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Technologies : Ottawa veut attirer davantage de travailleurs francophones hors Québec

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Alors que l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les données et les logiciels transforment l’économie mondiale, Ottawa veut mieux positionner les communautés francophones hors Québec dans cette nouvelle course aux talents. Le gouvernement fédéral mise notamment sur l’immigration pour attirer davantage de travailleurs francophones et bilingues dans le secteur des technologies de l’information et des communications.

L’objectif est double : répondre aux besoins croissants du marché du travail numérique, mais aussi renforcer le poids démographique des francophones en situation minoritaire au Canada.

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Un secteur stratégique pour l’économie de demain

Le secteur technologique est devenu l’un des moteurs les plus importants de l’économie canadienne. Intelligence artificielle, innovation, cybersécurité, recherche, éthique numérique, développement logiciel : les besoins se multiplient dans des domaines où les compétences spécialisées sont très recherchées.

« Le monde de la technologie, c’est vraiment le futur de l’économie », souligne Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa.

Même si plusieurs universités canadiennes offrent désormais des programmes liés à ces nouvelles technologies, le bassin local demeure limité. Ottawa regarde donc aussi à l’étranger pour repérer des travailleurs capables de soutenir la croissance du secteur, tout en contribuant à la vitalité des communautés francophones hors Québec.

IRCC cible les talents francophones et bilingues

Dans le cadre du Programme d’appui à l’immigration francophone, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a annoncé, le 20 mars, une série de projets visant à renforcer la présence francophone dans les technologies de l’information et des communications.

Parmi ces initiatives, le Conseil des technologies de l’information et des communications mène un projet de cartographie mondiale des talents francophones et bilingues dans le secteur numérique.

L’idée est d’identifier, à l’échelle internationale, les bassins de travailleurs possédant à la fois des compétences technologiques et une capacité à évoluer en français ou dans un environnement bilingue.

Kathleen Slemon, analyste en recherche et politiques au CTIC, explique que le projet vise notamment à analyser les marchés du travail francophones et bilingues, puis à faire correspondre les professions repérées avec la classification professionnelle canadienne.

Les profils recherchés sont variés : ingénieurs, concepteurs de logiciels, scientifiques de données, gestionnaires de systèmes informatiques, spécialistes en cybersécurité ou encore professionnels capables d’intervenir dans les secteurs de la santé, des services publics ou des entreprises privées.

Afrique francophone, Europe, Maghreb et Amérique latine

Plusieurs régions du monde retiennent l’attention. Le Cameroun fait partie des pays étudiés dans le cadre du projet, mais d’autres bassins apparaissent également prometteurs : Sénégal, Maroc, Côte d’Ivoire, Tunisie ou encore France.

Ces pays disposent souvent d’une main-d’œuvre jeune, qualifiée et francophone dans le domaine du numérique. Pour Kimberly Jean Pharuns, directrice générale de l’Observatoire en immigration francophone au Canada, ces bassins ont parfois été sous-estimés dans le passé.

Selon elle, diversifier les sources de recrutement permettrait non seulement de répondre à des besoins économiques, mais aussi d’enrichir la francophonie canadienne.

Luisa Veronis évoque également le potentiel de l’Amérique latine, notamment chez les personnes dites « francotropes », c’est-à-dire issues de langues romanes proches du français, comme l’espagnol ou l’italien. Ces personnes peuvent avoir une facilité particulière à apprendre le français ou à s’intégrer dans des environnements francophones.

Attirer les talents, mais pour quels emplois ?

La stratégie fédérale soulève toutefois une question importante : les emplois offerts seront-ils réellement francophones ou bilingues ?

Dans les technologies, l’anglais demeure largement dominant. Toronto, Kitchener et Waterloo forment déjà un important pôle technologique canadien, mais ce milieu fonctionne principalement en anglais. Les sièges ou bureaux canadiens de grandes entreprises comme Google ou Amazon s’inscrivent eux aussi dans cet écosystème très anglophone.

Pour les travailleurs francophones, cela peut créer un décalage entre les attentes et la réalité. Certains postes affichés comme bilingues peuvent en pratique être majoritairement anglophones, avec seulement une petite portion du travail réalisée en français.

Luisa Veronis rapporte que plusieurs personnes occupant des postes dits bilingues découvrent que 95 % de leurs tâches se déroulent en anglais, tandis que le français est réservé à quelques clients ou dossiers spécifiques. Cela peut entraîner un sentiment d’isolement, surtout si la personne est la seule francophone de son équipe.

Le défi de l’intégration

Au-delà du recrutement, les spécialistes insistent sur un autre enjeu : l’intégration réelle des travailleurs et de leur famille.

Attirer des talents ne suffit pas. Il faut aussi s’assurer que ces personnes puissent faire reconnaître leur expérience, accéder à des emplois correspondant à leurs compétences, s’intégrer dans leur milieu professionnel et participer à la vie des communautés francophones locales.

Dans le secteur technologique, la reconnaissance des compétences peut parfois être plus souple que dans d’autres professions réglementées. L’expérience pratique, les portfolios, les projets réalisés et les compétences techniques peuvent compter davantage que les diplômes.

Mais cela ne règle pas tout. Le niveau d’anglais exigé, la culture de travail, la compréhension du marché canadien, les réseaux professionnels et l’accès à des communautés francophones dynamiques restent des facteurs déterminants.

Pour Kimberly Jean Pharuns, il faut éviter de réduire l’immigration à une simple réponse aux besoins de main-d’œuvre. L’immigration économique doit aussi être pensée comme un projet d’établissement durable.

Une occasion pour les communautés francophones hors Québec

Pour Ottawa, cette stratégie s’inscrit dans un objectif plus large : renforcer la présence francophone hors Québec et contribuer au rétablissement du poids démographique des francophones en contexte minoritaire.

Les travailleurs du numérique pourraient jouer un rôle important dans cette dynamique. Ils peuvent répondre à des besoins économiques, mais aussi contribuer à la vie communautaire, scolaire, culturelle et associative des communautés francophones.

Encore faut-il que les emplois proposés, les services d’accueil et les milieux de vie soient réellement capables de soutenir cette ambition.

Car derrière les chiffres de l’immigration et les besoins du marché du travail, une question demeure : le Canada veut-il seulement attirer des travailleurs francophones dans les technologies, ou veut-il réellement leur offrir les conditions pour vivre, travailler et s’épanouir en français hors Québec ?

Un pari prometteur, mais exigeant

L’initiative d’Ottawa arrive à un moment où le Canada cherche à combiner deux priorités : répondre aux besoins du secteur numérique et soutenir l’immigration francophone hors Québec.

Le potentiel est réel. Les bassins de talents francophones et bilingues existent, notamment en Afrique, en Europe, au Maghreb et en Amérique latine. Les besoins technologiques sont importants. Les communautés francophones hors Québec ont elles aussi besoin de nouveaux arrivants pour maintenir leur vitalité.

Mais le succès de cette stratégie dépendra de sa mise en œuvre. Il ne suffira pas d’identifier des talents à l’étranger. Il faudra aussi leur offrir des parcours clairs, des emplois cohérents avec leurs compétences, des environnements de travail véritablement inclusifs et des communautés capables de les accueillir durablement.

Dans le secteur des technologies, l’avenir se joue autant sur les compétences que sur la capacité à bâtir des milieux où le français a une vraie place.

source : Francopresse.ca

Écrit par
Laurent Gigon

Cofondateur du site Immigrer.com

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