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Dernier bilan Déjà, lors de…

Dernier bilan

Déjà, lors de la rédaction de ma dernière chronique, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir vous raconter. J’avais donc décidé sur un coup de tête de vous faire profiter de quelques lieux communs, avant d’enchaîner la suite ma foi assez naturellement, mais au prix de quelques contorsions mentales visant à me rafraîchir un peu la mémoire sur des évènements que je jugeais dignes d’être racontés.

Aujourd’hui, je me rends compte bêtement que je me retrouve encore devant le même problème. Mais comment diable se fait-il qu’après à peine 1 an et demi, une nouvelle arrivante comme moi ne trouve déjà plus rien à raconter sur son pays d’accueil ? Est-ce que je serais déjà blasée ? Est-ce que par hasard, je considèrerais que ce qui m’entoure n’est déjà plus digne d’intérêt ?
Je rejette d’emblée ces considérations. Non, je ne suis pas blasée. Chaque fois que je regarde autour de moi, je ressens toujours cet émerveillement du premier jour par rapport aux paysages qui m’entourent et aux gens que je côtoie. Qu’est-ce que ça peut bien être alors ?

Finalement, je repense à une conversation que j’ai eue récemment avec mon ami Fabrice, « l’autre français de Ferme-Neuve » (celui qui, vu son drôle d’accent, ne peut être que le chum de la fille, tu sais, celle qui vit toute seule dans l’ancienne maison de Michel Corbeil, mais si ! Tu sais, celle qui bosse aux Amis de la Montagne et qui a des chevaux. Ben évidemment, puisque ça fait plusieurs fois que je vois sa voiture garée devant chez elle. Pis des fois, il repart vachement tard) Bref. Lui là.
Donc, avec mon pote Fabrice, celui qui se gare souvent chez moi parce qu’il a la flemme de faire à pieds les 500 mètres qui séparent nos deux maisons et qui repart tard parce qu’on a matté du Viet Vo Dao à la TV toute la soirée ou qu’on a refait le monde devant un café, on se disait que finalement’ Et ben ça avait été facile. Très facile. Trop facile peut-être ???

Lui, il a trouvé du boulot tout de suite (en région, évidemment, parce qu’à Montréal, il y aurait eu plus d’offres, mais aussi plus de postulants’). Il a réussi à se payer une voiture, à s’acheter une canne à pêche, un kayak et une paire de ski de fond. Il a réussi à se faire une bonne gagne d’amis et à se trouver un idyllique colocataire québécois. Et finalement, dès qu’il aura trouvé le moyen de monter son propre club de Viet, il aura enfin réuni tous les ingrédients qui suffisent à son bonheur.

Quant à moi, pour le moment, je n’ai pas eu la partie beaucoup plus difficile. Malgré quelques petits coups de blues passagers, malgré l’épée de Damoclès toujours suspendue au dessus de mon compte en banque, et malgré mon Kia Sportage qui mériterait à peine de trôner dans une casse auto, on peut dire que je m’en sors particulièrement bien.
Je vis dans un décor de cinéma, j’ai été adoptée par tout le village (à moins que les ragots méchants ne me soient pas encore parvenus aux oreilles), j’ai une vie trépidante qui me laisse à peine le temps de souffler, j’ai un travail qui me passionne (pour lequel finalement je n’ai pas eu à beaucoup chercher), j’ai un centre équestre à moi toute seule, j’ai une famille et des amis supers qui se relaient à tour de rôle pour venir me voir, et j’ai moi aussi toute une gagne de potes locaux.

Bref, Fabrice et moi, on se regarde, ahuris, ébahis, et on se dit qu’on ne comprend toujours pas pourquoi ils sont encore des millions à se marcher sur les pieds dans le métro parisien.

On sait bien sûr que le processus d’immigration n’est pas aussi facile pour tout le monde, qu’il y a sans doute bien des malchanceux, des attentistes, des incompris, des « maudits », des frustrés, des nostalgiques, des introvertis, des idéalistes, des gens qui se cherchent et qui n’ont pas encore réussis à se trouver, ou des éternels mécontents, mais’ Pour nous, ça n’a pas été le cas.

