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Le vent de l’immigration

Lorsque l’Union des Forces Progressistes et Option Citoyenne ont fusionné en février dernier pour devenir Québec Solidaire, le paysage politique québécois a subi une petite transformation dont il est encore trop tôt pour en mesurer l’impact. Mais quoi qu’il en soit, il est intéressant de voir un nouveau parti politique émerger dans un univers depuis longtemps organisé dans une dynamique dualiste souverainiste / fédéraliste.

Le fait justement de voir naître un nouveau parti politique – quelque soit l’endroit dans le monde – est souvent révélateur d’un état d’esprit au sein de la société concernée. Dans le cas spécifique de Québec Solidaire, très certainement qu’une partie de la population a ressenti le désir de voir se proposer et de se proposer en alternative politico-idéologique à ce qui était déjà disponible (pour l’essentiel : Parti Libéral du Québec, Parti Québécois et Action Démocratique du Québec). Par ailleurs, personne ne peut nier que la société québécoise se distingue à plusieurs niveaux de la confédération canadienne et même du reste de l’Amérique du Nord. Pour des raisons qui seraient trop longues à fournir ici, cela fait du Québec un endroit très actif, surtout sur les plans social et culturel.

Ainsi, le Québec est l’endroit en Amérique du Nord où le taux de syndicalisation est le plus élevé (40,2 % de la population active québécoise selon Statistiques Canada) par exemple. Dans un ensemble canadien se prévalant fièrement de son système social-démocrate, le Québec s’y distingue un petit peu plus en ayant ses propres programmes d’assurance-médicament, de garderie et de congés parentaux. Par ses racines historiques et idéologiques, le mouvement communautaire québécois, déjà très actif, est également très différent de celui du reste du Canada, essentiellement pour une question de tradition religieuse (catholique au Québec et protestant dans le ROC – j’aurai l’occasion d’y revenir dans une prochaine chronique). En outre, le Québec possède sa propre définition du multiculturalisme – l’interculturalisme – qui ne manque pas de créer régulièrement des tensions avec l’héritage multiculturel de Trudeau dans le reste de la confédération.

Et moi de me poser la question : toute cette activité revendicative, sociale, communautaire et alternative est-elle l’expression d’une bonne santé démocratique ou au contraire, d’un mal-être ? Je m’explique. Sur le papier, je comprend qu’un système démocratique instaure une série de mécanismes afin d’assurer la représentativité de sa population. Par mécanisme, j’entends de manière très schématique une assemblée parlementaire élue, un gouvernement imputable et un pouvoir judiciaire indépendant. Bref, toujours sur le papier, voilà un système qui devrait assurer la représentation des intérêts de la population via ses élus : autrement dit, un tel système devrait générer à terme une sorte de consensus social où alors une activité revendicative n’aurait aucune raison d’être. On pourrait donc en conclure que s’il y a présence d’une telle activité, cela pourrait signifier un mal-être démocratique, les mécanismes existants ne remplissant pas efficacement leur rôle de représentation.

À l’inverse – comme j’en discutais avec des amis en fin de semaine autour d’une excellente fondue – l’expression d’une activité revendicative (syndicats, associations étudiantes, groupes communautaires, etc) témoigne au contraire d’un dynamisme démocratique. Premièrement parce qu’une démocratie se caractérise notamment par l’existence de contre-pouvoirs pour s’assurer d’un exercice le plus égalitaire possible des pouvoirs justement. Par ailleurs, la présence d’un mouvement revendicateur exprime la prise en charge du rôle de citoyen des personnes qui en sont les instigatrices. Autrement dit : en tant que citoyen de la société québécoise, j’estime qu’il est de mon droit de prendre tous les moyens (pacifiques on s’entend) pour défendre mes intérêts / dénoncer une injustice / protéger un acquis lorsque je considère que mon élu n’est pas en mesure de me représenter efficacement. Il y a donc ici un retour à la démocratie directe à l’image des forums de citoyens des cités grecques (ou de certains cantons suisses encore actuellement si je ne me trompe pas). C’est en soi une très bonne chose car cela démontre l’efficacité des mesures de libertés d’expression et d’opinion sans risquer sa vie (les réfugiés politiques en savent quelque chose). Par ailleurs, cela exprime une conscientisation de l’acte politique au sens premier du terme : garder un œil critique et lucide face à la gestion de la cité (polis). Ainsi, plus il y a de mouvements revendicatifs, plus on peut s’attendre à voir s’exprimer un esprit collectif critique, ne prenant rien pour acquis et remettant régulièrement en question l’application concrète de l’idéal démocratique (au Québec, nous pourrions définir grosso modo cet idéal par les termes de laïcité, libertés et droits individuels, respect des cultures, social-démocratie). Lorsque les étudiants québécois ont fait la grève l’année passée, ils faisaient de la politique. Lorsque j’appelle la Régie du Logement pour dénoncer ce qui m’apparaît une irrégularité de mon propriétaire à mon égard, je fais de la politique. Évidemment, un mouvement revendicatif généralisé peut aussi traduire à l’opposée, selon les circonstances et le contexte, un dérèglement de l’exercice démocratique.

