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Terre de mes aïeux.

À mon tour d’entamer la rentrée avec ma première chronique de la saison. À cet effet, j’avoue que la tragédie de Dawson m’a laissé perplexe mais je préfère laisser la poussière retomber avant d’écrire ou pas là-dessus. On verra bien.

Anyway, l’actualité s’est imposée à moi. Et là, on peut rien y faire : quand le sujet se plante devant vous, s’imposant par son inertie, on s’y plie et on se met au clavier. Surtout quand ça a un rapport avec l’immigration. La grosse nouvelle de l’actualité dans ma petite vie – dont l’insignifiance pour vous n’a d’égale que l’importance qu’elle a pour moi – c’est que j’ai reçu le 08 septembre dernier, l’avis de convocation pour l’examen de citoyenneté canadienne. Examen le 18 septembre à 13 :30 à CIC de Sherbrooke.

Maudine, ouskiyé mon livre « Regard sur le Canada » que CIC m’a envoyé pour préparer l’examen ? Ce livret, d’une quarantaine de pages, est le guide du parfait-citoyen-canadien. Hors de lui, point de salut. Il allait donc devenir mon livre de chevet, mon meilleur ami, que dis-je, ma bible pour les dix prochains jours. On allait devenir inséparables lui et moi, comme le marine et son arme du sergent instructeur Hartman dans « Full Metal Jacket ». Rien de moins.

Bon, avant de continuer, plions-nous à la déesse Statistique :
1) 11 octobre 2005 : envoi de la demande de citoyenneté (j’avais alors 1100 jours admissibles de résidence au Canada à mon actif)
2) 14 mars 2006 : réception d’une demande d’informations complémentaires (Sydney voulait avoir une copie du passeport, aujourd’hui expiré, qui m’avait servi à entrer au Canada en 1999) [1]
3) 08 septembre 2006 : réception le de l’avis de convocation à l’examen (envoyé le 06)

Et le numéro complémentaire est : 337 pour la durée du traitement de ma demande en jours.

Je me suis donc présenté au jour dit au grand bâtiment qui regroupe tous les organismes fédéraux à Sherbrooke (Agence des douanes et du revenu, Immigration, Forces Canadiennes, etc) d’où on m’a redirigé vers le sous-sol. Une charmante dame m’accueille et me demande de lui remettre ma convocation et de lui présenter deux pièces d’identité avec photo (permis de conduire, carte d’assurance-maladie). Elle m’assigne ensuite une place parmi la vingtaine disponible répartie sur dix tables avec deux chaises chacune. Devant moi, juste un crayon à mine sur la table. Bientôt, toute la salle se remplie d’un bel aérophage de diversité ethnique. Plus de mexicains, d’afghans ou de français à ce moment-là : juste une gang d’immigrants reçus qui stressent. Lorsque l’agente a commencé à distribuer les feuillets de réponses, certains ont fait le signe de croix, d’autres y sont allés d’une longue inspiration. Il faut dire que jusqu’à maintenant, les seuls contacts que nous avions tous eu avec CIC avaient été postaux. Ou, au mieux, téléphoniques. Là, on niaisait plus. C’est maintenant qu’on allait séparer les grands des petits, oui ma tite dame, comme j’vous l’dis.

Devant moi : le crayon à mine, le feuillet de réponses et le livret de questions retourné. Vient le temps des consignes : l’agente nous demande d’indiquer nom, prénom et de signer sur le feuillet. Et précise que nous devons y apposer la même signature que celle que nous avons indiqué dans notre demande de citoyenneté. Angoisse : j’ai signé comment ma demande déjà ? J’inscris une signature en me disant que je verrai bien s’il y a un problème. Vaut mieux aller un problème à la fois : on construira le pont une fois rendu à la rivière.

En tant que tel, l’examen se compose de vingt questions dont cinq particulières : les réponses aux question 16 et 17 doivent être obligatoirement justes car elles sont éliminatoires. On s’y attendait car il s’agit des questions relatives au droit de vote comme cela est précisé dans le livret. Quant aux questions 18, 19 et 20, au moins une des trois réponses fournies doit être correct pour réussir le test (questions relatives aux droits et responsabilités de la citoyenneté). Et il faut avoir au minimum 60% pour passer, soit réussir douze questions.

À partir de là, c’est une question de mémoire, de gros bon sens et de culture personnelle. Mémoire :
« quelle est la date de création du Nunavut ?
A. 1er juillet 1867
B. 1er avril 1979
C. 1er avril 1999
D. 1er septembre 1709 »
Désolé amis Inuit mais sans le livret, je ne l’aurai pas su (1er avril 1999).