Tout ceci, me direz-vous, n’explique pas pourquoi je n’ai toujours rien à raconter dans mes chroniques. Et bien je crois que j’ai finalement trouvé les réponses à cette question.

D’abord, je n’ai pas le temps de réfléchir à des sujets « profonds ». Je ne suis jamais chez moi, virevoltant toujours à droite ou à gauche. Je ne regarde pas la télé, je ne peux donc pas commenter l’actualité. Je n’ai pas fait d’études philosophiques, économiques ou sociologiques, et je ne peux donc disserter qu’avec difficultés sur ce genre de sujet. Je ne m’appelle pas non plus Balzac, et mes descriptions se limiteront toujours à quelques mots, toujours les mêmes, ressassés inlassablement jusqu’à ce que vous en soyez tannés. Je n’habite pas une grande ville, et je peux donc difficilement vous embarquer dans un tour d’horizon sur plusieurs mois. Je participe activement à la vie culturelle de ma région, certes, mais de là à la commenter’ Et puis mes loisirs sont plutôt rares, et je ne me vois pas vraiment vous raconter mes quelques sorties en kayak ou en raquettes, le barbecue chez le voisin ou ma dernière sortie ciné – Tim Horton’s’
Car finalement, comment peut-on parler inlassablement de ce qui nous parait maintenant naturel ? Car même au bout de seulement un an et demi, et sans fausse modestie, je crois que j’ai déjà réussi à me fondre dans le paysage et à faire mon trou. Bref, j’ai l’impression de m’être déjà bien intégrée.

Bien sûr, dans la vie, rien n’est immuable, et rien n’est jamais acquis. Il faut toujours se battre pour garder ce que l’ont a réussi à construire, et il faut toujours poursuivre sa propre quête du bonheur. Car le rêveur est ainsi fait. Lorsqu’il a atteint les objectifs qu’il s’était fixé, il ne s’en contente déjà plus, portant son regard vers des cieux encore plus lointains, encore plus inaccessibles. Et il s’attaque à la réalisation de ces nouveaux projets.

Pour le moment, je me situe dans une brève et bienheureuse période transitoire : celle qui se situe entre un rêve réalisé, et un autre à venir. D’ailleurs, c’est ça ma définition du bonheur. C’est précisément cette période fugace et fragile pendant laquelle on est fier de ce qu’on a déjà accompli, mais qu’on sait que tout reste encore à faire.

Alors voilà, je pourrai vous parler encore et encore de mes chevaux, de mes promenades dans la montagne du Diable, du déneigement de mon toit, de mon boulot, du ciel rose qui se reflète dans le lac à côté de chez moi et qui sublime les collines aux alentours. Mais je sens que je me répète, et je ne veux pas finir par vous lasser.

C’est pourquoi, vous l’aurez deviné sans doute, ceci sera ma dernière chronique. Je vais laisser ma place à un nouvel immigrant, qui saura vous faire vibrer par le récit de ses premières impressions, de ses premières réactions, de ses premières joies et de ses premières peines. Ou bien peut-être choisira t-on pour me remplacer quelqu’un qui vit ici depuis longtemps et qui saura apporter une réflexion un peu plus approfondie sur notre nouveau pays d’accueil.

Rassurez-vous cependant (ou plaignez-vous !), je ne vous laisserai pas complètement tomber. Les gentils commentaires que vous avez apportés suite à mes chroniques me sont toujours allés droit au coeur, et c’est ainsi que j’ai pu constater, souvent avec surprise, que vous attachiez de l’importance à mes récits.
Libérée de la pression d’avoir à produire un écrit à intervalle régulier, je reviendrai donc de temps en temps pour vous faire un petit bilan de ma situation, pour vous faire vivre une prochaine partie de pêche, pour vous relater quelque rencontre inédite, un prochain retour en France, ou pour vous raconter comment je vais réussir à acheter ma ferme et à y installer mon premier bison’ Et puis je vais revenir de temps en temps, simplement pour vous empêcher d’oublier que la vie est belle dans les Hautes-Laurentides !

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