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Sauvons l’ADQ !

L’issue de la présente campagne électorale risque de nous ramener au bipartisme traditionnel du paysage politique québécois après une brève incursion dans un relatif pluralisme à l’Assemblée Nationale. En effet, si l’on se fie aux tendances se dégageant des sondages, le PLQ garderait le pouvoir, le PQ reprendrait l’opposition officielle, quant à l’ADQ … Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : aux dernières élections fédérales, ne nous avait-on pas prédit la disparition du Parti Conservateur au Québec ? Ceci dit, cher immigrant, le fait que l’ADQ redevienne un parti microscopique n’est peut-être pas une si bonne nouvelle que cela pour toi, bien au contraire.

Il peut sembler paradoxal d’écrire cela : on se rappelle qu’aux dernières élections provinciales, le chef de l’ADQ, Mario Dumont avait largement surfé sur la vague des accommodements raisonnables. Il avait en effet beurré épais sur le dos des immigrants en ravivant sans scrupules des tensions identitaires à des fins purement partisanes. Dans ce contexte, on peut comprendre que bien des communautés culturelles aient développé une méfiance maladive à l’égard de ce parti qui ne les avait certainement pas aidé dans leur cause, souffrant déjà de multiples plaies (préjugés, stéréotypes, difficultés dans l’insertion professionnelle et l’intégration sociale, etc).

On se rappellera également cette fameuse commission sur les accommodements raisonnables, encensée comme l’expression même du dynamisme de l’exercice citoyen avec la tournée des consultations dans tout le Québec. Et que dire du rapport des deux commissaires, messieurs Bouchard et Taylor, salué comme un modèle de discernement et d’équilibre entre respect de la majorité et reconnaissance des minorités. Parmi les communautés culturelles, on se bousculait au portillon pour saisir l’occasion – légitime – de pouvoir enfin exprimer leurs doléances et opinions. L’opportunité médiatique était unique de mieux faire connaître les réalités, souvent difficiles, de leur intégration. Bref, c’était le soulagement de voir concrètement la société québécoise écouter ses immigrants.

Certes, la paternité de cette commission revient sans contestation possible au gouvernement libéral de Jean Charest. Mais quitte à se péter les bretelles à se rappeler tout cela, rappelons-nous alors de tout : si cette commission a été créée, c’est uniquement sous la contrainte de la pression exercée par un Mario Dumont, alors particulièrement habile à se faire l’écho simpliste mais fort efficace d’inquiétudes identitaires latentes au sein de cette même société québécoise.

En d’autres termes, cela veut dire que sans l’invasion victorieuse du terrain identitaire par l’ADQ, jamais le gouvernement n’aurait institué cette commission qui allait éventuellement susciter louanges et remerciements des communautés culturelles. Sinon, que l’on m’explique pourquoi avoir réquisitionné un éminent sociologue et un philosophe d’envergure internationale pour éteindre les flammèches hérouxvilloises. C’était comme sortir un bazooka pour tuer une mouche. Surtout à 3,7 millions de dollars le bazooka.

Ainsi donc, ne soyons pas ingrats et rendons à césar ce qui est à césar : merci Mario d’avoir autant contribué à la cause des communautés culturelles. Bien entendu, il faut être stupide pour se méprendre sur les réelles intentions de Mario Dumont mais il faut l’être encore plus pour croire que le gouvernement libéral a eu un geste de sincère compassion à l’endroit des immigrants avec cette commission. Pour ma part, je trouve plus divertissant de savourer l’ironie de la chose.

En effet, comment qualifier autrement une telle situation ? Avant « l’intervention » adéquiste, je n’ai pas souvenir d’avoir vu le gouvernement prendre concrètement en main le dossier des accommodements raisonnables. C’est le monde à l’envers.

Autre variation sur le même thème : il est notoirement connu que l’un des principaux objectifs de Pierre-Elliot Trudeau, un ancien Premier Ministre du Canada et ardent fédéraliste, en créant la politique du multiculturalisme canadien – qui fait la joie et le bonheur de tant d’immigrants – était de noyer la spécificité culturelle québécoise. En d’autres termes, s’il n’y avait pas eu cette embêtante nation québécoise si entêtée à faire reconnaître son particularisme, il est fort peu probable que le Canada serait devenue cette terre promise du multiculturalisme. Encore une fois, on peut ici aussi choisir de se bercer de douces illusions ou savourer l’ironie de la chose. Mais dans tous les cas, merci de reconnaître la nation québécoise comme la réelle origine de la politique fédérale du multiculturalisme canadien. Car si on est tous d’accord pour reconnaître qu’on se trompe de cible en visant l’immigrant comme responsable de tous les maux, il est alors de bon aloi de reconnaître qu’on se trompe également de cible en visant le Québec comme responsable de bien d’autres maux. Morale de l’histoire : chers immigrants fédéralistes, plus vous luttez contre les maudits souverainistes fatigants, plus vous affaiblissez cette image du Canada que vous chérissez tant. Il est vrai qu’il est infiniment plus facile à justifier une cause quand on a un ennemi à proposer en pâture.

Dans un autre registre, il y a une autre raison pour laquelle l’immigrant ne devrait pas se réjouir d’une possible « disparition » de l’ADQ le 08 décembre prochain. Sa victoire en 2007 était en effet un beau pied de nez au système électoral québécois qui favorise nettement le bipartisme. Un bipartisme qui se caractérise notamment par une dualité idéologique nuisant gravement à un certain pluralisme dans les idées et opinions susceptible de s’exprimer à l’Assemblée Nationale.

Dans cette perspective, que l’on soit favorable ou opposé aux idées de ce parti, il n’en reste pas moins qu’il constituait la preuve inspirante que des voies alternatives pouvaient non seulement être proposées mais aussi et surtout exister. Ils ne l’avoueront jamais, mais l’exploit adéquiste était ce chemin prometteur tant espéré par le Parti Vert du Québec et Québec Solidaire. Ainsi, sa disparition potentielle avec un retour au bipartisme traditionnel peut s’avérer nuisible pour l’immigrant en particulier. En effet, en tant que symbole d’une certaine diversité culturelle, l’immigrant reste cependant une force impuissante tant que cela ne se reflète pas plus clairement dans la composition de la députation à l’Assemblée Nationale. Ainsi, qu’on le veuille ou non, un certain pragmatisme doit nous amener à conclure que cette pluralité tant désirée apparemment passe actuellement par l’ADQ. À court terme en tout cas. Avez-vous hâte d’aller voter ?

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