Qu’est-ce que tout cela a à voir avec l’immigration ? J’y viens.

J’en suis donc venu à la conclusion qu’un mouvement revendicatif est plus souvent qu’autrement l’expression d’une bonne santé démocratique : dans les faits, je ne peux demander à mon élu de résoudre toutes mes préoccupations qu’elles soient mineures ou existentielles. Ainsi, l’instauration du système démocratique le plus avancé qui soit laissera toujours une zone de démocratie directe car aucun système ne saurait parfaitement refléter l’expression et la diversité de toutes les revendications. Et c’est très bien qu’il en soit ainsi car cela laisse une marge de manœuvre à l’expression de la citoyenneté qui doit assumer sa responsabilité au lieu de la confier entièrement aux mécanismes institutionnels (où le risque d’abus devient important en passant).

Tout cela pour dire que le Québec m’apparaît comme un lieu d’intense activité de toute sorte comme je l’écris au début. Cela signifie que la personne qui y vit est inévitablement prise dans un mélange d’idées, de débats, d’opinions et de sujets d’actualité. La distinction culturelle québécoise d’avec le reste de la confédération canadienne constitue sans nul doute une explication majeure à cette intensité d’activité car les points de tension au niveau des valeurs sont fréquents entre eux deux. En lien avec cela, la question nationale (indépendance du Québec) plane, qu’on le veuille ou non, sur bien des débats, des sujets et même sur des orientations stratégiques que prend le gouvernement provincial (exemple : réajustement du déséquilibre fiscal ou rapatriement de points d’impôts fédéraux vers le provincial pour financer le remboursement de la dette publique québécoise).

Nous avons donc une société qui s’est construit sur un double mouvement : un premier mouvement dissident à l’extérieur avec la confédération canadienne qui a fini par créer un second mouvement d’union, cette fois à l’intérieur du Québec. Ce jeu d’équilibriste en quelque sorte a créé la société québécoise que nous connaissons actuellement : elle est donc le fruit de luttes, de combats, d’évolutions des mentalités et de conquêtes comme c’est le cas dans n’importe quelle société partout dans le monde. Pour autant, cela crée cependant au Québec une situation particulière où les tensions culturelles, politiques, sociales et économiques me semblent beaucoup plus vives qu’ailleurs au Canada. L’exemple récent de l’autorisation du kirpan pour le jeune sikh par la Cour Suprême du Canada est révélateur à plusieurs égards : au-delà de l’évident débat interculturel, c’est pour beaucoup une lassitude depuis trop longtemps présente de voir une instance juridique fédérale s’immiscer dans des affaires considérées strictement québécoises. C’est là un paradoxe qui caractérise bien l’intensité de la société québécoise selon moi : seule une grande fragilité dans son identité culturelle peut expliquer la force dont elle fait souvent preuve pour lutter contre toute ingérence dans son identité justement.

Et c’est là où nous, immigrants, devons prendre position à mon sens. Dans une telle réalité socioculturelle, il m’apparaît important que notre processus d’intégration fasse une part importante à la recherche d’information et l’échange d’opinions pour aboutir à une réflexion personnelle. Pour en arriver à une décision quant au rôle de citoyen que nous souhaitons jouer au sein de la société québécoise. Nous ne pouvons pas rester indéfiniment spectateurs d’un show dont nous faisons pourtant partie intégrante du décor.

