La crise des sept ans…

La crise des sept ans…

Vous est-il un jour arrivé de vous demander où vous voudriez passer le reste de vos jours ? Où vous voudriez élever vos enfants ? Où construire un petit chez soi ?

Bienvenue dans les interrogations incessantes que se posent certains immigrés….Je crois que la phrase « Etre entre deux eaux » représente bien ce que certains d’entre-nous ressentent….
Plus je rentre en France, plus j’ai beaucoup de difficulté à revenir à Toronto…Il me faut bien souvent une bonne semaine pour me remettre dans ma petite routine….

Il y a sept ans, je ressentais Toronto comme étant ma ville de vacances, je découvrais tous les petits charmes qu’elle possédait, j’étais émerveillée par chaque coin de rue, j’essayais tous les restaurants, les bars. Je sortais beaucoup, courais toutes les rues possibles et inimaginables, marchais des heures depuis mon école de langues pour découvrir tous les quartiers de Toronto. Je voyageais pas mal aux alentours de Toronto, visitais d’autres provinces….Puis avec le temps, on commence à s’accrocher de plus en plus à un coin de ville, à cette rue où on fait toujours ses petites courses du samedi, ici le boucher, là le chinois et ses légumes, là le pain polonais…. En même temps un petit tour chez le libraire, histoire de lire les dernières nouveautés, en fond une petite musique d’ambiance sympa….Bref, l’image parfaite sortie directement d’un film ….Il ne manque que le petit café acheté au café du coin pour conclure l’image. On aime aussi faire souvent la même route pour aller courir, on retrouve les même petites habitudes. On connaît de plus en plus tous les quartiers comme sa poche, et on se rend compte que la découverte de coins sympas se fait rare….Et la routine s’installe …

En plus de cette routine quotidienne s’installe petit à petit la routine des vacances en France. Cette année, j’avais décidé de changer !
Je suis partie à la découverte du GR 20 en Corse, avec pour co-équipiers deux inconnus trouvés sur le site du Guide du Routard. Après les premières présentations, nous voici partis pour 15 jours de montées et descentes, de roches toutes différentes les unes des autres, de 15 kg dans le dos, de rencontres magnifiques, de paysages splendides, de fous rires et coups de gueule, de cure de saucisson et fromage de chèvre, de 9 à 12heures de marche tous les jours, de repos bien mérité sur nos matelas….Puis s’asseoir et regarder un paysage magnifique….
C’est à ce moment là que mes pensées commençaient à trottiner dans ma petite tête….Etait-ce le silence ou la fatigue accumulée d’une année de travail à courir à droite et à gauche qui m’ont fait penser que je pouvais rester là, qu’il serait facile finalement de reprendre une vie en France, que ma vie était synonyme aujourd’hui de boulot, boulot, boulot et que je m’amusais de moins en moins, sortais de moins en moins, ne voyais plus mes amis à cause de mon emploi du temps de fou, allais de moins en moins au studio….Malheureusement mes idées se contredisaient tout de suite, les idées du pour et du contre essayaient de gagner ma raison, se battaient en duel à coups de « si »….

56h de travail hebdomadaire contre 35h….Courir après le temps contre profiter du temps libre…. S’éloigner de sa nouvelle petite famille du Canada au risque de se perdre de vue contre se rapprocher de sa véritable famille en France….Plusieurs opportunités de travail contre un chômage incessant….Travailler avec différentes ethnies, accepter l’autre contre un racisme croissant et irrespirable…Elever un jour des enfants dans une grande ville contre élever des enfants dans un petit village où les produits frais proviennent du jardin….

Du pour et du contre sur toutes les petites choses de la vie. Une chose est certaine, au Canada ou en France, il y aura toujours un manque en moi du pays dans lequel je ne serai pas….À moins de vivre à nouveau dans un autre pays, là, les deux me manqueront….

Est-ce la crise des 7 ans tout d’un coup? A croire que ma vie à Toronto me fait l’effet d’un couple, après l’excitation des premiers jours, on s’enterre dans une petite routine quotidienne, plus rien ne change, on a de moins en moins envie de sortir, de découvrir les petits mystères de l’autre, les étincelles du désir qui s’éteignent petit à petit….

Quoiqu’il en soit, j’aime toujours vivre ici comme j’aimerais vivre ailleurs. Mon esprit d’aventurière recherche de nouveaux défis, de nouvelles montagnes à franchir, je veux redécouvrir, profiter de la vie à nouveau et ne pas m’enfermer dans le trop célèbre: métro-boulot-dodo dans lequel j’ai vécu ces 2 dernières années….Cette chronique est bien différente de celle : « Le stress de l’immigration », mais le fait de partir cet été, de rencontrer de nouvelles personnes, de se raconter nos vies m’ont fait réaliser qu’en effet j’ai vécu une vie stressante l’année dernière, même mon médecin français m’a dit que c’était un peu trop tout cela, que je devais un peu freiner le rythme…. J’ai un peu ouvert les yeux et j’ai pris le temps pendant 180km de marche, au milieu de ce silence de laisser voguer mon imagination, mes doutes, mes envies….

Je ne veux en aucun cas changer vos idées sur l’immigration, mais il faut savoir que les moments de doute existent, que venir ici en tant que célibataire est difficile car vous ne savez pas de quoi sera fait demain, qui allez-vous rencontrer ? Quel sera votre choix définitif ? Mais je pense que tous les immigrés à un moment ou à un autre, en couple ou célibataire, se posent des questions sur leur futur. Et voilà peut-être pourquoi tant d’immigrés décident un jour de repartir….

Néanmoins, ne vous inquiétez pas, ma prochaine chronique sera certainement plus joyeuse, c’est promis! Je parlerai de nouveaux endroits sympas à voir, d’événements culturels à voir dans les prochaines semaines comme « Nuit Blanche » par exemple le 29 septembre….

A la prochaine….

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