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Le Bilan « Non mais quelle…

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Le Bilan

« Non mais quelle idée, est-ce qu’on fait un bilan à la fin de l’hiver, quand tout le monde est déprimé ! », a dit Mr. JayJay. J’insiste. À plus tard mes sujets sur le multiculturalisme, les Américains, Jean Coutu, la littérature. Je suis due pour faire le ménage dans ma tête.

Quand la routine s’installe chez le nouvel arrivant, expatrié, ex-expatrié, attention. Pendant des mois, vos forces ont été mobilisées par ce projet grandiose. Entre la paperasse, la prospection d’emploi et les préparatifs du grand déménagement, votre vie entière se focalise sur ce rêve.

Mais un jour, le rêve devient réalité. Dites-vous que le matin où vous annoncerez à votre chéri : « N’oublie pas d’acheter du lait en revenant du boulot », vous y serez sans doute. Ce sera probablement un mois de mars alors que vous êtes en manque de lumière, lorsque secrètement, vous vous murmurerez intérieurement : « Non mais, jamais il ne finit, cet hiver ?!?! ». Peut-être que c’est en voyant la pile de factures s’accumuler sur la console de l’entrée. Peut-être que c’est en vous rendant compte qu’il faut un doctorat en droit fiscal pour remplir votre déclaration d’impôts canadienne. Peut-être que c’est en apprenant que, même expatrié à 6000 kilomètres de chez vous, il faut continuer à faire les courses, le ménage, la lessive, et que vous n’avez plus trop le temps pour les courses de traîneaux à chiens dans la Baie d’Ungava.

En recherche vague d’emploi depuis presque un an, nous avons accueilli avec ravissement la routine à laquelle nous aspirions tant, lorsque Mr. JayJay est enfin entré dans le monde du marché du travail canadien en janvier dernier. Vite, il nous fallait soudainement trouver des garderies.

Il faut que je vous explique d’abord que cette expérience, en France, ne fut pas l’une de mes plus belles, loin de là. Je me revois, avec mon petit bout de deux mois, tous deux sanglotant. Personne ne répondait aux quelques dizaines d’affiches que j’avais épinglées dans mon quartier. Les crèches ne répondant qu’à 20 pour cent de la demande dans mon quartier, elles me renvoyaient vers les assistantes maternelles. Revêches, presque toutes m’annonçaient avant même que j’aie eu le temps de dire « bonjour » des horaires irréalistes. Elles ne travaillaient pas le mercredi, fermaient à 17 h, n’ouvraient qu’à 9 h, prenaient 10 semaines de vacances…. La nourriture n’était pas comprise, les prix prohibitifs, aucun programme éducatif prévu. Lors d’une de mes visites – la seule en fait, n’ayant trouvé qu’une seule assistante maternelle disponible dans toute ma commune de 20 000 habitants – la télévision était allumée, à fond la caisse. L’assistante m’expliquait qu’elle occupait ses fins d’après-midi à l’éducation de son fils, en difficulté à l’école. L’appartement était minuscule. Rien prévu pour les enfants. Alors je sanglotais et j’en voulais à mon mari de ne pas être Ministre de l’Économie et des Finances (et accessoirement, de ne pas avoir une planque de 600 mètres carrés louée 14 000 euros).

On a fini par trouver une nounou à domicile. Très chaleureuse, heureusement. Mais le dernier jour de garde de mon fils, j’ai su qu’elle l’avait transporté en voiture conduite par « une amie » (que je ne connaissais pas), non attaché. Et je me suis rendue compte que ça ne devait pas être une première. J’étais consciente qu’elle passait ses journées avec des copines à se balader au parc, mais je n’avais jamais soupçonné qu’elle irait, sans ma permission, sans siège de sécurité, le trimballer à travers Paris en voiture.

