Immigrer, c'est comme courir un marathon - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada
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Immigrer, c’est comme courir un marathon

J’ai couru le demi-marathon de Montréal le 24 septembre dernier. J’ai nommé mon dossard : Amazone40
Amazone parce que c’est mon Leitmotiv de femme immigrante. Dans l’histoire des royaumes africains,
j’ai toujours été séduite par l’armée des Amazones du royaume d’Abomey, actuel Bénin, le pays d’origine
de mon père. Cette armée de femmes qui a fait reculer voir fuire le colonisateur Français afin de protéger
son peuple (…)

Va falloir t’en trouver un Leitmotiv, c’est à dire un minding qui te motive à tout point de vue à agir et
réussir ce processus . Une Amazone c’est une appelation qui suscite en moi le courage, l’endurance, la
force et surtout aller chercher la force du groupe, l’apport de l’autre. Même un plus petit que soi peut nous
apporter quelque chose dit l’adage. C’est un appel à l’ouverture, à l’unité des forces pour atteindre son
objectif et celui du groupe. À Trois-rivières avec d’autres femmes nous avons créé en effet le
regroupement des Amazones, une OBNL pour favoriser l’intégration des femmes issues de l’immigration
par le travail et l’entrepreneuriat.

Le ”40” c’est mon âge; 40 ans un bel âge que je redoutais à cause des ouïe-dires (…) Oui 40 ans c’est
comme dirait l’autre le midi d’une vie. Ce que je peux dire de mes 40 ans, c’est que , je n’ai jamis été aussi
certaine de ce que je voulais dans la vie qu’à mes 40 ans. Je me sens en contrôle de mes choix, à l’écoute
de la Vie et surtout avec le désir de me choisir en premier. Et malgré l’imprévisible claque dans la face
qu’a été mon divorce, j’ai pu avoir un recul nécessaire pour arriver à prendre ce qui m’appartenait dans ce
deuil et laisser aller ce qui ne m’appartenait pas.
Consciente que plus je serais bien dans ma peau, ma tête et mon cœur plus mes enfants et les gens autour
pourront en profiter. Bref, 40 ans c’est puissant!

Avec mon beau dossard ”Amazone40” j’ai pu me préparer à courir le demi-marathon et le conclure avec
beaucoup de fierté, la certitude d’un réel accomplissement et surtout une confiance en soi renouvelée qui
me fera oser encore d’autres défis. J’en ai la certitude.

En quoi Immigrer peut se décrire tout comme courir un marathon :

1- Courir un marathon, ça requiert d’abord un désir brûlant :
”Le désespoir est la matière première d’un changement radical”

Ouiiii je veux le faire!
Ce désir brûlant de tout quitter et venir au Québec avec l’intime conviction d’un mieux être. Oui il y’a
quelque chose de magnifique après la ligne d’arrivée de ce long périple d’endurance, mais on ne le sait pas
si on n’ose pas le faire. Il faut déjà prendre le courage de s’y inscrire. C’est déjà un grand pas!
Un désir brûlant qui a été suscité dans la plupart des cas par un épisode moins gloriaux de notre vie.
Se retrouver le dos au mur, nous donne la capacité de réagir avec notre instinct de survie et oser
l’impensable. Immigrer c’est un risque, c’est une démarche qui nous fait sortir de notre zone de confort,
c’est aller à la rencontre de l’inconnu. S’inscrire pour commencer la procédure d’immigration c’est déjà
partir dans sa tête et dans son cœur vers cette nouvelle terre. Sentiment de peur, syndrôme de
l’imposteur…Puis-je le faire aussi ou bien c’est réservé uniquement à une élite? Autant de questions, de
doutes, de peur et d’hésitation bien qu’en nous ce désir brûlant, cette excitation de prendre le risque et voir
ce qu’il y’a au delà de la ligne d’arrivée ne nous quitte pas.

4- L’entrainement : ”La discipline crée le mode de vie”

Comment puis-je arriver à le faire? Ça prend de l’information, des conseils, de l’entrainement. Ça requiert
une discipline, de la lecture et une préparation à tous les niveaux. J’ai embarqué dans la lecture dévorante
du Best seller ”Tout se passe avant 8 heures”. C’est dailleurs ce livre qui m’a donné le goût de l’activité
physique quotidienne et en continue lorsque je cherchais un remède pour me sortir réellement de ma
dépression après ma séparation. La course a été ma première et ultime thérapie. J’avais lu et une
professionnelle m’a confirmé les bienfaits de la course pour le cerveau et la santé mentale alors je me suis
donnée à cœur joie et de façon soutenue et intense à cette activité. J’ai commencé par un 2km, puis 4,
5…j’ai longtemps refais le 5 km avec un jour la décision d’aller le faire avec d’autres personnes. J’ai alors
couru lors d’une fête de quartier. Ce jour-là j’ai compris que si je voulais aller loin dans mon projet il me
fallait cesser d’avoir peur. Cesser de me censurer et surtout travailler paralèllement sur mon estime de moi
qui avait pris une sérieuse débâcle avec la séparation.