Peut-être faudrait-il se rappeler les raisons pour lesquelles nous avons immigré au Québec. Parmi celles que vous avez en tête, je mettrai ma main à couper qu’il y en a au moins une qui est le résultat de luttes ou de conquêtes par la société d’accueil. Il est alors important de se rappeler que ces raisons (ex : le fait de parler français dans une société nord-américaine) ont tout autant besoin de nous les immigrants pour pouvoir continuer à exister et pour, justement, pouvoir séduire d’autres immigrants. Nous ne pouvons pas jouer à l’immigration « sélective » qui consiste à ne prendre que ce qui nous intéresse et rester indifférent au reste qui, pourtant, contribue activement à notre installation et intégration. Probablement parce qu’il faut voir la chose – notre processus d’immigration – comme un tout global où tout est interrelié. Certes, la principale motivation québécoise et canadienne reste notre capital académique et professionnel. Mais en échange, il nous est offert de rentrer dans leurs sociétés et ce, même si notre bagage culturel peut largement différer des leurs. C’est là un « beau risque » serai-je tenté de dire humblement ….

Bien entendu, une période de temps au début est nécessaire pour pouvoir saisir de manière concrète les enjeux de la société québécoise pour, ensuite, se prononcer personnellement. Le 20 mars dernier, cela se faisait sept ans que j’étais au Québec : il m’a fallu les trois premières années pour réfléchir, m’informer, observer, poser des questions, dire des absurdités pour me corriger ensuite pour finalement prendre position sur plusieurs sujets qui m’apparaissaient importants. Pour certains, il leur a fallu beaucoup moins de temps et d’autres en sont encore à réfléchir, tout dépend de chacun. Mais la finalité reste encore et toujours à mes yeux de se brancher pour parler en bon québécois. Si on prend par exemple la question nationale, je me positionne du côté du souverainisme. Mais j’aurai très bien pu me ranger du côté du fédéralisme mais dans tous les cas, je me suis toujours dit qu’une prise de position devait être faite. Même la troisième voie, qui est celle de ne pas choisir, EST un choix. En autant que ce troisième choix soit le fruit d’une réflexion minimalement informée car j’admet sans problème la possibilité d’une incapacité à pouvoir se positionner clairement.

Mais ne pas prendre position simplement parce qu’on s’en fout, j’estime que c’est là une marque d’irrespect envers la société d’accueil. Et j’insiste : que l’on choisisse d’être souverainiste ou fédéraliste pour reprendre cet exemple (que j’aime bien car il illustre parfaitement une tension sociale et culturelle québécoise). De l’irrespect dans la mesure où cela s’apparente au phénomène d’immigration sélective dont je parle plus haut. De l’irrespect également dans la mesure où nous n’assumons alors pas le rôle citoyen dont nous avons le privilège mais aussi le devoir d’exercer au sein de la société québécoise. C’est là, à mon sens, l’expression d’un processus d’immigration dynamique car nous honorons ainsi notre participation tant à l’exercice démocratique qu’au développement de l’agir citoyen de la communauté où nous avons immigré.

Si le fait que je me sois rangé du côté du souverainisme fait plaisir à la majorité de mon entourage québécois, beaucoup par contre ne partage pas mes idées et convictions sociales ou « gauchistes ». Et c’est correct, tant de leur bord que du mien : cela ne nous empêche pas de nous apprécier et de vivre ensemble ce que quiconque vit ensemble n’importe où dans le monde. À partir du moment où il y a, du côté de l’immigrant, une démarche sincère et motivée à s’informer sur la société québécoise et du côté du québécois à offrir un espace d’écoute et de compréhension aux questionnements sur sa culture, je crois alors que même les positions les plus divergentes peuvent cohabiter. Je suis probablement naïf de penser encore cela, même après sept ans. Surtout après sept ans serai-je plutôt tenté de rectifier !

Mais, dans cette optique et même si votre position est radicalement opposée à celle de votre interlocuteur québécois, je ne pense pas me tromper en disant que ce dernier reconnaîtra l’effort que vous aurez mis à comprendre sa culture, sa réalité historique et sa société contemporaine. Vous voyez les deux mouvements qui se seront opérés simultanément ? Chacun fait un pas en direction de l’autre : le premier en s’informant le plus objectivement possible sur la société québécoise et le second qui reconnaît ce processus. Bah oui, maudite naïveté qui me colle à la peau ….

Dans les grands mouvements de tension que vit le Québec depuis plusieurs siècles, j’ai envie d’y voir non pas une société socialement instable ou culturellement confuse mais plutôt un lieu où la confrontation d’idées et d’opinions finit toujours par y faire émerger quelque chose de toujours nouveau. C’est probablement ce vent de fraîcheur que beaucoup d’immigrants sentent sur le visage en arrivant ici. Avec le temps, il nous appartient alors de lui donner un sens à ce vent.

Je vous souhaite à toutes et tous un beau printemps !

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