Face à la crise, quel avenir pour les immigrants?

Il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond dans l’économie mondialisée. C’est comme si un engrenage s’est brisé dans la fabuleuse machine à générer toujours plus de profits et à pousser en permanence à davantage de consommation. La question est de savoir si c’est irréversible ou si le capitalisme mondial se montrera capable de rebondir comme il a pu le faire dans le passé.

Ce qui est unanimement admis c’est que l’économie mondiale est en grave crise. Il s’agit, peut être même, de la plus grave de son histoire. Tellement grave que les partisans les plus farouches du libre marché, en arrivent à essayer des potions réservées jusque-là aux adeptes de l’État-entrepreneur. Il y a bien eu, durant les dernières décennies, des crises qui ont touché tel ou tel autre pays avancé mais c’est sans doute la première fois que le monde entier est ébranlé de telle sorte que malgré les centaines de milliards dépensés pour venir en aide aux géants des finances et de l’industrie, la chute infernale continue. Même la Chine a vu sa croissance ralentir en 2008 et tout indique que l’année 2009 sera encore plus difficile : Le gouvernement local a en effet annoncé cette semaine que 20 millions de Chinois, ayant quitté la campagne pour rejoindre les mégapoles du pays, ont dû faire le chemin inverse en raison de leur incapacité à se trouver un emploi ou après avoir été licenciés. Aux États-Unis, c’est par centaines de milliers que les pertes d’emplois sont annoncées chaque mois malgré le gigantesque plan de sauvetage adopté par une majorité de démocrates et de républicains.

Qu’en est-il de la situation au Canada et au Québec? Il y a quelques mois alors qu’on était en campagne électorale, les gouvernements fédéral et provincial clamaient à longueurs de journées que tout allait pour le mieux dans le meilleur…des pays. Maintenant que les élections fédérales et provinciales sont passées, ils peuvent faire avaler la pilule à la population. Oui, le Canada va être, ou plutôt est déjà, touché par la crise. Les mauvaises nouvelles n’ont pas tardé à tomber. Oui, le Canada a perdu 129 000 emplois en janvier soit plus de 21% des pertes enregistrées durant la même période aux USA, pays presque 10 fois plus peuplé. Après avoir répété pendant des semaines que le Canada ne fait que des surplus, que son économie est blindée et saura faire face au ralentissement économique mondial et notamment de celui de son principal partenaire, le gouvernement Harper annonce à présent des déficits pour les cinq prochains exercices. On apprend aussi que le Canada a terminé 2008 par une récession. Au Québec, on semble mieux loti mais on ne sortira pas indemne. Déjà, l’un des fleurons de son économie, la Caisse de dépôt et placement afficherait des pertes d’environ 38 milliards de dollars. De quoi donner des sueurs froides aux millions de salariés qui ont épargné et cotisé pendant de longues années pour une retraite décente. Le taux de chômage grimpe et atteint 7,7% et tout porte à croire qu’il augmentera encore dans les prochains mois. Bien sur, plusieurs secteurs continuent de créer des emplois et des villes comme Québec enregistrent même une baisse du chômage cependant, d’une façon générale, le ralentissement est important et semble durable. Dans ce contexte, l’inquiétude des salariés et notamment de ceux qui éprouveraient de la difficulté à se reconvertir dans d’autres métiers est légitime.

Les immigrants doivent-ils se faire plus de soucis ?

Il est connu que lorsqu’il y a crise, ce sont d’abord les catégories les plus vulnérables de la société qui sont touchées. Et au nombre de ces catégories figurent les minorités comme les immigrants. Hitler disait « 500 000 chômeurs, 400 000 juifs » et Le Pen, en France, s’en est, plus tard, inspiré pour son « 3 millions de chômeurs, 3 millions d’immigrés ». On est certes bien loin de ces discours fascistes mais, si la crise actuelle perdure, il ne faut pas écarter l’hypothèse que des groupes d’extrême droite parviennent à profiter de la situation pour semer la haine des étrangers. Déjà, dans plusieurs régions au monde, qui connaissent des difficultés économiques, les tensions montent entre les populations locales et les étrangers.

Au Royaume-Uni, des centaines de travailleurs du secteur énergétique ont déclenché une grève contre l’emploi des étrangers – même s’ils sont des ressortissants de l’union européenne – et ont eu le soutien de plusieurs syndicats. Bien sur au départ de ce mouvement, les grévistes entendaient dénoncer la discrimination que les Britanniques subiraient à l’embauche chez certaines sociétés étrangères. Il y a quelques mois, les médias ont largement couvert la vague de violence qui avait frappé, en Afrique du sud, les travailleurs venus du Zimbabwe et qui avait fait des dizaines de morts et de blessés. Certes, ces campagnes contre les travailleurs étrangers restent minoritaires et sont des phénomènes isolés mais si les difficultés économiques persistent ou s’aggravent, on ne tardera pas à voir les immigrants de plus en plus désignés du doigt comme des voleurs de jobs et responsables du chômage des populations de souche. On voit déjà un peu partout en Europe que l’étau se resserre sur l’immigration. C’est le cas notamment en Espagne qui après avoir régularisé, ces dernières années, la situation de plus d’un million d’immigrants illégaux, vient de décider de ne plus renouveler les visas des travailleurs étrangers.

Le Canada dans tout ça ? Certes, la situation des immigrants y est différente pour la simple raison qu’il existe une politique d’immigration justifiée par le déclin démographique. Les immigrants sont généralement sélectionnés selon des critères rigoureux en termes de niveau d’études et d’expérience professionnelle. Ils peuvent ensuite devenir des citoyens canadiens à part entière, trois ans après leur installation dans leur pays d’accueil. D’autre part, même s’ils éprouvent, à leur arrivée, des difficultés pour occuper des emplois en rapport avec leur qualification, les immigrants parviennent tout de même à terme à gravir des échelons dans la pyramide sociale. En sens, l’immigration n’est pas le Lumpenprolétariat du Canada, ni du Québec. Cela ne signifie pas pour autant qu’on soit à l’abri de l’apparition de tensions qui verraient les immigrants désignés comme des voleurs de jobs. De même que le débat sur les seuils de l’immigration ne tarderait pas à revenir sur la scène médiatique. Tout dépendra à mon sens des réponses apportées à la crise. Non pas au Québec ou au Canada seulement mais chez les voisins du sud et dans le monde aussi. En attendant de voir plus clair, le modèle d’intégration québécois qui rejette les ghettos et le communautarisme est à priori mieux armé que le multiculturalisme du reste du Canada pour prévenir les tensions entre population locale et les nouveaux arrivants. Si tel est le cas, cela aiderait les Québécois, quelle que soit leur origine, à réfléchir aux vrais moyens de surmonter les crises et de bâtir une économie prospère.

Rayan
C’est à l’âge de 42 ans que Rabah alias Rayan arrive au Québec en octobre 2006 en provenance d’Algérie. Il s’installe avec sa famille dans la ville de Québec puis par la suite à Laval, au nord de Montréal. Rayan travaille dans l’enseignement et écrit depuis 2008 sur le site immigrer.com.
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