Alors vous comprendrez que c’est la mort dans l’âme que j’ai entamé mes recherches ici. Ma mère trouvait mes airs de grande tragédienne légèrement exagérés. Histoire d’être un peu informative et pas qu’anecdotique, je vous signale que vous trouverez sur le site du ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (heureusement qu’ils ont ajouté « famille » sinon on aurait eu droit à un « MESS »….) un localisateur de CPE (« centres pour la petite enfance ») selon le quartier où vous habitez. Il est fort probable que lorsque vous appellerez ces CPE, on vous informe de l’existence ou non d’une liste d’attente. Dans le meilleur des cas, vous pourrez inscrire vos chérubins et espérer avoir une réponse positive d’ici trois ans. Mais ne désespérez pas. Il y a deux types de garderie à sept dollars, comme on les appelle. Celles « en installation », qui consistent en « parkings pour enfants ». Elles comportent l’avantage de compter parmi leurs rangs plusieurs éducatrices. Vous ne serez donc pas embêtés par les absences dues aux vacances et aux maladies. Cependant, vos petits n’auront fort probablement pas une seule éducatrice attitrée. De plus, vu le grand nombre d’enfants, les petites maladies sont plus fréquentes.

Il existe aussi les garderies en « milieu familial » qui, à ma grande surprise (eh non, je ne le savais pas), peuvent aussi être subventionnées par le gouvernement (donc « à sept dollars » par jour). Auprès de certains CPE, vous pourrez obtenir la liste de ces garderies en MF, comme on dit (à ne pas confondre avec un autre célèbre acronyme, « maudit Français »). Je vous préviens, ce ne sont pas tous les CPE qui vous offriront la liste de ces garderies. Demandez, insistez. D’autres CPE préfèrent prendre directement les noms en note. Les règles et procédures ne sont vraiment pas uniformes à travers tout le Québec.

J’ai été chanceuse, mon CPE m’a remis la liste des gardiennes disponibles. Mais aussi, en consultant les petites annonces du journal local, j’ai trouvé une bonne quantité de garderies en MF nouvellement créées, et qui ne se trouvaient pas dans la fameuse liste.

J’ai cependant dû me résoudre à séparer mes fils, ne trouvant pas de garderie ayant deux places disponibles. Je vous avoue que cela me tracassait un peu, mais finalement j’y ai trouvé quelques avantages. Cela permet à mon fils plus jeune, très attaché à son frère, de faire la transition en prévision du jour où son frère devra forcément intégrer la maternelle. Ça permet également à mon grand de sortir de sa relation quasi-paternelle avec son frère. Eh oui, il est très frère-poule, mon grand.

Je vous le dis sincèrement ; vous irez sans doute interroger quelques éducatrices (ne commettez surtout pas l’erreur de les appeler « gardiennes »). Le premier contact téléphonique est très important. Certaines éducatrices répondent, visiblement épuisées, débordées à cause des enfants qui hurlent et pleurent derrière. Pour moi, la voix est cruciale. Je ne dis pas que ce doit être le silence total (on est dans une garderie quand même), mais j’apprécie une voix calme et douce, un langage soigné. Ça me rassure. En entretien, vous pourrez poser toutes les questions que vous voulez, mais ne vous leurrez pas : vous êtes également en entrevue ! Les éducatrices sont tellement sollicitées, que ce sont plutôt elles qui font leur choix. N’en soyez pas étonnés !

Elles vous expliqueront une journée-type chez elle. J’ai apprécié qu’elles me demandent quelles étaient mes attentes. Dans le cas de mon plus petit, je m’attends à ce qu’il reçoive de l’amour, du moins une certaine constance affective. La parade d’éducatrices qui changent tous les mois, très peu pour moi. Dans le cas du plus grand, j’avais des attentes relatives à sa motricité fine, puisqu’il entre en maternelle en septembre. Elles m’ont écoutées et tout de suite comprise. Elles vous donneront sûrement un tableau détaillant les repas servis aux enfants. Si vous avez ma chance, vous vous rendrez compte qu’il s’agit d’une alimentation très équilibrée et très santé. Plusieurs légumes au menu, des desserts marrants mais pas trop sucrées ; beaucoup de fruits. Quant à moi, je suis épatée de constater que je paie sept dollars par jour, INCLUANT les repas. Très, très peu de garderies ou prématernelles privées offrent cela. Réputés très difficiles, mes enfants mangent apparemment très bien aux repas. C’est donc qu’ils sont conçus pour plaire au goût des enfants, tout en respectant des valeurs alimentaires saines.

Mon fils aîné a « subi » une prématernelle privée pendant presque un an, sans que jamais nous ne voyons quelque cahier de correspondance que ce soit, que nous ayons le moindre feedback quant à son intégration et son évolution. Depuis qu’il est en garderie, il a un beau cahier de correspondance qui relate toutes les activités pour chaque journée ; son humeur, tout détail d’importance ; des dessins et exercices. Ce n’est pas le cas de son frère, plus petit, mais l’éducatrice prend bien soin de nous raconter sa journée, ses humeurs, ses fous rires. Ce sont des gestes qui me sont nouveaux et que j’apprécie énormément.

