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Voir le monde et revenir

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Après l’été indien, voilà que cette année on a inventé la mousson québécoise pour remplacer l’été.

Assez d’amertume et pour ce premier papier de la saison, permettez-moi de vous parler de mon île. En fait, c’est un petit bout qui vient nous visiter au Québec : une soixantaine de jeunes néo-calédoniens sont arrivés début août pour suivre une formation collégiale dans plusieurs cégeps un peu partout au Québec.

Ils font partie d’un programme appelé Cadres Avenir visant à envoyer des jeunes sélectionnés sur dossier se former à l’extérieur de l’île. Cela fait partie d’une politique, aux visées encore plus large, dit de « rééquilibrage des compétences » en Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire d’atténuer les disparités socio-économiques par l’éducation. En gros, c’est ça. Un peu à l’image de ce que le Québec a fait avec sa jeunesse dans les années soixante en l’envoyant se former un peu partout dans le monde (car il y avait un système d’éducation tout neuf à faire fonctionner).

Ainsi, après les universités et écoles en France (la Mère Patrie étant toujours la destination « naturelle » en tant que métropole pour ses territoires outre-mer) et les universités australiennes et néo-zélandaises (proximité oblige), voilà que le Gouvernement néo-calédonien envoie des cohortes au Québec. Autant dire qu’on les envoie à l’autre bout de l’univers, tant en termes de distance, de climat et de culture.

Je vais être franc avec toi, ami lecteur : je ne connais pas tous les tenants et aboutissements du pourquoi du comment que de jeunes néo-calédoniens se retrouvent dans des cégeps québécois. Parce qu’à première vue, ça paraît assez insolite de les envoyer ici vu la distance. Et ce n’est pas dévaloriser l’excellente qualité des formations collégiales offertes ici que de se poser la question. Enfin bref, passons : ce n’est pas ça le plus important ici.

Ce que je trouve très intéressant, là maintenant tout de suite, c’est comment ces jeunes – arrivés début août, depuis l’autre côté de l’univers je le rappelle – vont vivre leur adaptation. Imaginez : tu as toujours vécu dans l’océan pacifique et tu te retrouves à des milliers de kilomètres dans un endroit avec lequel, à part la langue, tu ne partages pas grand-chose en commun et ça, pendant trois ans. Et quand j’écris pendant trois ans, je veux dire par là qu’ils ne rentreront pas en vacances en Nouvelle-Calédonie pendant l’été ou les fêtes de fin d’année. C’est trois ans non stop chez les québécois.

Et je dis tant mieux !

Parce qu’on aborde différemment un séjour à l’étranger selon qu’on ait la possibilité ou non de rentrer à la maison régulièrement. Quand ça prend 24 heures d’avion à trois mille dollars le billet pour rentrer à la maison, tu réfléchis comme il faut à ton affaire. Se dire qu’on est là pour les trois prochaines années sans voir sa famille, ses amis et son île c’est nécessairement redéfinir le rapport qu’on va créer avec son nouvel environnement. Tous vont avoir des résistances au début – et c’est normal – mais avec le temps, j’espère que plusieurs d’entre eux vont finir par tisser des relations avec des québécois. De l’autre côté, personne ne les a forcés à venir ici. En outre, chacun savait qu’il n’y aurait pas de retour au pays avant le terme de ses études. Ceci dit, comment VRAIMENT savoir ce qui nous attend avant d’arriver ici ? Comme immigrants, nous le savons que trop bien : la plus préparée des préparations ne remplacera jamais l’expérience de vivre ici au quotidien.

Et surtout, ils vont connaître autre chose. Et ça, c’est très important. Il faut ne pas être né ni avoir vécu dans une île pour se demander qu’est-ce qui peut bien pousser des gens à quitter des paradis de sable blanc, d’eau turquoise et de cocotiers. Surtout si c’est pour aller s’enfermer dans la grisaille parisienne ou la froideur de l’hiver québécois (il y a du vécu personnel là-dedans) ! Là où je veux en venir, c’est que pour plusieurs de ces jeunes, ça sera probablement la seule fois dans leur vie qu’ils connaîtront autre chose que la culture océanienne. Et j’inclus les voyages à Surfers Paradise là-dedans (c’est en Australie) qui est aux calédoniens ce que la Floride est aux québécois. Donc, côté dépaysement, on repassera.

Et ça, je le répète, je trouve ça très important. Parce qu’une île, c’est physiquement entouré d’eau. Y’a comme une idée d’enfermement. Et avec le temps, si tu ne fais pas attention, ça finit par te rentrer mentalement dans la tête : en clair, tu te fermes l’esprit. Et sans t’en rendre compte, tu t’y fais à cette vie-là, au point de l’aimer. Pas dans le sens où tu es très satisfait de ce que tu as mais plutôt dans le sens que tu finis par trouver tout un tas de raisons pour ne pas en sortir de ton île. Le reste du monde (à part Surfers Paradise bien sûr) ? Trop loin. Trop cher. Trop froid. Après, c’est humain : si l’extérieur devient trop compliqué, tu t’arranges pour aimer ton intérieur, histoire de rendre tout ça supportable. Je vous laisse imaginer les dégâts sur toute une jeunesse. Une génération d’handicapés aux idées nouvelles. J’en ai parlé avec une amie québécoise et elle m’a dit que c’est à peu près la même chose qui se passe quand tu habites dans le 450 (mais ceci est une toute autre histoire).