Gros bon sens :
« Au Canada, le droit de vote est réservé seulement :
A. Aux propriétaires d’une entreprise
B. Aux contribuables
C. Aux immigrants reçus qui vivent depuis au moins trois ans au Canada
D. Aux citoyens canadiens âgés de 18 ans et plus et inscrits au registre national des électeurs »

Vous voyez le genre, tsé veut dire.

Culture personnelle :
« Quel est le document juridique qui a donné une valeur légale à la Confédération ?
A. La Charte Canadienne des droits et libertés
B. La Loi Constitutionnelle de 1982
C. L’Acte de l’Amérique du Nord Britannique
D. La Loi sur le multiculturalisme »

Même si la réponse figurait dans le livret, je connaissais la réponse par mes lectures et mes discussions. En fait, plus votre culture personnelle concernant le Canada est élevée, moins vous aurez à vous poser de questions quant à la réponse à fournir. Ainsi, dans la question sur le Nunavut, je n’aurai pas eu à faire appel à ma mémoire si je l’avais su avant de le lire dans le livret. Après, on peut y aller par élimination pour réduire l’entonnoir à la seule réponse qui fait du sens à vos yeux (cf. question sur le droit de vote). À ce sujet, pour vous préparer, vous pouvez toujours consulter les liens que j’ai trouvé sur le web [2]

Trente minutes pour passer le test. Je suis sorti au bout de six minutes après avoir relu deux fois chacune de mes vingt réponses. Et j’étais le deuxième à sortir, en plus. Ce n’est évidemment pas un concours de vitesse mais si c’était seulement les contribuables qui pouvaient voter au Canada, ça se saurait et ça fait longtemps que j’aurai le droit de vote. Ce que je veux dire, c’est que la relecture se fait très rapidement et inutile de s’éterniser dans la salle. On se retrouve ensuite dans la salle d’attente adjacente et, au bout de quelques minutes, un agent vient chercher chaque personne pour avoir un entretien dans un bureau en privé.

Une agente est donc venu me chercher et elle m’a invité à m’asseoir dans une petite salle de conférence, juste elle et moi. Elle m’a demandé de sortir ma copie de CRP, ma carte de résident permanent, mon passeport, ma carte d’assurance-maladie et mon permis de conduire. Elle a alors ouvert un dossier devant elle et j’ai pu constater qu’il s’y trouvait ma demande de citoyenneté avec tous les documents exigés. Drôle d’effet à l’intérieur de moi en revoyant ma demande : cela faisait presqu’un an que je ne l’avais pas revu. Pendant ce temps, l’agente vérifiait la photocopie de mon permis de conduire qu’elle a comparé avec l’original devant ses yeux. Même chose pour la CRP, la carte RP et ma carte soleil. Ensuite, vérification des tampons douaniers (Etats-Unis, Canada, autres) dans mon passeport pour voir si cela correspondait avec les dates d’entrée et de sortie du pays que j’avais indiqué sur ma demande de citoyenneté.

Elle m’a ensuite posé quelques questions :
« Quel genre d’emploi occupez-vous ? »
« Comment ça se fait que vous ne rentrez pas souvent voir votre famille ? »
« Où est-ce que vous allez exactement aux Etats-Unis à chaque année ? »

Stratégie hautement subtile pour évaluer mon niveau de maîtrise du français, l’une des deux langues officielles (rusée l’agente hein).

Elle m’a finalement rendu tous mes documents, m’a informé que j’avais fait un sans-faute à l’examen et que je recevrai ultérieurement une invitation pour la cérémonie d’assermentation de citoyenneté. Elle ne fût pas en mesure de me préciser quand aurait lieu cette cérémonie car aucun juge de citoyenneté était disponible pour le moment car ils en font venir un de Montréal (pas drôle la vie en région). Probablement une question de semaines ou de mois. Cool. Pas de grosse joie au fond de moi, simplement la satisfaction d’avoir passé quelque chose d’important. Ça fait que bientôt, le Canada sera la terre de mes aïeux à moi aussi Des aïeux canadiens et des ancêtres gaulois : c’est ça aussi le multiculturalisme canadien !

