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Comme chaque année, le Québec célèbre sa fête nationale ce 24 juin. À la différence que cette année, le jour précédant la St-Jean Baptiste constitue le vingtième anniversaire de l’échec du Lac Meech. C’est en effet le 23 juin 1990 que le Canada anglais, au travers de Clyde Wells et d’Elijah Harper, renonçait finalement à intégrer solennellement le Québec dans la constitution canadienne.

Peut-être que l’échec du Lac Meech ne vous dit rien : autant dans le sens que vous ne savez pas de quoi il s’agit ou que cela ne vous intéresse pas. Peut-être aussi que tout ce qui concerne de près ou de loin avec les enjeux constitutionnels vous passe très loin au-dessus de la tête. Quelque soit le cas, c’est tout à fait votre droit. Mais quelque soit le cas, vous vivez – comme quiconque au Canada, immigrant ou pas – avec les conséquences de cet événement. Il y a vingt ans, au bord du Lac Meech en Ontario, se sont tenues des négociations pour que le Québec appose sa signature au bas de la constitution canadienne, ce qu’il avait refusé de faire en 1982 lorsque ce document fût rapatrié au Canada, achevant ainsi la quasi-émancipation du Canada par rapport à l’Angleterre.

Mené par le premier ministre du Québec de l’époque, le fédéraliste Robert Bourassa, le Québec était prêt à réintégrer formellement le Canada si ce dernier acceptait les cinq conditions suivantes : 1) reconnaissance, pour l’essentiel symbolique, du caractère distinct du Québec 2) droit de veto sur les changements aux institutions du Canada 3) enchâssement dans la constitution de l’accord qui donne au Québec une assez large autonomie en matière de sélection des immigrants 4) droit de retrait avec compensation pour les futurs programmes fédéraux en juridictions québécoises 5) permanence de la présence de trois juges québécois à la Cour suprême. Ces conditions, dans des champs de compétence divers, visaient toutes le même objectif : reconnaître formellement le caractère culturellement et linguistiquement distinct du Québec au sein du Canada. Pas se séparer du Canada, ni dire que le Québec est meilleur que le reste du Canada. Simplement différent et le reconnaître.

Ironie de l’histoire : si les accords de Lac Meech furent un échec, c’est parce que les anglo-canadiens considéraient ces conditions beaucoup trop élevées et bien des québécois jugeaient ces conditions beaucoup … trop basses. Autrement dit, tout le monde était d’accord sur le fait qu’ils étaient en désaccord : pas question de se vendre à l’autre à un prix aussi vil. Autre démonstration, s’il était nécessaire, du caractère distinct de la société québécoise au sein de l’espace canadien. La veille du 23 juin 1990 d’ailleurs, on se souviendra des mots restés célèbres prononcé par Robert Bourassa dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale : « le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. ».

Où tout cela nous mène concrètement ? Que depuis 1982, le Québec se voit assujetti à une constitution et une charte des droits et libertés individuelles ne contenant aucun élément prenant en compte sa distinction culturelle et linguistique. Et donc que les lois ne reflètent pas cette distinction et que les tribunaux ne sont pas tenus de les interpréter en tenant compte de cette distinction. Et que le dossier des accommodements raisonnables – pour prendre un exemple que vous devez sûrement connaître – est un enjeu en partie problématique parce que l’accommodement juridiquement autorisé est parfois culturellement opposé au caractère distinctif de la société québécoise. Que la distinction québécoise eut été reconnu dans la constitution n’aurait certes pas réglé le dossier des accommodements raisonnables, ni maintenant ni pour toujours. Cela aurait cependant fourni un mécanisme juridique puissant au Québec pour faire valoir sa distinction en lançant un message clair aux personnes exigeant un accommodement jugé culturellement déraisonnable selon les standards québécois. En outre, en n’utilisant ou en n’utilisant pas cet outil de droit en fonction de la demande d’accommodement, le Québec aurait pu lancer un autre message : ce ne sont pas tous les accommodements qui posent culturellement problème, seulement certains en particulier. Un message important car, actuellement, tous les accommodements sont médiatiquement mélangés et mis ensemble, laissant croire que la société québécoise refuse toute diversité culturelle. Ce qui est évidemment faux.

Il est d’ailleurs assez drôle de lire ou de voir des immigrants se déchaîner contre la prétendue xénophobie québécoise en mettant tout le monde et toute la société québécoise dans le même sac : au nom de la diversité culturelle, quoi de plus logique en effet que de « l’honorer » en effet en se livrant à de généreuses généralisations en homogénéisant la culture québécoise.

Le défi consistant à trouver un équilibre entre préserver sa culture avec sérénité et accueillir les autres cultures avec enthousiasme est sans nul doute un enjeu important. Le 24 juin se veut, je pense, aussi l’occasion dans l’année de célébrer cet enjeu.

Alors, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, gens du pays, c’est à votre tour de vous faire parler d’amour. Bonne fête nationale à toutes et tous, québécois d’ici et d’ailleurs.

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