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Le Québec en marche !

Je dois dire de prime abord qu’il n’est pas question, dans ce texte, d’un plaidoyer pour l’indépendance du Québec. Il s’agit plutôt de revenir sur un mode d’expression populaire: les marches populaires que je ne croyais pas si “populaires” que ça au Québec. Les marches permettent à des groupes de la population de s’exprimer et empêche la démocratie de s’enfermer dans un jeu parlementaire se réduisant souvent à la dualité entre deux principaux partis qui se relayent au pouvoir. Une partie de la population, représentée ou pas dans des corporations sociales, peut choisir de se faire entendre en marchant dans la rue. C’est ce qui se passe en Europe et notamment dans des pays comme la France où l’on a assisté ces dernières semaines à de grandes mobilisations contre la réforme des retraites. L’impact des marches et manifestations populaires sur l’opinion publique est souvent décisif. En Algérie, elles ont longtemps symbolisé le combat pour asseoir la démocratie mais aussi la montée de l’islamisme.

Au Canada et au Québec, jusqu’à récemment, je pensais qu’on avait beaucoup moins tendance à recourir à ce mode d’expression et qu’on ne sortait que rarement du cadre formel du jeu électoral quand il s’agit de faire avancer des idées ou d’exprimer un ras-le-bol vis-à-vis des politiques du gouvernement. Peut être que je me trompais. Cette année, en tout cas, des dizaines voire des centaines de milliers de Québécois ont battu le pavé dans les grandes villes de la province. Outre les défilés habituels, de la fierté gaie, des Irlandais…d’autres causes ont permis aux rues de se réchauffer pour le plus grand bien de la démocratie québécoise. J’y ai pris part à quelques unes.

Intéressé par le débat sur la question de la souveraineté et curieux de savoir comment ça se passe sur le “terrain”, j’ai été suivre la marche des “libres marcheurs” pour l’indépendance, organisée à l’occasion de le fête de la Saint-Jean, à Québec. Il y avait une belle ambiance. Pas beaucoup de monde certes mais des manifestants très déterminés, des hommes et des femmes de tous les âges et issus des milieux populaires et de la classe moyenne. Drapeaux, pancartes et slogans aux couleurs de la souverainté, il y avait presque autant d’organismes que de “libres marcheurs”. Mais ce n’est sans doute pas la désaffection de la population qui va altérer la détermination de ces militants qui “veulent un pays”. Pourquoi ils le veulent, ce pays indépendant? Il n’y a pas une seule réponse. Entre ce vieux militant d’extrême gauche (si si il y en a au Québec) qui croit que la souveraineté du Québec permettra “d’achever la réalisation des tâches démocratiques et sociales et la sauvegarde de la langue et de la culture françaises” et son voisin – qui tient l’autre bout de la même pancarte -, membre du PQ et pour qui le Québec est très différent du reste du Canada dans son positionnement sur la plupart des questions politiques, sociales et internationales, il y a quelques nuances. Ça ne les empêche pas de se retrouver ensemble à l’occasion de cette marche, convaincus que c’est une façon de maintenir allumée la flamme souverainiste.

Quelques mois avant cette marche, des dizaines de milliers de personnes ont marché à Québec pour protester contre le projet de budget Bachand. Là aussi, tout le monde n’était pas du même bord mais tous avaient une dent contre le gouvernement. Entre ceux qui ont marché contre “les mesures régressives et les coupures dans les programmes sociaux” et ceux qui étaient là parce qu’ils ont en marre de “payer trop d’impôts et de taxes”, il n’y a pas de quoi construire une alternative. Seule la colère contre le gouvernement les a réunis ce jour là. Qu’à cela ne tienne, pour ces marcheurs, c’est mission accomplie puisque le gouvernement a été prié de refaire ses devoirs. Quand à la décantation, elle se fera sans doute sur d’autres terrains…d’autres marches.
La ville de Québec a eu aussi droit à sa marche bleue pour le retour de son club mythique de Hockey Les Nordiques. Retour conditionné semble-t-il à la construction d’un nouveau Colisée. Le Club – si club il y aura -, sera une équipe privée mais la marche bleue avait notamment pour objectif de réclamer des fonds du gouvernement fédéral pour la construction de cette aréna après que le gouvernement provincial s’est engagé à participer à hauteur de 40-45% du coût total. Face au succès de la marche, Josée Verner la ministre fédérale responsable de la ville de Québec a rétorqué qu’il faut savoir ce qu’on veut. Selon elle, on ne peut marcher pour dire qu’on paie trop de taxes et marcher pour réclamer de dépenser l’argent du contribuable dans la construction d’un stade.

Emporté par la foule et son pouvoir magique, j’ai été le 17 octobre dernier à la marche mondiale des femmes. Pas à Bukavu, en république du Congo contre les violences faites aux femmes mais à Rimouski, ville universitaire de 30 000 habitants dans le bas St-Laurent. La marche mondiale se déroule tous les cinq ans. Initiative partie du Québec en 1995, avec le slogan ”du pain et des roses”, la marche mondiale des femmes a rallié depuis des centaines d’organisations et d’associations dans le monde et l’édition 2010 s’est achevée à Bukavu. A Rimouski, la participation a dépassé toutes les prévisions, 10 000 personnes dont quelques centaines d’hommes. Pari réussi pour la Fédération des femmes du Québec (FFQ) qui a essuyé quelques jours auparavant des tirs groupés de médias remettant en cause sa crédibilité et son assise chez les femmes. La campagne anti-FFQ avait éclaté à la suite de la publication d’un clip vidéo contre la présence canadienne en Afghanistan, un clip jugé insultant à l’égard des mères de soldats canadiens. La FFQ s’était excusée et avait retiré l’extrait controversé mais la campagne médiatique s’est quand même poursuivie et elle rappelle une campagne semblable menée en 2008 par le parti conservateur qui voulait remettre en cause la légitimité du Bloc Québécois. Tout comme pour le Bloc – et toute proportion gardée- la base a montré que la FFQ avait toute sa place dans un Québec aussi pluriel que n’importe quelle société démocratique dans le monde. Un Québec qui détient visiblement les outils et les énergies pour permettre à sa démocratie de se renouveler et à son peuple de garder une capacité de s’indigner et de faire des choix son avenir.

Rayan
C’est à l’âge de 42 ans que Rabah alias Rayan arrive au Québec en octobre 2006 en provenance d’Algérie. Il s’installe avec sa famille dans la ville de Québec puis par la suite à Laval, au nord de Montréal. Rayan travaille dans l’enseignement et écrit depuis 2008 sur le site immigrer.com.
http://www.immigrer.com
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