Alors que le Québec tente de revoir ses mécanismes d’immigration permanente, des milliers de travailleurs étrangers temporaires se retrouvent dans une situation de plus en plus précaire. Selon des données obtenues par Le Devoir, environ 1500 permis de travail ouverts expirent chaque mois au Québec, laissant de nombreuses personnes dans l’incertitude quant à leur avenir dans la province.
La situation touche particulièrement les travailleurs qui espéraient s’établir durablement au Québec, mais qui se retrouvent coincés entre l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), les délais du nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) et l’absence de mesures de transition suffisantes.
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Des milliers de permis qui arrivent à échéance
Les chiffres illustrent l’ampleur du problème. En juin seulement, 1660 permis de travail ouverts devaient arriver à échéance au Québec. Ils seront suivis de 1515 permis en juillet, 1815 en août et 1380 en septembre. Ces permis concernent des profils variés : conjoints de travailleurs temporaires, anciens étudiants étrangers, demandeurs d’asile ou encore personnes déjà bien intégrées au marché du travail québécois.
Tous ne souhaitent pas nécessairement demeurer au Canada. Mais pour ceux qui ont construit leur vie au Québec, l’expiration du permis peut signifier une rupture brutale : perte d’emploi, départ forcé, déménagement dans une autre province ou retour dans le pays d’origine.
Le vide laissé par l’abolition du PEQ
À l’automne dernier, Québec a aboli le Programme de l’expérience québécoise, longtemps considéré comme une voie rapide vers la sélection permanente pour plusieurs travailleurs et diplômés déjà présents sur le territoire. Il a été remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, un mécanisme plus ciblé, mais aussi plus lent et plus restrictif.
Ce changement a créé un goulot d’étranglement. De nombreux travailleurs temporaires attendent toujours une invitation ou une décision, alors que leur permis approche de sa date d’expiration. Pour plusieurs, le problème n’est pas seulement administratif : il devient existentiel.
Des familles installées depuis plusieurs années, des employés déjà intégrés dans des entreprises québécoises et des travailleurs essentiels dans certaines régions se retrouvent ainsi sans solution claire.
Québec veut une prolongation, Ottawa hésite
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a fait part de son intention de ressusciter le PEQ. En attendant, Québec demande à Ottawa de prolonger les permis ouverts de certains travailleurs, comme cela a déjà été fait pour des détenteurs de permis fermés ou pour des personnes invitées à présenter une demande de sélection permanente.
Mais du côté fédéral, l’ouverture semble limitée. Selon des sources gouvernementales citées par Le Devoir, Ottawa n’aurait pas d’appétit pour une prolongation généralisée des permis ouverts. Le gouvernement libéral souhaite respecter son engagement de réduire le poids de l’immigration temporaire, avec l’objectif de limiter celle-ci à l’équivalent de 5 % de la population canadienne d’ici 2027.
Cette volonté de resserrement entre toutefois en collision avec les besoins des employeurs, particulièrement en région, où plusieurs entreprises dépendent déjà de travailleurs temporaires pour maintenir leurs activités.
Des conséquences humaines et économiques
Derrière les chiffres, il y a des trajectoires de vie bouleversées. Des travailleurs installés depuis plusieurs années au Québec doivent envisager un départ malgré leur emploi, leur logement, leurs enfants à l’école ou leur intégration dans leur communauté.
Les avocats spécialisés en immigration dénoncent une situation marquée par l’incertitude. Selon eux, les décisions prises au cours des derniers mois ont été accompagnées de trop peu de mesures de transition, laissant des milliers de personnes sans visibilité.
Cette instabilité pourrait aussi nuire au Québec à moyen terme. Des travailleurs qualifiés pourraient choisir de s’établir ailleurs au Canada, dans des provinces où les parcours vers la résidence permanente sont jugés plus prévisibles. Pour le Québec, cela signifie un risque de perdre des personnes déjà formées, francisées, employées et intégrées.
Un test pour la nouvelle politique d’immigration du Québec
Le dossier devient un test important pour le gouvernement Fréchette. D’un côté, Québec veut mieux contrôler son immigration permanente et répondre à ses propres priorités économiques et linguistiques. De l’autre, la province doit éviter de décourager des travailleurs déjà présents, dont plusieurs occupent des postes utiles dans les services, les régions ou les secteurs en manque de main-d’œuvre.
Le retour éventuel du PEQ pourrait offrir une réponse partielle, mais le temps presse. Chaque mois, environ 1500 permis de travail ouverts expirent. Et pour les personnes concernées, l’attente administrative n’est pas une abstraction : elle peut déterminer leur droit de rester, de travailler et de continuer leur vie au Québec.
Source : Le Devoir

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