Se sentir Européen

C’est drôle, quand on y pense, plus on s’éloigne d’un endroit où on habitait, plus le « rayon de nos racines » s’élargit. Si vous restez dans la même ville, vous allez parler de votre attachement à votre ancien quartier, votre ancienne rue. « Ah oui, Paulot, le meilleur boulanger de la ville, la petite charcuterie en bas de mon appartement faisait de si bonnes terrines ». Si vous déménagez quelque part ailleurs dans le pays, c’est votre région qui devient votre « alma mater », le creuset de vos racines. Une fois installé à Paris, dans le sud ou n’importe où à quelques centaines de kilomètres, oh combien un Breton est Breton, un gars du Nord un ch’ti, un Corse un Corse, etc. Nos différences deviennent une fierté et on se prend à être plus supporter que jamais de l’équipe de notre enfance de foot, de rugby. On aime rencontrer des gens qui viennent du même coin de pays que nous pour pouvoir comparer nos souvenirs, qui sait, trouver une relation en commun, n’importe quoi qui pourra nous rappeler quelque chose dont nous puissions être fiers.
 
Je m’attendais donc à ce sentiment en arrivant au Québec, une fierté toute nouvelle d’être Français, un patriotisme que je n’avais jamais vraiment ressenti quand j’étais sur place si on excepte les joutes sportives. Ah ça, oui, je me sentais Gaulois à 100% quand on jouait contre l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou l’Angleterre en coupe du monde de foot ! Mais pas tant que ça au quotidien. C’est dire que je n’étais pas étonné de ressentir une certaine fierté quand mes collègues ou amis me vantaient quelque chose qui venait de notre coin de pays. « Ah bin oui, la bouffe chez vous, c’est quand même cool. J’ai été en Provence, c’est vraiment magnifique. Quel contraste dans vos régions, c’est dingue si on regarde des photos des Alpes, des côtes Atlantiques et d’Alsace, etc. » C’est vrai que ça fait toujours plaisir, on a beau répondre en retour, faussement modeste « oui oui, mais y a de plus en plus de restos vraiment bons ici, ah oui, mais c’est tellement enivrant ces forêts à perte de vue, etc. », on est quand même fiers. J’avais même écrit une note là-dessus, quand avec ma blonde on regardait un match de tennis Raonic-Gasquet 🙂
 
Mais là où je suis étonné malgré tout, c’est qu’il faut croire que 6000 kilomètres, finalement, ça permet d’élargir encore un peu plus ce « rayon de racines », parce que je ressens la même fierté parfois d’être… Européen ! Et oui, ça arrive, parce que les gens ici parlent souvent par continent, et donc ça éveille en moi un sentiment d’appartenance, aussi bizarre que ça puisse paraître 😀 Pourtant, on s’entend que toute phrase qui commence par « Oui, mais vous, les Européens », ça va forcément être un cliché, y a pas grand chose comme notion qui va englober autant les Italiens, les Espagnols, les Allemands, que les Danois, Polonais ou Albanais ! 
 
En fait, je dis ça, mais j’ai hâte d’avoir votre ressenti là-dessus, parce que c’est peut-être juste spécifique à certains de ressentir ça. Ça ne s’applique sans doute pas à tout le monde. Dans mon cas, déjà, mes racines ne viennent pas que de France. Je suis né en Espagne, l’un de mes grand-père était Chypriote, l’autre Italien. Mais quand même, je ne suis jamais senti particulièrement « européen » quand j’étais encore en France. 

Soulman
Arrivé en mars 2007 à Montréal, Soulman a très vite posé ses valises à Québec, moins de 4 mois plus tard. Auteur BD édité en Europe, un studio lui a laissé la chance d'entrer dans le monde du jeu vidéo et de l'animation en tant qu'illustrateur. Il est devenu par la suite directeur du département artistique. Voici ces billets culturels et sur la ville de Québec.
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