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Le permis de douter

Depuis peu de temps, autant que mon cerveau est à nouveau hanté par cette envie de retraverser la grande flaque, un doute affreux m’habite.

Après une expérience québécoise et un retour sur la terre natale en 2008, plutôt contraint que franchement désiré, nombreux sont ceux d’entre vous qui savent que mon désir le plus fou actuellement est de revenir là où j’ai laissé quelques amis, quelques excellents souvenirs, quelques très bons moments et où ma blonde et moi avions nourri ce projet d’avenir que nous nous sommes jurés mutuellement de vivre ensemble.

Tout est bel et bien organisé, en juillet 2011 un mariage, peut-être même juste après un autre enfant… « Je préfèrerais que le prochain naisse en France quand même » m’a-t-elle déjà averti, et lancement de la nouvelle grande épopée jalonnée de CSQ, Fédéral, VM pour finir en RP. Voilà tout est bien établi, et avec une expérience québécoise de deux ans déjà vécue, un CV dans un domaine où les postes sont en voie d’apparition, une adaptabilité déjà éprouvée, un temps de re-préparation confortable pour éviter les pièges d’une immigration bâclée, et une envie de vivre le Québec, tous les ingrédients sont là pour réussir cette nouvelle fois.

Je nous vois déjà dans cette nouvelle vie dont nous pourrons vivre chaque instant en savourant cette liberté que nous nous sommes offerte.
Je nous vois dans ce quotidien que nous nous prenons à rêver assez régulièrement avec plus ou moins de raison.

Mais entre tous ces rêves, entre tous ces moments de préparation, entre tous ces temps de planification il y a l’existence que nous vivons actuellement.
C’est sa job, la mienne, nos familles, nos enfants, ou plutôt notre enfant et les miens, ceux qui vivent déjà à 800 km de nous, et plus basiquement notre intérieur, les moyens que nous mettons à vivre une vie autant que possible confortable.

Et plus le temps passe plus j’ai l’impression d’avoir acheté un permis… le permis de douter.

Et si je me fourvoyais dans une douce utopie ? Et si mon quotidien sur le sol français n’était pas aussi mauvais que je veux le voir, ne méritant pas autant d’énergie que requiert une immigration ? Et si mon erreur serait de retraverser la grande flaque avec un visa de Résident Permanent ? Et si tout simplement j’avais juste envie d’évasion temporaire que je pourrais combler en nous organisant régulièrement des voyages ?

Parfois, j’ai l’amère impression que la fougue et l’entrain du projet initial s’amenuisent avec le temps qui avance.

Pourtant hier encore nous nous plaisions à dire à des personnes que nous avons rencontrées que s’il n’en tenait qu’à nous nous y serions déjà…

Ne faut-il pas y voir, plutôt qu’un manque d’envie profonde d’immigrer, le fait de petit à petit construire quelque chose avec celle et ceux que j’aime. Et finalement, peut-être que peu importe la terre sur laquelle nous construisons notre avenir, tant que nous pouvons le bâtir, le vivre et surtout ne pas le subir.

Immigrer c’est un jour certainement pouvoir douter pour mieux construire ce projet, c’est aussi se poser les bonnes questions au bon moment.

En cette fin d’année 2010, j’en suis à me dire que les choses ne sont pas si mauvaises ici au point de repartir à zéro, qu’avec ce que je bâtis ici nous pourrons revoir cette terre québécoise, et que quoiqu’il en soit mes enfants auront le droit de prendre goût au Québec comme j’en ai eu l’occasion, par quelque moyen que ce soit.

Mais dans tous ces moments de réflexion intenses, je reste persuadé tout de même qu’un jour, d’ici cette longue échéance que nous nous sommes fixée, la motivation renaîtra d’un fait, d’un événement, d’une situation de ce quotidien qui aujourd’hui enfoui notre projet.

Alors aujourd’hui je laisse couler le temps convaincu que l’appel du Québec sera plus fort dans un jour, une semaine, un mois ou un an…

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