Les garderies en milieu familial sont supervisées par le CPE local. Les éducatrices reçoivent quatre visites surprises par an. Elles bénéficient de l’aide de conseillères pédagogiques en cas de besoin. Elles ont très souvent des formations pertinentes. Et…. dans le meilleur des cas, elles ont une véritable vocation. Je suis absolument ravie des éducatrices de mes fils. J’ai bien vite fait mon deuil de l’école à trois ans, que je juge maintenant inhumaine. À l’école française de mon fils aîné, les récréations étaient un moment pénible où plus de quarante enfants se faisaient la lutte pour un toboggan, pendant que le personnel clopait à l’entrée de l’école, indifférents aux besoins des petits. Dans la plupart des bonnes garderies, l’entraide, le respect, la résolution de problèmes sont enseignés aux petits. Ils en seront mieux « armés » (si j’ose l’expression) pour la maternelle, où une seule maîtresse devra gérer plus de 25 enfants. De plus, le programme éducatif est semblable : reconnaissance des formes et des couleurs, mathématiques de base, écriture des lettres. Je préfère quant à moi que mes fils bénéficient de l’attention d’une éducatrice qui la divise équitablement entre six petits au maximum, plutôt qu’il soit dans une grande classe où la discipline prime sur les valeurs qui me sont pourtant chères.

Vous constaterez donc que mon bilan n’en est pas un. Ne vous en faites pas, pendant l’adaptation des enfants en garderie, j’ai réfléchi. Face à la routine, quelques constats s’imposaient, notamment celui toujours présent que je ne fais pas ce que j’aime. C’est l’absence d’espoir de promotion et de diversification de mes tâches qui m’a lassée de mon job actuel. Payée correctement, je suis bien consciente d’être au top de l’échelle salariale dans cette catégorie. C’est une grande entreprise, mais sa succursale d’Ottawa est bien trop petite pour pouvoir offrir quoique ce soit de valable.

Vous savez, la vie professionnelle n’est pas nécessairement une partie de plaisir, même pour nous, Québécois pure laine. J’ai trouvé une bonne place, relativement bien rémunérée. L’atmosphère est correcte. Quant aux possibilités de promotion, elles sont quasi-nulles. Et étant une « ratée manquée », c’est-à-dire une ambitieuse qui n’a jamais assumé ses ambitions, cela provoque chez moi quelques remises en question et angoisses existentielles. Vous voyez, ce n’est pas attribuable à un quelconque statut d’immigrant, puisque je ne le suis pas. C’est comme ça, c’est tout. Parfois vous tomberez sur des employeurs qui offrent beaucoup de possibilités. D’autres seront réticents. En général, si vous faites du bon boulot…. ils voudront vous garder là où vous êtes.

L’idée, que dis-je, le « fantasme » de retourner aux études n’était jamais bien loin. De retour au Canada, il est enfin possible. Profitant de mes atouts de bilingue, j’ai donc fait une demande d’admission à l’université en traduction. En deux ans, à temps partiel, je peux réussir à faire un certificat, ce qui m’ouvrirait sans doute plus de portes.

J’ai également répondu à quelques offres. Notamment l’une qui signifierait pour nous un autre changement radical et qui me ferait réaliser un rêve de longue date (et impliquerait de nous retrouver une fois de plus en classe économique d’un avion long courrier). Cela reste très incertain. Je me méfie de mes envies de bougeotte. Les dernières années passées à rêver, qui d’une « immigration », qui d’un retour au pays, ont perturbé mon esprit et je me méfie de mon inconstance actuelle. Entre vous et moi, la routine, qu’elle soit à Rabat, à Paris ou à Ottawa, c’est la même routine.

J’ai des chemises à repasser alors A+ !

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Écrit par
JayJay

Née sur la Côte-Nord québécoise et Montréalaise dans son coeur, JayJay a immigré en France en 1997 pour des raisons professionnelles mais surtout par amour pour un Français. Après un mariage et la naissance de deux petits franco-canadiens en 2000 et 2003, la petite famille a quitté Paris pour s'installer au Québec.

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