J’ai alors décidé de méditer et d’écrire comment je me sentais dans ce processus et surtout le partager avec
mes amis via Facebook; dans ce cas, les amis sont comme des partenaires de responsabilité non officiels.
Bien que l’unique responsabilité incombe une seule personne, moi. Au début je cachais que je m’étais
séparée car ne l’oubliez pas culturellement chez moi, c’est une honte, c’est un échec.
Au fil du temps la course m’a aidé à réapprivoiser mon corps, mon esprit puis mon mental et mieux mon
estime de moi. J’avais envie d’aller de plus en plus loin non pour plaire à une personne mais pour me dire
à moi-même que j’étais extraordinaire. J’ai donc pu faire 7 puis 10, puis 15 km avec toujours l’envie d’aller
plus loin et surtout le bonheur qui reprenait possession de mon cœur et mieux je me sentais prête à
accomplir ce défi.

S’entraîner à immigrer commencera par de la lecture sur la terre d’accueil, prendre l’avis des autres,
comprendre le climat, la monnaie, les habitudes du peuple…avoir des partenaires de responsabilité sur un
blog ou le forum de immigrer.com

5- Le découragement, le syndrôme de l’imposteur, la censure, la peur (…) : ”Si tu veux une vie
différente, tu dois d’abord faire quelque chose de différent!”

Croyez-le ou non lorsque vous voulez accomplir quelque chose de bien préparez-vous à cette étape au
cours de laquelle 95 % des gens rebrousseront chemin seulement 5% continueront. Soyez de ces 5% au
cours de votre immigration et ce, jusqu’au bout!
Plusieurs choses sont arrivées ce dernier mois de préparation.
Après tous ces matins à me lever, m’entraîner, courir à 5h et demi sans concession et maintenir cette
discipline d’amour pour moi-même, j’ai vécu un grand stress à quelques jours de mon défi. La peur,
l’envie d’abandonner, je me suis créée des blocages et limites inconsciemment.

Mon premier blocage a été la critique d’une amie qui m’a barrée de son facebook parce que selon elle, je
me vantais de courir alors qu’elle était incapable à cause de sa santé (douleurs articulaires) et pire j’aurais
dit dans mes écrits que celles qui ne courent pas n’étaient pas des Amazones mais des femmes faibles
etc… Bref, une interprétation dure et éronnée de mes écrits. J’ai découvert la souffrance d’une personne à
cause de moi. Elle m’a écrit des choses difficiles à encaisser sans me donner l’occasion de lui expliquer
ma pensée réelle. Je me serais en foutue et j’aurais continué à écrire puisque une de mes nouvelles règles
de vie est que personne ne me ralentirait ou ne m’empêcherait de vivre comme je l’entends. J’ai tout de
même trouvé triste qu’au lieu d’être pour elle une inspiration, j’étais une perturbation de son équilibre
affectif et pire de son estime d’elle. Bref, je ne me suis pas sentie en cohérence avec mes motivations et
valeurs profondes alors j’ai pris un temps d’arrêt et je me suis excusée bien que ma conscience me disait
que son problème n’était pas à mon niveau. N’empêche, cela m’a affectée et je me suis dis que peut-être
qu’elle n’est pas la seule à penser ainsi, elle avait au moins eu le courage de me l’exprimer (…) Pour dire
que malgré toute cette préparation mentale, physique et spirituelle, je me suis butée à une telle
préoccupation des plus bénigne.