Alors « mes » jeunes néo-calédoniens qui sont arrivés au Québec, je suis vraiment content pour eux, vraiment content pour la Calédonie. Ils ne vont sûrement pas trouver drôle leur premier hiver et ils auront certainement la sensation de toucher le fond du baril quand Noël va arriver, très loin de la famille à – 20°C. À plusieurs égards, ils feront alors face à eux-mêmes et certains y puiseront de nouvelles motivations. À cet instant précis, ils ne se définiront plus seulement comme le fils de, le cousin de, la sœur de ou l’amie de. Mais aussi et surtout pour qui ils sont pour eux d’abord. Et ils ramèneront tout cela avec eux dans trois ans. Dans le papier que leur donnera le Cégep, il y aura plus qu’un diplôme, ça c’est certain.

Et ils vont aussi découvrir une autre francophonie que celle qu’ils ont toujours connu sous la république française. Rien que pour cela, ça vaut la peine de toucher le fond du baril (bon, c’est une façon de parler). Peut-être que certains, tout comme moi, constaterons avec amusement qu’il y a finalement beaucoup plus de similitudes que de différences entre la société québécoise et la société néo-calédonienne. Un petit coin de pays, entouré de voisins anglophones, partageant un lien particulier avec la France, le tout traversé par une délicate question d’indépendance.

Il y a voir Venise et mourir. Moi, j’ai envie de dire à ces jeunes qu’ils verront le monde avant de revenir à la maison. Est-ce exagéré de dire qu’ils verront le monde alors qu’il s’agit d’un séjour de trois ans au même endroit ? Peut-être. Certainement, même. Mais je reste persuadé que lorsque tu viens d’une île, à partir du moment où tu peux en sortir pour aller n’importe où ailleurs – exception faite de Surfers Paradise, n’oubliez pas – c’est voir le monde. Parce que c’est d’une évidence telle que ça frise l’absurdité mais il faut se rappeler que pour rentrer ou sortir sur une île, c’est généralement soit le bateau soit l’avion. En partant, ça limite pas mal les échanges. Surtout quand tu es dans le Pacifique Sud, loin des principales routes commerciales. En France, j’avais Barcelone ou Milan à portée de main en prenant le train. Ici au Québec, je monte dans ma voiture et quelques heures plus tard, je suis à Boston. Pas d’auto ? Pas grave, il y a le bus.

D’ailleurs, qui peut réellement prétendre avoir vu le monde ? Il y a voir le Québec pendant quelques jours lors d’un tour du monde et voir le Québec en y résidant pendant quelques mois, quelques années, parfois tout le reste de sa vie.

La façon dont j’en parle, vivre en Nouvelle-Calédonie, ça semble être l’enfer. On aura compris que ce n’est pas vrai, bien entendu. En fait, si c’est vrai, c’est la stricte vérité, si si. (En espérant que vous me croirez car moins il y aura de gens qui viendront s’y installer, mieux ça sera pour l’île). De toute façon, si vous lisez cette chronique, c’est probablement parce que vous êtes plus intéressés à immigrer au Québec qu’immigrer en Nouvelle-Calédonie !

Vous aurez compris que je suis un chaud partisan de tout programme ou projet dans une société offrant l’opportunité à ses membres – et en particulier à ses jeunes – de découvrir le monde. Ça devrait même être obligatoire comme le service militaire en France à l’époque : l’État donne deux mille dollars à chacun avec obligation de faire un séjour à l’étranger avant l’entrée définitive sur le marché du travail, par exemple. Question de s’aérer les neurones pour éviter qu’elles se sclérosent.

Pour le réseau collégial, sans parler de l’opportunité du siècle – on ne parle ici que de quelques dizaines d’étudiants sur un effectif total de plusieurs dizaines de milliers – on a quand même flairé la bonne affaire : assez en tout cas pour envoyer quelqu’un sur place à temps plein, en Nouvelle-Calédonie, pour assurer la liaison entre le programme Cadres Avenir et les cégeps.

Alors voilà, j’avais envie d’ouvrir cette nouvelle saison avec ces jeunes néo-calédoniens qui sont au Québec. Ils ne le savent pas encore mais ils changeront l’avenir de la Nouvelle-Calédonie dans quelques années. Et ça, après avoir côtoyé cet autre petit bout de pays appelé le Québec à l’autre bout de l’univers. Pour moi, c’est sûr qu’ils font partie de ce nouveau monde qui donne envie d’y revenir !

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