en trouvez toujours un prêt à venir manger chez vous pour autant que vous lui promettiez de savoureux plats, de la bière ou des cartes.

Saviez-vous que nombreux sont les madelinots en exil qui sont munis d’un congélateur, afin d’y conserver les colis alimentaires que les parents inquiets leur font parvenir au fil de l’année : des tourtières, des pot en pots, des moules fumées et marinées, du hareng fumé, des pommes de prés, des bleuets et des fraises sauvages… Tout le bon goût des Îles que les cousins et frères en déplacement ramènent en quantité industrielle. Et comme de raison, lorsque le frère aîné de Ti’Namour est venu à Noël, nous avons fait l’héritage de caribou (qu’il avait chassé à l’arc en Gaspésie), de pétoncles marinées et moules, importés directement sur Air Canada Jazz.

Les Îles, pour nous, c’est tout ça et plus encore. Ce sont des choses parfois qu’on ne peut nommer, qu’il faut vivre pour comprendre ! En espérant que ce rapide aperçu vous donne donc envie de vous y rendre et de vivre les Îles par vous-mêmes !

Pour terminer, j’envoie des pensées à notre « étoile des pêcheurs » maison, revenue de son hivernage espagnol et qui a subit récemment une triste perte.

Pour plus d’information sur l’hébergement et les activités locales :

Tourisme Île de la Madeleine

Site officiel des Îles de la Madeleine



[i] Le Pot en pot est une préparation de fruits de mer ou de viande en croûte. Une recette est disponible ici : http://www.saveursdumonde.net/?action=recette_show&id=1507&lg=fr.

Sur ce même site, vous trouverez bien d’autres recettes des îles : http://www.saveursdumonde.net/?action=recette_saveur_recette&id=27&lg=fr . Bonne dégustation.

[ii] Le drapeau des madelinots est le même que celui de l’Acadie, un drapeau tricolore français portant l’étoile de la mer- Maris Stella- jaune en haut à gauche dans le bleu. De même leur chant est un folklore acadien classique que Ti’Namour se souvient encore chanté par les Chevaliers de Colomb au son d’une vieille guitare désaccordée. Ici en photo, vous voyez le drapeau acadien reproduit sur le violon.

[iii] Les Madelinots se désignent entre eux selon leur ascendance. Ainsi Ti’Namour est Jean-François à Jean-Yves à Johnny quand on l’évoque aux Îles.

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