La condition des homosexuels au Québec

Je ne suis pas français. Je ne sais pas si je peux venir faire part de mes réflexions ici. En réalité c’est mon coloc Benito, lui-même français, qui m’a demandé d’écrire cette chronique sur la condition homosexuelle au Québec. M’a-t-il demandé cette chronique parce qu’il était trop lâche ou débordé pour écrire la sienne? Je n’en sais rien. Chose certaine, il m’a souvent dit avoir appris beaucoup en côtoyant au quotidien un jeune homme homosexuel. Il souhaite peut-être maintenant faire profiter aux autres de cette abolition d’idées préconçues, parce qu’il en avait, parce qu’il en a toujours, parce que j’en ai encore moi-même, parce que nous en avons tous. Combien d’articles furent publier ici à ce propos? Ce n’est peut-être pas la place me direz-vous : on a d’autres chats à fouetter! Pourtant les homosexuels se font assez « fouetter » dans la vie pour qu’on en parle, justement parce qu’en temps normal on ne veut pas en parler, on ne veut pas comprendre, c’est étrange, c’est tout.

Moi j’adore en parler. D’abord parce que je le suis, mais surtout parce que j’en ai grandement souffert. Oui, il est bon d’en parler ici. À quoi bon en parler uniquement entre nous, entre personnes concernées? Ce sont les autres qui nous jugent, qui nous « préjugent » sans savoir ce qui en retourne vraiment. Ce sont eux qu’il importe de sensibiliser à notre cause, rendent moins homophobes. Car oui je vous l’annonce : vous êtes des homophobes. Chacun à son niveau bien entendu, mais dites-moi combien d’entre vous me laisseraient élever un enfant avec un autre homme, combien n’auraient pas peur?

Mais commençons par le début. Sachez que je ne souhaite pas vous convaincre de quoi que soit avec mes écrits. Je ne suis pas politicien, je ne suis pas vendeur et je ne suis pas religieux. Je veux vous sensibiliser à mon vécu, chose très différente. Je ne pourrais pas vous convaincre de rien de toute façon, parce qu’il n’y a rien à faire, je suis ainsi que vous le vouliez ou non. Je n’ai rien choisi. Je n’ai rien souhaité de cette destinée, c’est la vie qui en a décidé ainsi. C’est elle qui a fait en sorte qu’à l’adolescence, alors que tous mes amis masculins s’intéressaient aux filles, moi, je me suis rendu compte que c’était les garçons qui m’attiraient. Oui, je me suis mis à aimer les gars autrement que par de l’amitié. Je ne les aimais pas tous, mais certains d’entre eux commençaient à m’intimider, à me mettre à l’envers. Je peux vous dire que je m’en suis posé des questions à cette période : pourquoi moi? Qu’est-ce qui m’arrive? Pourquoi ne suis-je pas comme tout le monde? Moi un fif?? Ouais, c’est comme ça qu’on dit au Québec : les « fifs », les « tapettes », les « moumounes », etc. Mais je ne voudrais pas trop vous donner de ce vocabulaire stupide. Je souhaiterais plutôt que ces mots disparaissent à jamais de notre langage. Oui, ils m’ont fait souffrir ces mots. Jamais personne ne me les a dit à moi personnellement, mais je les entendais à tout moment, à chaque fois qu’un gars faisait quelque chose de nul, de faible ou de trop « féminin » pour lui. Alors quelle perception devais-je avoir de moi-même plus tard? Quelle idée pensez-vous que j’avais moi-même à l’esprit lorsque je me suis rendu compte que je n’aimais pas les filles mais bel et bien les garçons?

