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Reprendre des études est un échec?

Comme beaucoup d’immigrants, j’ai repris des études.
Au Cégep et à l’université en même temps. L’un le jour, l’autre le soir.
À l’université j’étudie l’enseignement, donc le Cégep me permet de découvrir l’environnement dans lequel je souhaite enseigner.
En même temps, j’en profite pour faire un Diplôme d’études collégiale (DEC) technique, appelé tout simplement technique. Au cas où.
Une technique c’est l’équivalent d’un BTS mais avec un long stage d’une année entière après deux de cours.

J’avais déjà fait un stage à l’Université de Montréal dans le cadre de ma scolarité française, il y a quelques années. Cet environnement ne m’était donc pas inconnu. Celui du Cégep par contre a été une découverte totale. À la rentrée, ce qui m’a le plus frappé, outre la diversité et l’attitude respectueuse des étudiants, c’est bien sûr l’organisation à l’américaine de l’établissement. Les couloirs bordés de hauts casiers, les clubs de tout, les vastes installations sportives, les bus au nom de l’équipe locale… Pas besoin de vous en dire plus là dessus, n’importe quel teen movie le ferait mieux que moi.

Le plus intéressant par rapport à mon expérience, c’est de pouvoir comparer.
Je précise que mon histoire scolaire en France remonte aux décennies 1990 et 2000, donc ma vision est déjà dépassée en plus d’être difficilement objective. Néanmoins, elle fera peut être écho à des situations actuelles.

De mon temps pas si lointain, il y avait à l’école primaire un classement public des élèves en fonction de leurs moyennes à la fin de chaque trimestre.
Au secondaire cette tendance s’estompa, mais le personnel éducatif faisait tôt comprendre aux meilleurs élèves que leur place était dans les filières générales, en particulier la filière scientifique, et encourageait les autres à suivre les voies techniques « de garage ».
Même si cela n’était pas explicite, le système de notation ressemblait beaucoup à celui d’un concours. Réussir un examen, et le baccalauréat qui sanctionne la fin du secondaire est le premier examen des études supérieures, n’est pas suffisant. Pour l’élève qui souhaite accéder aux meilleures formations post-secondaires, une mention est indispensable. Dans le même ordre d’idée, un concours d’entrée spécifique à chaque école cotée s’ajoute souvent à la sélection sur dossier où remplace complètement cette dernière. Ainsi la pression sociale au classement sur les jeunes français est très forte, comme le montre F. Dubet et al. dans Les sociétés et leur école*.

Quand vous lisez, comme dans ce livre, que l’école française est élitiste. OK, bon, vous y êtes passés, vous avez survécu, après tout…
C’est en vivant comment l’école se passe ici que vous comprenez ce que cela veut dire.

Je ne veux pas dire qu’une pression au classement n’existe pas aussi au Québec. Mais la différence majeure est qu’il s’agit d’une volonté individuelle et non systématique. Elle concerne l’élève qui voudrait intégrer des programmes très contingentés (droit, médecine, génie) car il devra se construire un bon dossier académique avec des notes et une cote R** suffisante.

Plus que l’attitude des élèves, c’est celle de l’enseignant qui diffère au point de surprendre.
En France, dans mon souvenir, l’interaction avec l’enseignant était très formelle : pas de tutoiement, peu de disponibilité, pas de discussion des notes, peu de retour en général. Le professeur, détenteur du savoir, transmet l’information, à l’élève d’apprendre.
Ici, le prof donne en début de cours ses disponibilités de la semaine. Vous n’avez pas compris quelque chose ? Si il faut aller en discuter pendant une heure avec lui, pas de problème, il est payé pour ça.
La moyenne de la classe à un examen est basse ? On en discute. Peut être l’enseignant n’a pas bien fait son travail. On est loin d’un « vous êtes nuls ! » général.

Aussi stupéfiant que cela puisse paraitre, une note de 100% pour un excellent travail est possible au Cégep comme à l’université. D’ailleurs les critères d’évaluation sont très bien détaillés, peu de surprise possible. En France, le 20/20 reste trop souvent un idéal inatteignable.
Ce à quoi, dans l’hexagone, on m’a déjà répondu : « ça prépare les jeunes à la dure réalité du marché du travail ». Quand les politiques français avisent d’augmenter le nombre de bacheliers ou le nombre de mentions au dit examen, n’entend on pas cycliquement : « le bac ne vaudra plus rien ! »
La question est de savoir si le rôle premier de l’école est de présélectionner des individus ou de transmettre des connaissances au plus grand nombre.

Les institutions post-secondaires Québécoises ne préparent pas, ou préparent moins, à un diplôme au sens ou je le concevais. C’est à dire, au sens français, ce sésame si pesant sur les destinées. Le Cégep et l’université sont plus la pour transmettre des savoirs que pour présider sur des carrières.

De la même manière, j’ai été très surpris par le nombre d’adultes en réorientation poursuivant des études au Cégep et à l’université. Bien que cela devienne de plus en plus courant aujourd’hui dans mon pays d’origine, la reprise des études y est encore largement perçue comme le stigmate d’un échec (scolaire) antérieur, d’une occasion gâchée. Ici, je ressent beaucoup moins cette condamnation.

De plus, au Cégep, l’étudiant en filière générale peut construire son emploi du temps en fonction de ses disponibilités et son programme parmi un éventail de matières de grande qualité de contenu. Ce système m’apparaît, peut être naïvement, comme réellement à même de permettre l’épanouissement de l’individu qui y adhère. Tout en lui fournissant un maximum de ressources pour justement y adhérer.

Cette flexibilité se retrouve aussi à l’université et elle incite à poursuivre des études malgré leur cout financier et temporel. Certains de mes collègues étudiants suivent ainsi depuis plusieurs années des cours à temps partiel pour étoffer leurs CV.

Pour conclure, mon expérience scolaire québécoise reflète celle, plus large, d’une société libérale au sens ou le rôle de l’État, par le biais de ses institutions, est de fournir au citoyen les moyens de se réaliser.

  • François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout, Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale, Points, 2015. ISBN: 978-2757854440
    ** La cote de rendement ou “cote R” permet de chiffrer la performance d’un étudiant par rapport à ses camarades de classe.

 

Marty
Né au nord de la France, j’ai grandit à Cambrai, ville probablement plus célèbre au Canada que dans son propre pays. Fasciné, comme tant d’européens, par l’Amérique depuis toujours, j’ai voyagé et vécu aux Etats-Unis avant d’arriver à Montréal début 2012. Biochimiste de formation, je travaille dans mon domaine au Québec.
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