Dans le pays d'en haut...

Dans le pays d’en haut…

Dans le pays d’en haut, le vent nous portera.

La province de la Colombie-Britannique est superbe, immense et peu peuplée. La majorité de la population s’agglutine dans l’extrême sud de la province, le long de la frontière comme partout au Canada, et principalement dans la région du « Greater Vancouver » qui compte aujourd’hui 2 millions d’habitants. D’autres préfèrent le sud-est de l’île de Vancouver qui s’étend de l’autre côté du détroit de Géorgie, où se trouve la capitale Victoria, une ville plus British que la Grande-Bretagne elle-même, avec ses autobus à deux étages qui sillonnent les rues fleuries, où le climat doux du Pacifique dure toute l’année.

La ville de Vancouver à elle seule compte 500 mille habitants. Pourtant, bien du monde la considère comme un grand village, paisible et tranquille, si peu compliqué et tellement peu prétentieux. Pour moi, Vancouver reste une grande ville malgré tout, enfouie dans un décor majestueux, avec ses réjouissances, son atmosphère laid back, sa cuisine diversifiée et raffinée qui prime sur une malbouffe davantage dissimulée qu’ailleurs, mais aussi avec sa part d’anonymat, de misère côtoyant opulence, de pollution….

Ailleurs, plus au Nord, c’est la BC dans sa plus resplendissante beauté. La majeure partie est impraticable : forêts inextricables, montagnes et marais infranchissables que seuls quelques pilotes de brousse chanceux ont le plaisir de survoler. Les Indiens n’empruntent plus que les rivières, l’été en canot, l’hiver en motoneige. Ils n’utilisent plus de chevaux et ils attendent le chèque du gouvernement plutôt que d’aller chasser et pêcher dans les montagnes. Et c’est ainsi dans tout le Canada, dans tout le Grand Nord…. on ne voyage plus ni avec des chevaux, ni avec des chiens. Pour aller à la chasse, on se fait déposer par avion, on remonte les rivières en canot à moteur quand on ne chasse pas carrément depuis son pick up ou son 4-roues en sillonnant les sentiers de terre et de gravelles que les bûcherons et journaliers ouvrent dans les secteurs les plus rentables. Secteurs qui se dépeuplent ensuite d’animaux, surchassés par les Indiens qui ne sont pas limités sur la quantité…. si bien que les mesures gouvernementales pour protéger la faune n’ont que peu d’impact, sinon celui de creuser le fossé entre les Blancs, jaloux des droits des Indiens, et ces derniers qui en abusent…. comme on pouvait le constater quotidiennement à Chibougamau et dans le Nouveau-Québec, où cette haine ancestrale, ce manque de compréhension et ce déficit de communication entre hommes blancs et hommes rouges semblent perdurer.

Triste époque à laquelle les Indiens ne survivent pas et se saoulent afin d’essayer d’échapper à une nouvelle réalité qui ne leur appartient plus. Les vieillards ont leurs racines dans une autre culture dont les valeurs ne sont plus appropriées. Quant aux jeunes, leur culture s’est totalement rétrécie sans qu’ils parviennent à acquérir de nouvelles valeurs qui leur permettraient de vivre harmonieusement dans leur temps. Tout comme les Inuits, les Indiens du Grand Nord cherchent à entrer dans notre siècle, sans y arriver complètement.

Personnellement, à chaque fois que je séjourne au-delà de quelques mois dans une ville, perdu au milieu d’un amas de tours de bétons, je commence à étouffer…. Souvent, je repense au temps où j’avais l’impression que ma respiration reprenait lorsque nous quittions les autoroutes grouillantes autour de Montréal, où nous allions prendre un bain de foule, avant de rentrer chez nous, dans notre petite ville du Nord qui ressemblait à un début de partie de Simcity sauvegardée après 5 minutes de jeu…. au cœur du wilderness, dans la taïga, là où la nature n’est plus juste un décor mais fait partie intégrante de la vie…. en compagnie de ces hommes et ces femmes que je fréquentais, affichant des sourires béats qui trahissaient un bonheur simple, presque palpable…. ces gens avec qui nous partagions des histoires de pêche et de chasse à longueur de journée, les feux ou les parties de sucre autour de leurs maisons ou de leur campes le dimanche, les promenades en bateau sur les lacs ou en raquettes dans la forêt…. cette année pendant laquelle j’ai observé secrètement ces Indiens, des Cris prospères de la Baie James, mystérieux et nonchalants, qu’on rencontrait ci et là, quittant leurs réserves pour s’en venir magasiner, sortir de grosses liasses de dollars de leurs poches et remplir leurs trucks avec des caisses de Milwaukee’s….

Nous avons hâte à l’été, puisque nous allons repartir dans un décor enchanteur, et suivre les traces que nos ancêtres ont laissées en foulant les premiers le Klondike Trail au cours du plus célèbre « gold rush » que le monde ait connu, il y a cent ans. Notre prochain voyage dans le Yukon se prépare…. mais ceci est une autre histoire….

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