Bref, j’ai fini par m’en sortir, par comprendre de moi-même que les gens disaient des conneries, qu’ils parlaient ou plutôt, qu’ils dénigraient l’homosexualité sans même savoir de quoi ils parlent, sans l’avoir vécu. Ces gens ont de moins en moins la « cote » au Québec. Oui, c’est vrai, on a fait un bon bout de chemin. On a même une longueur d’avance sur la France à ce propos, sur la grande majorité des pays en réalité. D’ailleurs j’ai connu plusieurs français homosexuels qui avaient traverser l’Atlantique parce qu’ils croyaient bien pouvoir mieux s’épanouir ici. Pourquoi? C’est vrai qu’on a le droit de se marier civilement, d’avoir des enfants, bref d’être respecter, traiter d’égal à égal. Mais attention, c’est d’abord du papier tout ça. Dans la vraie vie réelle de tous les jours, les choses ne sont pas si belles encore, mieux tout au plus. N’allez pas vous imaginer que plusieurs couples gais se promènent main dans la main dans les rues de Québec : ils sont encore très rares.

Je m’appelle Guillaume, j’ai 27 ans et je suis né dans la région de Québec, à Lévis plus précisément. J’ai grandi sur une ferme et je peux vous dire que j’avais intérêt à être un « homme », un vrai. Aujourd’hui, après des années de confusion à me fier à des tonnes d’idées préconçues (toujours négatives), je peux vous dire sans gêne et sans honte que je suis un homme, un vrai. Certes, je suis homosexuel, mais ça ne change rien à ma personnalité, à mon éducation de petit gars de campagne. Non, je ne parle pas sur le bout de la langue. Non, je ne marche pas comme une fille. Non, je n’aime pas le magasinage. Non, je ne me travesti pas. Non, je ne fréquente pas les salons de bronzage et les saunas. Non, je n’aime pas Madonna et Céline Dion. Non et non encore à tout ce que vous croyez que je dois être puisque je suis gai. Ce que vous croyez probablement que je dois avoir l’air. Ce que vous croyez que je dois être en tant que gai. Je suis comme vous, c’est tout. Mais oui, j’ai une différence, une grosse différence. Je suis un homosexuel, mais ça s’arrête là, il n’y a pas tout un bagage qui vient avec ça. Ce sont les préjugés dont je voulais parler. Ceux qui sont la cause de nombreux suicides encore au Québec, et c’est sans doute la même chose ailleurs, c’est peut-être pire. Ici, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 40% des suicides à l’adolescence seraient liés à l’homosexualité, ou plutôt à l’homophobie. Mais de quoi a l’air ce pourcentage ailleurs? A-t-il été évalué?

Parfois je me dis tout de même que le Québec est en train de devenir la terre d’accueil par excellence pour les gais et lesbiennes du monde entier. Hé bin tant mieux! Si les autres ne sont pas ouverts, nous, les petits de colons de l’Amérique française, nous le sommes. Pour moi c’est une fierté. Mon peuple serait dans les premiers à vouloir me comprendre, comprendre 10% de la population que l’on a préféré ignorer depuis des lunes. Non, nous ne nous en allons pas à la dérive. Les crieurs au loup de toutes les religions voudraient bien nous le faire croire, car pour eux, il s’agit d’un vice épouvantable, voire « diabolique ». En effet, la religion n’a plus beaucoup d’importance au Québec : tant mieux pour moi. C’est probablement pour cette raison que nous pouvons enfin pu réclamer nos droits, le respect de notre dignité. C’est sûrement pour cette raison aussi que je peux faire le tour des écoles secondaire du Québec pour le GRIS, afin de parler de mon vécu, sensibiliser les jeunes à ma cause, et les inciter au respect de la différence. D’autres vous diront qu’on les incite au vice le plus terrible qui soit : l’homosexualité. Laissez-moi vous dire qu’il n’en ait rien, que je n’ai rien choisi de mon orientation sexuelle, que j’aurais tout fait pour être autrement, pour être hétérosexuel comme tout le monde, et que les jeunes aussi. L’homosexualité est loin d’être populaire, surtout pas au près des jeunes garçons. Quelle idée! Comme si nous avions le pouvoir de les faire « virer de bord », une expression qui ne devrait même pas exister selon moi. Néanmoins, on tente de leur faire réaliser qui nous sommes, ce qui nous distinguent d’eux et ce qui fait que nous sommes tous semblables en définitive. On tente de faire tomber les préjugés. On veut que les jeunes gais et lesbiennes n’aient plus à souffrir de leur différence. Je sais que de pareilles interventions ne sont pas monnaie courante en France, le sont-elles à quelque part d’autre, je ne sais pas. Mais je suis certain que ce serait bien. Trop de gens souffrent toujours dans le silence le plus total de cette différence invisible. Trop de gens disent trop de conneries devant eux pour qu’ils se sentent à l’aise d’en parler, de le vivre, de s’épanouir librement. Combien de fois ai-je entendu des gens parler en mal des gais devant moi sans aucune retenue, parce qu’ils ne savaient pas pour moi, parce qu’ils me croyaient « des leurs », parce que ma différence est invisible?

