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Priorités dans la vie Syndrome…

Priorités dans la vie

Syndrome de la feuille blanche …. même sur un ordi …. Si si ça existe ! Tous les chroniqueurs vous le diront ! Hier encore, j’avais une foule de choses à partager avec vous, immigrants potentiels, immigrants futurs, et ceux d’entre vous qui sont déjà sur la terre promise. Mais hier, j’ai appris qu’une Amie au Québec est en train de perdre son 2e bébé cette année …. après 5 mois de grossesse sans aucune complication, le petit cœur s’est arrêté de battre. Qu’est-ce qui compte encore pour une jeune femme qui fait une première fausse-couche à deux mois, puis la même année, perd un deuxième bébé mais au 6e mois ? Une jeune femme exemplaire sur tous les plans, gentille, humble, pleine de vie et en bonne santé, sportive mais pas trop, ouverte, ne fume pas, enfin elle a tout pour pouvoir s’attendre à une grossesse normale et un beau bébé. Et puis pan ! Du coup, mon inspiration est partie, mes aventures et mon quotidien, mon vécu yukonnais, tout me semble si banal tout d’un coup. Même le fait que mon chum va arriver mardi matin avant l’aube (ouais, facile dans un coin du monde où le jour se lève officiellement à 10 h 00) ne me donne plus cette joie exubérante …. Je me sens désemparée devant une telle situation. Et je sais très bien que je ne pourrais rien y faire même si j’étais en Estrie en ce moment.

Et tout doucement s’insinue en moi la pensée, ce souci que nous tous, nous les immigrants, avons un jour ou l’autre, certains constamment : oui, on est loin de nos familles, de nos amis restés dans le pays que nous avons quittés ou allons quitter. Et quoi s’ils tombent gravement malade, s’ils leur arrive un grand malheur, s’ils ont besoin que nous fassions partie de ceux qui leur tendent la main, l’oreille, les bras ? Je me pose la question que s’il arrivait quelque chose à mon mari qui est en voyage entre Montréal et Whitehorse depuis ce matin pour 96 heures en autobus, est-ce que je resterais ici au Yukon ? Et si non, où est-ce que j’irais et pourquoi ? Et si je choisissais de rester au Yukon, est-ce que je pourrais survivre en dehors de la ville seule avec deux enfants ? C’est quoi en fait, MA priorité dans la vie à MOI ? Si nous en tant que couple avons décidé de venir vivre dans cet éloignement du fracas du monde, si VOUS avez choisi de quitter votre pays pour un nouveau livre de vie dans un autre environnement, un autre climat, en sortant de votre cocon familial et social, est-ce que vous avez une recette miracle pour le jour où Papa ou Maman ou un frère, une sœur, un ami très proche, aurait en fait besoin de vous, et soyons honnêtes, parfois c’est NOUS qui avons besoin d’être auprès de ceux qui sont en détresse parce que nous sommes désemparés et que nous pensons faire quelque chose en étant à leurs côtés.

Depuis que je suis partie du Québec, un Ami tout juste trop jeune pour la préretraite s’est retrouvé du jour au lendemain dans un fauteuil roulant pour une histoire de virus dans la colonne vertébrale. Il va mieux, mais il ne pourra probablement plus jamais marcher avec ses deux jambes ou s’asseoir sans support autour de lui. Oubliez qu’il puisse conduire. Et en plus, son employeur ne semble pas vouloir le garder (il pourrait pour beaucoup travailler à domicile grâce au laptop & internet), et il est extrêmement incertain qu’il puisse toucher du chômage (ou quelque soit le terme dans son cas) pour subsister avec cette invalidité. Il est possible qu’ils soient obligés de vendre leur maison pour aller dans plus petit, plus proche des services dont il a besoin maintenant.
Une Amie qui ne retrouve pas sa place après son congé de maternité et qui ne sait pas encore quand elle va retravailler et où, et son chum risque de se retrouver au chômage pour cause de restructuration de sa boîte.
Puis aujourd’hui ma copine …. arrêt cardiaque d’un bébé ardemment désiré et tellement bienvenu.
Je trouve que c’est assez en trois mois. Une chance que les choses aillent bien pour moi et les miens pour l’instant.