N’empêche je n’ai pas arrêté mon entraînement que j’appelle mon ”Jogging_Méditation” (…) Cependant
j’ai arrêté d’en écrire et partager les fruits. Imaginez que vous décidiez de ne plus partager vos réussites
dans votre processus sur un forum parce que cela dérange votre ami (…)
Mon second blocage a été tout le stress du processus de ma séparation et tout ce que cela engendre
comme conséquences dans toutes les sphères de ma vie. Comme mère, c’est une terrible épreuve
d’endurance pour l’équilibre des enfants. Finalement tout ce pourquoi je courrais, ma quête de retrouver
mon estime de moi altérée par une relation de couple devenue toxique, la culpabilité de se faire accuser et
se sentir unique responsable de ce gâchis; Toute la mauvaise gestion des émotions dues à cette situation
difficile de part et d’autres du couple et des personnes extérieures, bref, le tout remontait comme si toute
cette discipline s’avérait trop pénible ou même inutile. J’ai donc failli arrêter de me lever à 5h et demi sans
concession et aller courir. Et Pourtant cette démarche me fait tellement de bien! C’est la première foulée
qui est la plus dure, les matins de paresse, juste après c’est un plaisir tellement renouvelé et une éternelle
action de grâce de renouer ainsi avec mon esprit, mon corps et l’univers (…)

Mon troisième blocage a été la santé. Croyez-le ou non l’avant veille de la course du demi-marathon soit
vendredi soir, j’ai été victime d’un malaise à mon travail. J’ai perdu quasiment connaissance et ce sont les
ambulanciers qui sont venus me transporter à l’hôpital. Tous les signes vitaux étaient anormaux avec une
glycémie à 4.5, une pression artérielle tellement basse, même la saturation n’était pas correcte bref, la
PEUR avec grand P avait fait son travail. Bizarrement, Je n’étais pas triste, c’est comme si finalement
j’étais satisfaite comme d’une lâche qui allait encore une fois trouver une excuse ”valide” pour fuir une
épreuve et ne pas aller au bout de son défi. J’ai été bien prise en charge à l’hôpital, transfusion de soluté de
glucose et autres boosters intra-veineux et j’ai pu regagner mon domicile pendant la nuit.

6- S’entourer de gagnants, de gens positifs :
”L’histoire de l’espèce humaine est celles d’hommes et de femmes qui se sous-estiment.”

Le samedi je ne savais toujours pas si j’allais courir le dimanche. Il y avait la fête d’anniversaire de mon
filleul, le fils de ma meilleure amie à Mascouche près de Montréal où devait avoir lieu ma course. J’ai
demandé à mon ami de m’y conduire avec mes enfants par précaution vu mon état de santé de la veille. Ce
n’est que dans l’auto que je lui ai dis, je veux courir, je veux faire mon demi-marathon. Je pense que je
peux le faire.
Il est demeuré calme et m’a demandé comment je me sentais et pourquoi je voulais le faire. Voilà la
question qui a tout décoincé, le BUT. À ce moment précis, j’ai eu des larmes dans les yeux, l’émotion m’a
montée à la gorge, je tremblais de certitude comme si je venais de comprendre une chose essentielle : Je
ne sais pas pourquoi mais je dois courir, je veux le faire et je peux le faire, lui ai-je répondu.
Mon ami m’a accompagné donc porter mes enfants chez ma meilleure amie et nous avons continué à
Montréal récupérer mon dossard et mon sac de coureur. J’étais fébrile lorsque je voyais toutes les
installations et le monde mobilisé pour cet événement. J’étais heureuse et encouragée de voir mon nom
sur la liste des coureurs. Malgré quelques petites craintes liées à mon affaiblissement de la veille et la
canicule annoncée, Il allait en effet faire très chaud donc le marathon était annulé. Seulement le demi-
marathon était maintenu. J’étais fière de poser avec mon dossard et me dire dans ma tête : Tu es capable;

Mon cœur de maman me motivait en ces termes : Tu feras un premier 5 kilomètres pour Danyc (mon fils
de 10 ans) puis un second 5 kilomètres pour David (mon cadet de 6 ans), ensuite un beau troisième 5
kilomètres pour Marlène (ma fille de 4 ans) et tu couronneras le tout pour la femme que tu veux devenir,
une Amazone.

”Votre situation dépend de l’être que vous étiez, mais l’orientation que vous prenez dépend
entièrement de l’individu que vous souhaitez devenir.”

Le dimanche donc, je me suis présentée sur le pont Jacques Cartier. Oui le pont, saviez-vous qu’une de
mes grandes peurs, c’est la phobie des hauteurs? Et j’étais là debout sur le pont Jacques Cartier, un long et
haut pont. J’y étais et je n’avais pas peur. J’ai souris en me disant : Elvire : 1, Peur : 0, la voilà ma première
victoire!!! Me voilà donc sur le pont, Prête, heureuse et en pleine conscience que je devais me ménager
pendant la course et surtout ne pas faire de folie de performance. Mon but serait de finir, d’aller au bout,
après on regardera le temps. Je suis une personne compétitive et une gagnante, le temps était important
pour moi avant mon malaise.

