La revanche du « village » Québec

Dans quelques jours, le rideau va malheureusement tomber sur les festivités du 400e anniversaire de la ville de Québec. Les habitants de la région se souviendront longtemps de l’année 2008. Ils se rappelleront des nombreuses activités culturelles et artistiques organisées durant toute cette année et particulièrement au cours de la saison estivale. Il est vrai que ce n’est pas tous les ans qu’on peut se permettre de faire venir en l’espace de quelques semaines Paul Macartney, Céline Dion, Charles Aznavour, le cirque du soleil de dizaines de groupes artistiques ni de faire jouer, pendant plus de deux mois, le moulin à images de Robert Lepage. Du coup, ce 400e anniversaire a contribué à faire connaitre davantage la ville de Québec dans plusieurs régions au monde.

Jamais, en effet, depuis que Samuel de Champlain a foulé pour la première fois le sol de la région, Québec n’a bénéficié d’une telle visibilité internationale. D’autant que la ville a eu l’occasion d’accueillir durant la même année un certain nombre d’événements internationaux comme la coupe du monde du Hockey ou le sommet de la francophonie. Toutes ces festivités ont peut être changé la stature de Québec. Le « Village » devient une vraie ville et pourra peut être justifier son statut de capitale de la province. De quoi rendre jaloux le grand Montréal qu’une succession d’événements survenant depuis quelques années mettent déjà à mal : les viaducs et les toits qui tombent ou qui risquent de tomber, des immeubles qui menacent ruine, une bourse qui s’en va à Toronto et un grand prix de formule 1 qui s’échappe. En tout cas, la seule province francophone du Canada mérite d’avoir de grandes villes : Montréal et Québec.

La population de Québec n’a sans doute jamais été aussi fière et heureuse que ces 12 derniers mois et a d’ailleurs voulu se montrer reconnaissante vis-à-vis des décideurs des trois paliers: Le parti conservateur du Canada a résisté à la poussée du Bloc dans tout le Québec aux dernières élections fédérales, en gardant presque tous ses députés de la région et le parti libéral du Québec n’a fait qu’une bouchée de l’ex-bastion adéquiste aux élections provinciales. Enfin, malgré ses démêlés avec plusieurs corps d’employés de la ville, le Maire Régis Labeaume semble bénéficier du soutien de larges pans de l’électorat local. Surfant sur cette vague d’enthousiasme qu’il sait temporaire, il multiplie les annonces de grands projets et se prépare de la meilleure façon aux prochaines élections. Dans ce contexte de marasme économique mondial, il n’y a rien de mieux que des projets d’infrastructures. Labeaume parle de 7 milliards de dollars à dépenser dans les prochaines années dans la réalisation de plusieurs projets, la modernisation des infrastructures et la vitalisation de plusieurs arrondissements de la ville.

C’est dans ce contexte qu’on parle de plus en plus d’un nouvel amphithéâtre qui pourrait accueillir de grands événements sportifs et artistiques. Une ville d’envergure semblable, Winnipeg, s’est payée en 2004 un amphithéâtre de plus de 15000 places, pourquoi pas Québec ? On se remet à rêver des Nordiques. On parle aussi d’un stade de soccer ou de faire de l’anneau de glace Gaétan-Boucher (Ste-Foy), un grand centre national d’entraînement. Dans la foulée, Québec rêve d’obtenir l’organisation des jeux olympiques d’hiver.

Mais si Québec a besoin de lancer de grands projets, elle aura aussi besoin, dans les prochaines années, de ressources humaines importantes. Québec est en effet parmi les régions qui sont le plus touchées par le déclin démographique. De plus, pas moins de 50 000 départs en retraite sont prévus d’ici à 2010. Même si tous ces départs ne seront pas remplacés, il faudra en combler plus de la moitié. C’est sans compter les besoins que la dynamique enclenchée grâce au 400e anniversaire pourra générer. Tout le monde s’accorde à dire que l’immigration est une solution, y compris chez l’ADQ qui souhaite que plus d’immigrants choisissent la région. Du coté municipal, depuis son intronisation à la tête de la ville de Québec Régis Labeaume répète qu’il va faire beaucoup de choses pour assurer un meilleur accueil pour les immigrants. Un citoyen issu de l’immigration a été nommé à l’hôtel de ville comme responsable des nouveaux arrivants. On indique que le taux de rétention de l’immigration est passé de 63% à 80% en l’espace de quelques années.

Cependant peu d’initiatives sont prises pour encourager les immigrants à choisir la ville de Québec plutôt que la région de Montréal et les immigrants ne représentent qu’environ 4% de la population totale (stationnaire). Pourtant plusieurs dizaines d’organismes revendiquent comme principale mission de fournir des services aux nouveaux arrivants. Dans la réalité, beaucoup d’immigrants qui choisissent la ville le font suite à la réception d’une offre d’emploi et ignorent même l’existence de la plupart de ces organismes. Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre sur tous les organismes dont plusieurs font d’ailleurs un travail louable et important, souvent en l’absence de ressources suffisantes. Il faut juste une plus grande transparence en matière de missions et de mandats des uns et des autres. Notamment quand l’argent du contribuable est engagé. Québec a la chance de pouvoir définir une politique d’immigration en connaissant ce qui a bien fonctionné et ce qui ne l’a pas été dans la région de Montréal. Si la volonté est présente, les leçons pourront être tirées afin d’assurer l’intégration des nouveaux arrivants et l’harmonie avec les citoyens de la ville. La capitale nationale dispose d’un autre atout : celui de fonctionner en Français. Québec peut donc être cette forteresse de sauvegarde du fait français. À l’heure où la population doit saluer une dernière fois Samuel De Champlain, souhaitons à Québec, comme l’a si bien fait, lors de son concert sur les plaines d’Abraham, le grand Denis Deyoung, « un autre 400 ans en Français en Amérique du nord ».

Rayan
C’est à l’âge de 42 ans que Rabah alias Rayan arrive au Québec en octobre 2006 en provenance d’Algérie. Il s’installe avec sa famille dans la ville de Québec puis par la suite à Laval, au nord de Montréal. Rayan travaille dans l’enseignement et écrit depuis 2008 sur le site immigrer.com.
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