Je sais qu’on ne peut pas porter les chagrins, misères, malheurs des autres, et qu’on en a bien assez de nos vies à nous, avec tout le bénévolat que l’on peut y inclure pour essayer de mettre un petit rayon de soleil dans les autres qui vivent autour de nous, famille ou pas.

On en a parlé maintes fois sur ce forum. Mais le jour où Papa ou Maman qui sont géographiquement si loin de nous, aura besoin de notre présence physique pour un temps plus ou moins limité et long, qu’est-ce qu’on va faire ? On ne le sait pas aujourd’hui parce que ce genre de question ne trouve sa réponse qu’en situation vécue au moment où elle se présente à nous.

Ce que je peux dire et affirmer, c’est que j’aime mes Parents et mes frères très fort, et que la distance n’a rien à voir avec l’intensité ou la qualité du ou des sentiments envers les êtres qui nous sont chers. J’affirme que je souffre avec Lionel et Jeannine pour ce qui leur est arrivé avec ce virus. J’affirme que je m’inquiète pour mon Amie qui en en fin de congé de maternité et en sait pas de façon certaine comment ils vont pouvoir faire face avec leurs 3 enfants si jamais lui se retrouvait au chômage. Et j’ai une peine sourde et profonde pour Stéphanie qui a dû accepter avec son mari que ce bébé non plus ne sera jamais dans leurs bras mais qu’il faudra lui donner un nom et l’enterrer quand même. J’affirme que malgré la distance, je me sens très proche des personnes qui ont peuplé ma vie chacun à sa façon.

L’autre jour, avant de partir du Québec, une Amie vivant à seulement 60 km n’a pas voulu que je vienne la voir pour parler de la séparation qu’elle vivait depuis plus d’un an. Un an auparavant elle m’avait demandé de lui laisser du temps, qu’elle avait besoin d’être seule. Et au bout de ces douze mois, elle m’a reprochée de ne pas être venue la voir, l’écouter, lui parler, partager sa peine. Non, ce n’est pas la distance kilométrique qui change les vrais sentiments. Mon Amie Angelika a toujours habité au loin – au mieux on était à 500 km. Et ça fait presque 25 ans que nous sommes Amies (d’ailleurs, je suis moins loin d’elle ici au Yukon par rapport au Québec puisqu’elle habite à Vancouver héhé) – et rien n’a changé pendant tout ce temps-là.

Oui, nos Parents vont avoir besoin d’aide. Mais si on habitait à 200 km, on ne pourrait pas non plus laisser nos jobs et nos vies pour y aller. Au moins ici au Canada, on vit dans un pays où justement la famille et la vie de famille comptent, et si nous avons besoin de congés, nous pourrons les avoir d’une manière ou d’une autre.
Dans mon cas au moins, nous avons jusqu’ici vécu de tellement belles choses avec eux PARCE QUE je suis partie au loin, et pour certains je ne suis « intéressante » que parce que je suis au loin, alors devant l’annonce que le fils d’un collègue de mon mari s’est pendu quelques jours avant de se marier, je confirme, persiste et signe : nous avons choisi de vivre ici, et nous devrons assumer les conséquences, et nous les assumerons, une à une, à mesure qu’elles arrivent. Vingt-quatre heures à la fois. Pour mon Amie Stéphanie, je vais prendre du temps pour lui écrire une vraie lettre sur du papier avec un stylo plume et envoyée de façon médiévale par les services de Postes Canada avec un vrai timbre poste. Et j’ai accroché une petite carte avec un petit mot au sapin aux mille bougies en bas de mon bâtiment où l’Hospice de Whitehorse fait une campagne d’accompagnement aux personnes en détresse pour cause de perte d’un être cher. Mais le plus important pour moi aujourd’hui c’est que je suis toute proche de Stéphanie dans mon cœur, et dans mon cœur, il n’y a pas de carte géographique ou des routes ou des distances, juste de l’Amour.

Je vous souhaite à tous un Noël tout plein d’AMOUR !!!

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