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Ma deuxième vie C’est marrant…

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Ma deuxième vie

C’est marrant, mais ça fait plusieurs jours que mes pensées filent à cent à l’heure et que mon cerveau a repris ses horaires d’ouverture tardive.
C’est une sensation étrange que j’ai eu un peu de mal à analyser. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi je me forçais à faire un état des lieux, alors que d’une, je suis très heureuse ici et que de deux, je ne suis là que depuis sept mois.
Puis j’ai compris. L’explication était là, juste devant mes yeux ; tellement énorme que je n’arrivais pas à la voir. On me demandait de faire un choix, pas un gros choix comme celui gigantesque que de franchir l’Océan pour venir ici, non, non, un petit choix de rien du tout, mais qui fait l’effet d’un détonateur et finalement m’a obligé à me poser tout un tas de questions.

Je suis au travail, bien habituée à ma nouvelle routine, même mon cube certain jours me parait presque agréable.
Mon téléphone sonne et la fille d’une des nombreuses agences de placements que j’avais contactées quand je suis arrivée me demande si je cherche du travail.
Donc non je lui dis que merci bien mais j’ai ce qu’il me faut, mais curieusement elle insiste, me pose plein de questions, me demande mon salaire.
Bien docile je réponds, me disant qu’au moins pendant ce temps, je n’ai pas à expliquer pour la centième fois ce qu’est le programme PAA et quels sont les avantages à obtenir cette désignation.
Puis elle finit par me dire que voilà, la compagnie pour laquelle j’avais passé 3 entretiens au mois de décembre a une nouvelle position et que justement ils avaient demandé à l’agence si j’étais toujours disponible. Elle ne me laisse même pas répondre puis me raccroche au nez après m’avoir lancé « je les appelle pour savoir quel est le salaire et je te recontacte »
A peine le temps de me trainer à la machine à café qu’elle me rappelait déjà.
Ah oui, quand même, ahhh, 4000 $ de plus par an, bon. Je lui demande de m’envoyer le descriptif du poste, ce qu’elle fait aussitôt et en profite pour me glisser avec le descriptif des benefits.

Toute l’après midi je cogite, fais mes calculs, mon petit tableau des pours et des contres. Puis je me dis que le mieux, c’est d’aller parler à ma manager qui de toute façon a donné sa demission et sera forcément disponible et de bon conseil.
Je vais donc la voir et lui balance le morceau et elle me rétorque aussitôt « Fonce »
Elle me donne une lettre de référence et me dit que l’agence peut la contacter.

Je donne mon ok pour passer l’entretien qui se passe super bien. Même si je trouve bizarre de me faire jeter en décembre pour me faire dérouler le tapis rouge en mai !

Maintenant je ne me pose plus de questions : je le veux plus que tout ce job. Pas seulement pour le salaire ou les meilleures perspectives d’évolution, mais parce qu’on m’a proposée mieux et c’est exactement ce que je suis venue chercher au Canada.
Et c’est ce sentiment là, cette soif de changement qui me fait un peu peur.
Je ne suis là que depuis 7 mois et en regardant derrière moi je me rends bien compte de ce que j’ai accompli et je réalise, déjà, qu’il y aura, qu’il y a, un avant et un après et que je suis en train d’entamer ma deuxième vie.
Ce que je redoutais est malheureusement en train d’arriver. Mes amis s’éloignent de plus en plus. Il n’y a rien que 6 mois de cela, Widad m’appelait toutes les semaines, avec les amies, on s’écrivait des mails tous les jours, puis toutes les semaines, puis plus vraiment de réponse, ah si de temps en temps un « tiens ça fait longtemps, alors quoi de neuf ? ».
Je ne les blâmes, je suis pareille, entre le boulot, les sorties et le décalage horaire, je ne me soucis plus autant de maintenir le lien, qui s’étire, s’étire, s’étire … jusqu’à quel point?
Je sais que si je saute dans un avion demain, ce sera comme avant, on se retrouvera tous les soirs au café Place Saint Augustin pour parler de tout et de rien. On ira se balader au Parc de Maisons Laffite, je reprendrai ma carte de ciné et passerai la majorité des dimanches pluvieux enfermée dans une salle obscure.
Je pourrai aller faire mes courses chez Auchan et acheter au même endroit, un robot ménager et du jambon, un DVD et du fromage … ahhh du fromage, je pourrai même m’offrir un millefeuille sans avoir à parcourir des kilomètres.

Mais tout ça c’était dans ma vie précédente, avant que je connaisse la neige en ville, la pêche de glace, les maisons de ville et leurs jardins, le plaisir de revoir des feuilles sur les arbres et le sourire sur les lèvres des gens, de se dire que je pourrai avoir ma propre maison, demander de l’argent liquide en allant acheter son épicerie, aller au travail en vélo, la musique du camion de glace en fin de journée dans ma rue, le mur de brique de mon salon, le raton laveur qui essaie de rentrer pour manger les croquettes des chats.

Ma famille et mes amis ont compris que je ne rentrerai probablement pas, et c’est plus dur pour eux que pour moi. Eux sont encore dans une première vie alors que moi j’entame la deuxième. Si je pouvais choisir je les voudrais avec moi … mais ici !
Très souvent quand je rêve, je mélange mes deux existences, mes amis de la bas, ceux d’ici, l’anglais, le français … plus rien n’a d’importance si ce n’est le fait d’être ensemble.

Il y a tout le temps des choix à faire, plus ou moins faciles, plus ou moins réversibles.
Celui de venir au Canada est le meilleur que j’ai fait jusqu’ici.
Ma vie précédente est encore très présente, j’ai réussi à occulter les mauvaises choses très facilement, exit le chomage et l’immobilisme, plus la place pour râler après le gouvernement français, ça ne me concerne plus. Je ne pense plus qu’aux bonnes choses, aux bons moments. Un peu comme quand on rouvre un album de photos de son enfance et qu’on arrive à se souvenir comme c’était chouette d’avoir 4 ans et de faire des bonhommes en pâte à modeler, on arriverait presque à sentir l’odeur si particulière de la pâte à modeler.
Mais voilà, j’ai tourné une page, peut être même un peu plus facilement que je ne l’imaginais. Avant. Après. Maintenant.

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