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La promenade du rêveur solitaire…

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La promenade du rêveur solitaire à Toronto.

Souffrant dernièrement d’un manque d’inspiration certain, Laurence a eu la bonne idée de me suggérer que comme les beaux jours ne devraient pas tarder à revenir et avec eux, une horde de touristes prêt à partir à l’assaut de la ville, une chronique sur « que visiter à Toronto » serait la bienvenue.
Seulement voilà, je n’ai pas le goût de vous parler de ce que vous pourriez trouver dans n’importe quel guide, ni de me lancer dans l’écriture du Toronto-Insolite. C’est pourquoi je vais vous parler de ma perception de la ville, la façon dont je la vis, ce que j’y vois et finalement, je l’espère, vous donnez l’envie de la regarder différemment.

2005, quelque part entre janvier et avril, je suis collée à la fenêtre d’une tour du quartier financier et je regarde la rue en bas, émerveillée par les quelques flocons qui commencent à recouvrir les trottoirs, je suis en train de suivre un passant pressé du regard, lorsqu’une voix derrière moi me fait sursauter. Je me retourne et mon collègue me regarde en souriant et me dit : « c’est pas en bas qu’il faut regarder , mais en l’air ! ». Mon regard incrédule déclenche une crise d’hilarité chez mon interlocuteur et il me montre du doigt une petite masse noire sur le toit du building d’en face : « tu vois le faucon, il est là tous les jours. Ils sont deux en fait. Une année ils ont même fait leur nid dans la corniche de l’immeuble du coin ». Je suis restée muette quelques instants et les matins suivants ont tous été différents. Je n’ai plus jamais regardé la rue en bas en attendant que le café soit prêt, mais la cime des gratte-ciels, dans l’espoir secret de surprendre un faucon.
C’est toujours ça que je recherche, s’attarder suffisamment sur des paysages familiers, des rues bétonnées où la folie urbaine a eu raison du moindre brin d’herbe pour tout de même y ressentir quelque chose de spécial. Chercher une sorte de symbiose avec la ville pour tout simplement s’y sentir bien. Faire abstraction de la foule, du bruit, des constructions jusqu’à ce que l’émotion soit bien palpable, que ce soit parce que la démesure des gratte-ciels vous donne le tournis ou que vous vous laissiez bercer par le roulis du street-car en rêvassant.

Je me souviens de ma montée dans la CN tower comme si c’était hier et pourtant cette oeuvre futuriste dépassée, qui à première vue (même à la dixième) fait amèrement regretter la tour eiffel, n’a rien d’attrayant. Je n’avais vraiment pas l’impression que j’en garderais un souvenir impérissable et pourtant…
Les premières secondes de l’ascension sont surprenantes, je reste collée au bord de l’ascenceur vitré, l’estomac un peu bizarre, luttant contre moi-même pour ne pas faire un ou deux pas en arrière. Le spectacle en vaut le coup. Je vois la ville diminuer en quelques instants pour se transformer en drôle de maquette, le lac est là devant moi, grandiose, sans fin et la fine couche de neige sur les îles crée un contraste surprenant. J’ai le souffle coupé.
Après bien sûr, j’ai fait le tour (de la tour), j’ai même marché sur le plancher en vitres en regardant le vide et imaginant le pire. Mais mon regard est resté aimanté sur la ville, je découvre une nouvelle facette de Toronto et espère secrètement que je suis la seule à contempler ce diamant, persuadée que les autres n’y voient que du brut. Le collège des beaux arts, sorte de domino juché sur des mikados géants est beaucoup plus beau vu d’en haut, le quartier financier est tout aussi impressionnant et les voitures semblent irréelles, comme télécommandées par un enfant malicieux. On devine le tumulte de la ville, les klaxons, les sirènes, les gens qui traversent, courent après leur bus, puis on est là tout en haut comme dans un petit cocon. Le soleil se couche. Le lac qui semble s’étendre jusqu’à l’infini scintille une dernière fois avant de s’éteindre. Il est temps de redescendre.