7- Immigrer c’est comme un marathon, vous êtes seule avec vous-mêmes bien que le processus
regroupe plus de 25000 personnes;
”Chaque fois que vous choisissez la solution de facilité et non celle qu’il faut, vous façonnez votre
identité et devenez le type de personne qui opte pour ce qui est facile.”

Lorsque mon ami m’a fait son dernier câlin de bonne chance et est parti, je me suis sentie seule, très seule
face à ma vie. Et j’ai alors compris cette chose essentielle : Pourquoi je courrais?
Une première réponse a surgit dans mon esprit; ”Vas chercher Elvire! Vas récupérer la petite fille enjouée,
souriante, pleine de vie que sa maman appelait affectueusement ” Mon châton”, surnom que ma tante
Odette, la sœur de ma maman avait trouvé pour moi parce que j’étais très affectueuse, colleuse, douce et
ricaneuse. Vas retrouver Elvire, la jeune fille brillante, major de sa promotion au collège et au lycée. Vas-y
et ramène Elvire la jeune femme dynamique, maman de trois merveilleux enfants, amoureuse de la
danse et de la vie, artiste entrepreneure, créative, pleine de rêves… Vas la chercher et lui redonner sa
saveur car ça fait malheureusement un sacré bout de temps qu’elle ne goutte plus rien; elle s’est affadie
(…)
Pourquoi j’IMMIGRE, pourquoi je COURS ce demi-marathon? Voilà la question et la réflexion dont
nous ne devons jamais oublier l’essence. Surtout quand rien ne va comme on l’a planifié. Surtout quand
tout devient difficile, tout à l’air impossible.(…)
Pourquoi je courais?
Ce n’étais aucunement pour attirer l’attention des autres ou écraser les autres comme le pensait mon amie,
non, si j’avais une attention à attirer ça allait être la mienne à mon propre égard.

Ce n’était aucunement pour manifester de la haine ou un quelconque ressentiment à l’endroit de mon ex-
mari ou de sa famille non j’ai choisi de ”remplacer mes jugements par de l’empathie, préférer l’empathie
aux plaintes permanentes et surtout échanger la peur contre l’Amour.” Et mieux ”ne pas laisser les
émotions dicter mes actes mais laisser mes engagements le faire, telle une personne brillante.”

Pourquoi je courais enfin?
C’était pour franchir la ligne d’arrivée…pour dire exactement comme Hal Herold l’auteur du Miracle
Morning, le best seller ”Tout se passe avant 8 heures et je cite :”de l’autre côté de cette ligne d’arrivée
se trouvait la LIBERTÉ, du genre de celle dont on ne peut vous priver. Libérée des limites que je
m’imposais jusqu’à ce jour. j’ai livré tout au long une lutte contre mes peurs, mes doutes et les
limites que je m’imposais. Alors j’ai pris conscience que la liberté n’était pas réservée à quelques
élus mais accessible à tous à condition de relever des défis situés en dehors de ma zone de confort,
en me forçant à évoluer, à accroître ma capacité à être et à faire plus que ce que j’ai accompli par le
passé. La voilà ma vraie LIBERTÉ!”

La voilà ma vraie liberté!

Et cette liberté je vais la conserver précieusement, tel un privilège et l’entretenir tout en cheminant vers le
plein accomplissement de la femme issues de l’immigration et notée 10 que je SUIS.

Et comme dit la citation : ”Plus un changement est important pour votre progression, plus vous
ressentirez de la résistance.”

Immigrer, mais ne négligez pas tout l’entraînement à ce marathon car c’en est un véritable! Votre liberté
en dépend!

C’est tellement vrai! Rendez-vous en 2018 pour le Marathon , le 42 km.

Elvire B. Toffa
L’Amazone
www.casafriq.com

Elvire

Originaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire, Elvire a débarqué au Québec il y a 10 ans par les voies de l’amour et du parrainage (regroupement familial). Cette immigrante d’Afrique de l’ouest s’est mariée à un Québécois de souche et habite maintenant avec lui et leurs enfants dans la ville de Trois-Rivières.

Femme d’action, elle nous parle de parrainage, de l’Afrique au Québec et aussi d’entreprenariat.

http://www.immigrer.com

Commentaires sur “Immigrer, c’est comme courir un marathon

  1. Bonjour, merci beaucoup d’avoir pris le temps de raconter votre histoire ! Je dois vous avouer avoir pleuré en la lisant car je comprends votre motivation et pourquoi vous avez eu besoin de vous prouver à vous-même que vous pouviez le faire. Merci beaucoup pour cet échange !
    J’ai hâte d’immigrer au Canada et pouvoir changer de vie.

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