Mais le moment le plus marquant fût lorsque j’étais assis dans la salle d’attente après l’examen et juste avant d’avoir l’entretien avec l’agente. Une femme s’est assise à côté de moi, sortant elle aussi de la salle d’examen. Avec autant de spontanéité que de chaleur, elle me demande si cela s’était bien passé pour moi avec un fort accent hispanique. Je hoche la tête et elle enchaîne en me demandant ce que j’ai répondu à la question 19 : elle grimace en entendant ma réponse, signe qu’elle s’est apparemment trompée. Elle sort alors son livret Regard sur le Canada et me confirme que j’ai raison. C’est alors que j’écarquille les yeux : je découvre un livret surligné de partout avec de nombreuses annotations dans les marges. SON livret, elle lui a donné une vie. Elle se l’est appropriée comme jamais je n’aurai pu le faire. Le marine et son arme, c’est pas moi : c’est elle. Je réalise alors l’énorme décalage entre elle et moi par rapport à l’examen que nous venons de passer tous les deux.

Comme si elle avait deviné mes pensées, elle me regarde alors attentivement et me dit que cela fait cinq ans qu’elle et son mari sont au Canada. Qu’ils ont fui le Nicaragua où ils étaient persécutés. Ça a été une galère infernal de quitter le pays, de se retrouver bloqués aux États-unis et, enfin, de pouvoir vivre au Canada. Les idéaux d’égalité, de liberté d’expression, de sécurité et de respect des droits et liberté de l’autre figurant dans le livret, ça, ça s’est connecté directement à son c’ur il y a cinq ans.

Moi, elle vient de me planter cette connection dans le c’ur à l’instant.

D’ailleurs, en tant que souverainiste convaincu, décider de déposer ou pas ma demande de citoyenneté fût une bonne réflexion en soi. Réflexion que mon entourage québécois n’a pas hésité à me le rappeler, surtout les plus fédéralistes qui ne comprenaient pas la cohérence de ma démarche considérant mes convictions souverainistes. Effectivement, une certaine idée de la cohérence aurait commandé que je ne dépose pas de demande de citoyenneté vu que je ne cherche ni à vivre ni à me reconnaître absolument comme citoyen canadien. Toutefois, une autre idée de la cohérence m’inspire une interprétation différente.

Si je suis en effet convaincu d’un projet souverainiste québécois, je le suis également quant à sa concrétisation de manière pacifique et surtout démocratique. Donc, par la voie référendaire. Elle-même exigeant la citoyenneté canadienne pour y participer jusqu’à preuve du contraire. Donc, dans ma tête, ça a fait 1 + 1 = 2. Réflexion terminée et dilemme réglé. Comme je l’ai déjà écrit dans une précédente chronique : devenir canadien pour saisir la première occasion référendaire pour ne plus l’être.

Mais je l’aime bien moi le Canada, sa feuille d’érable, ses Rocheuses et surtout Jules et Bertrand [3]. Comme le dit si justement un de mes amis québécois : « le Canada c’est un très beau pays. Mais ce n’est pas mon pays ». Autrement dit, être souverainiste ne signifie pas devenir automatiquement anglophobe. En tout cas, c’est le cas pour moi (que je crois en cela, pas que je suis anglophobe). Je me dis simplement que lorsque deux colocataires ne sont plus capables de vivre ensemble, devenir voisins chacun dans son propre appartement peut aider à améliorer les relations. Ainsi, disposer du droit de voter et l’utiliser lorsque l’occasion se présentera, c’est contribuer à aller dans ce sens.

À défaut d’incohérence, certains verront peut-être de la trahison de ma part à l’endroit du Canada ou, au mieux, de la complaisance. Du genre, bénéficier de tous les avantages reliés à la citoyenneté (passeport, droit de vote, etc) sans chercher nécessairement à faire profiter le pays de mes convictions, de mon énergie et de mes compétences. Car j’aspire à donner tout cela au Québec ultimement. À tout cela, je répond qu’une fois la citoyenneté en poche, je pourrai effectivement exprimer ma préférence mais qui, désormais, pourra s’appuyer par le droit de vote. Parce que jusqu’à maintenant, à part discuter autour de moi, il n’y a pas grand-chose que je peux faire. Ma position n’est ni parfaite ni incontestable : mais elle est celle avec laquelle je suis le plus serein actuellement. Qui trouve mieux s’exprime et je serai très heureux d’en discuter avec.

D’ici là, je vais me préparer mentalement au serment d’allégeance : c’est pas un concours de vitesse mais ça ressemble drôlement à un concours d’obstacles par exemple !

[1] Fa que gardez précieusement tous vos passeports, même ceux périmés
[2] http://www.yourlibrary.ca/citizenship/index.cfm?city=ottawa&language=fr
http://www.tpl.toronto.on.ca/mul_ser_citizenship_fr_test.jsp
http://www2.torchinese.com/citizen/test.html
[3] Les castors des annonces de Bell Canada

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