La tour de Casa Loma donne un peu le même effet, le côté Disneyland en plus. Imaginez un richissime banquier qui dans un accès mégalo décide de se faire construire un château dans un pays qui historiquement, n’en n’a jamais vraiment eu. Ca vaut le détour. C’est finalement pas si moche, il y a des passages secrets comme dans tout bon château qui se respecte et quelques autres bonnes surprises.
La liste des choses à voir à Toronto est assez longue, le musée Bata de la chaussure, le ROM, le musée des Sciences, le Zoo (qui je dois le dire est assez exceptionnel dans son genre – je suis habituellement assez anti zoo-) etc etc… N’importe quel livre sur la ville vous offrira un avant-goût fidèle de ces différents endroits.
Mais il y a aussi et surtout ‘ce’ qui fait Toronto et ce sont ses quartiers. Il y en a pour tous les goûts. Il y a les quartiers que je déteste et dont je ne vais bien évidement pas vous parler (je ne serais pas objective) et il y a ceux que j’adore et qu’il m’est plus facile de présenter.
Si vous avez la chance de visiter Toronto lorsqu’il fait beau et chaud (l’un ne va pas forcément avec l’autre), je vous conseille de parcourir la ville en vélo. Tout d’abord parce que la circulation le permet, ensuite parce que vous pourrez voir plus de choses qu’en marchant. J’aime faire du vélo quand le temps le permet, couper par un parc ou longer le lac puis m’arrêter quand l’endroit que je traverse me plaît. Ce qui m’amène en toute logique à vous parler d’un élément immanquable à Toronto : le lac.
Suivant où vous vous trouvez dans la ville, il n’aura pas le même visage. Au centre, près d’Harbour Front Centre, c’est le lac des touristes. Il y a quelques bars, une marina et de nombreux concerts gratuits l’été. C’est souvent bondé pendant la saison estivale, mais ça reste un endroit sympa à visiter, ne serait-ce que pour les concerts en plein air. Par contre si c’est le lac que vous cherchez vraiment, il faut partir un peu plus loin. A l’est de la ville, se trouve le quartier des plages (the Beaches) et là, le lac s’offre beaucoup plus simplement, sans béton, sans bruit ou presque, les plages étant assez remplies durant les mois d’été. Mon moment préféré est durant les mois d’hiver, lorsque le sable est recouvert de neige et que le bord de l’eau ressemble à une banquise. Je me souviens de ce paysage que mon cerveau de française n’ayant jamais vécu de vrai hiver avait du mal à assimiler (je rêve là ?). Le ciel était gris, le sable et le lac aussi et je n’arrivais plus à savoir où s’arrêtait l’un et où commençait l’autre, je me suis approchée du bord en escaladant le monticule de glace car un bruit singulier m’intriguait. Je me rendais compte que les vagues qui s’échouaient sur le bord ne produisaient plus le même son que d’habitude et je voulais en découvrir la raison. Stupeur. Des milliers de glaçons flottent dans l’eau et s’entrechoquent au gré du ressac, produisant ainsi une douce mélodie enivrante. Quelques canards et mouettes nagent dans une indifférence totale et s’éloignent lentement à mon arrivée. Je ferme les yeux pour mieux m’imprégner du bruit. Je ne l’oublierai jamais.
L’été, j’ai une nette préférence pour les îles, comme la majorité des gens d’ici. Passé la longue attente pour prendre le ferry, massée dans une foule compacte et bruyante, j’aime rester à l’arrière du bateau pour regarder la ville s’éloigner petit à petit. A l’arrivée je vous conseille de ne pas suivre les gens et de trouver un petit endroit tranquille loin de l’agitation de Central Island. Suivant le moment, vous aurez peut-être la chance de croiser un groupe d’oies et leurs petits ou surprendre quelqu’un glisser sur les canaux étroits dans un canoë. J’aime les îles parce qu’elles définissent bien Toronto. Le côté vacances avec le lac et les plages de sable blanc et de l’autre la grande ville avec ses tours impressionnantes.
J’aime me poser dans un coin isolé ou marcher en silence, laissant l’endroit prendre le dessus sur moi et mon esprit vagabonder au gré de ses envies.
Le soir, lorsque je reprends le bateau du retour et que je contemple le soleil se coucher sur les tours du quartier financier en face, j’ai toujours le sentiment d’avoir une chance inouïe de vivre à Toronto et de pouvoir profiter de ses milliers de facettes si facilement.
Avoir l’impression d’être partie en vacances l’espace d’un week-end et retrouver sa tour gigantesque le lundi matin.
Autre endroit, même contraste saisissant : le campus universitaire. Situé en centre ville et s’étalant sur plusieurs blocs, il est composé pour l’essentiel de vieilles bâtisses victoriennes plutôt jolies dans l’ensemble. Je dois avouer qu’avant de venir ici, je pensais qu’un campus universitaire était un endroit clos, réservé aux étudiants. Une sorte de ville dans la ville. Bien évidemment, j’avais tort.
Le campus de Toronto est donc gigantesque et accessible à tous. J’adore m’y promener. Je rêverais parfois d’avoir 10 ans de moins et de m’y inscrire rien que pour pouvoir vivre dans l’une de ces petites maisons vieillottes perdues en bas des tours du centre ville. Imaginez que vous quittiez une des grandes artères bruyantes pour vous retrouver en quelques pas, plongé dans un univers aux antipodes de celui que vous venez de quitter. Petites allées piétonnes parsemées de bancs qui invitent le passant à la méditation, vous hésitez entre l’envie de vous posez là pour vous imprégnez un peu plus de l’atmosphère particulière qui règne ici ou de continuez votre balade, poussé par la curiosité de découvrir ce qui se cache après le petit chemin qui part en serpantant derrière la petite chapelle. Généralement, quoi que je choisisse le résultat est le même : je me sens inspirée. Je refais le monde mentalement en laissant mon imagination m’emporter bien loin.

