Un système de santé malade

Un système de santé malade

Malade depuis 4 jours, le jeune homme n’a pas pu dormir de la nuit tenaillé par la fièvre et la toux qui l’a assailli toute la nuit.

A 5h, il décide d’affronter le froid de ce petit matin de février en espérant réussir voir un docteur. Il arrive péniblement devant la clinique de la ville, ou déjà une vingtaine de personnes attendent devant la porte. Il se joint à la file d’attente sous la neige et le vent glacial. Il grelotte et se sent faiblir jusqu’à ce que les portes s’ouvrent enfin vers 8h.
15 minutes plus tard la clinique affiche déjà complet. Les malades restés dehors, devront revenir demain. Encore plus tôt surement, s’ils espèrent être soignés…
Non. Nous ne sommes pas dans un pays du tiers monde ou au fin fond de la Sibérie orientale. Non, ce n’est pas arrivé il y’a 50 ans.

…Ce jeune homme, c’est moi, et c’était il y’a 2 mois à Saint Eustache au Canada, 11eme puissance mondiale et réputée pour avoir un des meilleurs systèmes médicaux au monde.
Peut-être surprenant pour la majorité des Français qui liront cet article.
Effectivement, à Paris, j’aurais pris rendez-vous avec mon médecin traitant ou me serait présenté à son cabinet ou il m’aurait pris avec un peu d’attente.
Si j’avais été trop mal, j’aurais appelé SOS médecins et ceux-ci se seraient déplacés à mon domicile.
Voici ce à quoi on est habitues.

Pourtant, mon cas n’a pourtant rien d’anormal ni d’isolé au Québec.
Comme plus de 2 millions de Québécois, je n’ai pas de médecin de famille et doit donc me rendre à une clinique sans rendez-vous pour espérer être soigné lorsque les médicaments achetés en vente libre ne sont pas assez fort pour me soulager.
Privilégié d’avoir été accepté ce matin, je m’enregistre donc dans la salle d’attente et vais m’assoir sur l’une des rangées de sièges. L’attente me parait interminable.
Seuls 2 docteurs se relaient pour tous les patients rentrés plus tôt, certains d’entre eux passant 2 fois, rendant l’attente encore plus longue.
Certains patients sont exaspérés et comme 300 000 autres patients au Québec chaque année, ils quittent la salle d’attente sans être auscultés.
Mon tour vient enfin, peu avant midi, soit 5h âpres mon arrivée a la clinique. Un peu long pour une bronchite…
 
Je ne remets pas la qualité des soins en cause qui est par ailleurs excellente, même si elle peut varier selon le médecin (car les médecins au Québec, c’est comme une boite de chocolat….)
A Montreal, je suis un jour tombé sur un médecin d’origine Roumaine qui ne voulait rien me prescrire pour la fièvre en me recommandant de boire beaucoup d’eau et de bien me reposer.
Euh oui…je suis d’accord, mais faire la queue pendant 5h pour me faire dire bois de l’eau et dors…c’est parce que c’est un peu ce que j’ai fait pendant une semaine avant de me résigner à venir vous voir… Exception à part donc, les soins et les équipements sont en général excellents au Québec.
Ce n’est pas la que le bât blesse. Mais la pénurie de médecins s’est encore aggravée de 45 % cette année, et laisse les cliniques et hôpitaux en manque de personnel criant.
Un poste de médecin de famille sur cinq est laisse vacant. Une situation qui s’aggrave d’année en années laissant la médecine familiale en crise totale.

Pourtant les jeunes médecins Québécois quittent le Québec de manière massive.
50 % des étudiants de l’école de médecine McGill iront exercer dans une autre province.
En 2005, 57 médecins spécialistes ont quitté le Québec.
 
De 1996 à 2000, la province a perdu 653 médecins dont la moyenne d’âge était d’environ 41 ans. On comprend aisément pourquoi quand on sait qu’ils seront rémunères 150% plus dans d’autres provinces Canadiennes.

Par ailleurs, les médecins immigrants doivent passer un parcours du combattant pour pouvoir pratiquer au Québec. Et même si on comprend bien évidemment pourquoi, peut-être que les choses pourraient être facilitées surtout lorsque les médecins viennent d’Europe.
Un médecin urgentiste Français s’est vu refusé l’extension de son visa temporaire l’année dernière dans l’un des hôpitaux de Montréal.
A ne plus rien y comprendre…

Faut-il faciliter les équivalences ? Faut-il rendre la formation de médecine plus accessible ? Faut-il privatiser les soins ? Est-ce que le gouvernement du Québec doit faire plus pour retenir ses jeunes diplômés ?

Autant de questions qu’il n’est pas à un jeune Français installé depuis 2 ans de répondre.
Me reste seulement, le gout amer dans la gorge à chaque fois que je tombe malade, de constater les limites d’un système de santé de réputation mondiale et absolument indigne d’un pays civilisé.
Alors oui, les frais sont pris en charge. Mais à quel prix ?!

Les taxes Québécoises, parmi les plus hautes au pays ne devraient-elles pas garantir un système médical convenable ? Pourquoi les autres provinces font mieux que nous ?
Penser a tout ca me donne mal a la tete…Je crois que je devrais aller boire de l’eau et bien me reposer.

Source :http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/200906/16/01-875935-les-jeunes-medecins-quittent-le-quebec.php
 
 

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Yann
Né en Corée du Sud, Yann est adopté à l 'âge de 4 mois et grandit à Paris. De son Papa Français et de sa Maman Suisse, il se lance dans l 'aventure Canadienne et obtiendra sa résidence permanente en 2009. Ayant vécu à Paris et aux Etats Unis, il trouve au Québec un bon équilibre entre sa culture Française et son « American Way of Life ». Yann75006 habite d 'abord à Montréal avant de finalement s installer à Saint Eustache dans les Laurentides.
http://www.immigrer.com

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