Il y a des jours pourtant où j’ai besoin de me mêler à la foule, de sentir le coeur de la ville battre à cent à l’heure. Je parcours les rues du quartier financier (petite note au passage : le week-end c’est tellement vide qu’on y ressent une espèce de malaise, ce n’est pas le meilleur moment pour découvrir cet endroit) en me faufilant à travers la foule des jeunes cadres en costume foncé. Time is money. Tout le monde marche d’un pas pressé avec l’air très occupé, mais avec un peu de chance, vous pourrez apercevoir un tournage de film et voir pour l’occasion des taxis new-yorkais remonter les avenues.
J’aime beaucoup mon quartier aussi. Little Italy, qui malheureusement n’est qu’un petit bout d’une artère à l’aspect très Nord Américain, mais qui offre une ambiance, elle, très européeenne. Les gens arrivent au restaurant vers 21h (bien après la moyenne locale) et les bars se lancent dès les beaux jours dans un concours de la terrasse la plus remplie. Ajoutez à celà une certaine nonchalance bienveillante et quelques vieux qui ne parlent toujours pas un mot d’anglais et vous arriverez à saisir l’essence même de ce quartier.

Je me souviens d’avoir manqué d’étrangler ma voisine de derrière dans l’avion qui m’amenait à Toronto en 2004. On était à quelques minutes de l’atterrissage et l’on survolait la ville. Tout était bien aligné vu d’en haut avec quelques cubes plus haut à côté de la CN tower et face au lac. C’est à ce moment là qu’elle s’est exclamée : « Et bien dis-donc c’est super moche comme ville ». C’est évident que Toronto ne vous surprendra pas par son aspect visuel ou alors dans le mauvais sens du terme, mais si vous prenez le temps de vous laisser imprégner pas ses quartiers et surprendre par ses contrastres, vous devriez en garder un bon souvenir. Maintenant si vous êtes passionnés par les vieilles pierres et la nature grandiose, je vous conseille de passer votre chemin.

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