Je suis tout de même fier des québécois et québécoises parce qu’en général ils me permettent de vivre comme je suis, sans vouloir me changer, me rendre comme eux. Tout n’est pas beau mais tout s’éclaircit. En passant, quels sont les mots que vous utilisez en France pour nous « désigner », si je peux dire? Et vous, utilisez-vous ces mots à toute sauce? Croyez-vous que vous pourriez vivre heureux sans les utiliser? De toute façon, vous n’y êtes sûrement plus, mais j’ose espérer que vous n’apprendrez pas nos mots à nous, ces mots qui ne veulent rien dire, qui ne font que blesser des gens, et attention, se pourrait être votre meilleur ami. Vous avez pas idée de la réaction de mon meilleur ami quand je lui ai dit que j’étais ce mot que j’étais incapable de prononcer à l’époque : ça me faisait trop mal, j’entendais suffisamment les autres le dire, et je ne voulais aucunement être comme ça, un moins que rien aux yeux de plusieurs. J’espère que vous réalisez que je ne suis pas un imbécile, que je ne souhaite aucunement vous pervertir, que je suis un homme pratiquement comme les autres! J’espère juste rendre plus positive votre perception de l’homosexualité. J’espère seulement que vous saurez ne pas écouter ceux qui disent savoir que nous sommes le mal incarné. Mais qui sont-ils pour dire ça? Et je peux vous dire que leur livre aux mille et une vérités absolues je n’en crois pas un mot. Des lignes aussi discriminantes ne devraient pas être incluses dans un guide spirituel selon moi, mais c’est un autre sujet ça.

Pour ce qui en est de la condition des homosexuels au Québec, je ne dirais pas quelle est bonne, je dirais qu’elle est de mieux en mieux. La situation s’améliore car de plus en plus de personnes osent s’affirmer, sortir du placard de la honte et de la peur de décevoir. Non, ce ne sera pas une épidémie. Les hétérosexuels majoritaires et dominants le demeureront n’ayez crainte, ne soyez pas trop homophobes inutilement, puisque selon des études assez sérieuses sur le sujet, on évalue la portion de la population étant homosexuelle à 10% depuis sûrement toujours et pour sûrement toujours à travers le monde entier. Ici, on en parle de plus en plus sur la scène publique, et surtout de façon plus positive. Laissez-moi vous dire que c’est dans la discussion que les gens finissent par comprendre, qu’ils ne disent plus des choses comme : « moi je comprends ce qui leur passe par la tête » ou encore « « moi je comprends pas ceux qui changent de bord à cause d’une déception amoureuse », etc. Notez bien les « moi je ne comprends pas », qui démontrent tellement bien à quel point les gens portent un jugement en se fiant à leur vécu personnel, ces hommes que nous sommes qui sont incapable d’essayer de se mettre dans la peau des autres. La situation s’améliore certainement parce qu’on en parle beaucoup, que l’on cesse d’en parler comme d’une honte. Mes visites dans les écoles avec le GRIS aident certainement plusieurs jeunes à retrouver espoir, et d’autres à cesser de véhiculer des idées négatives à ce propos.

La « vie gaie », si je peux ainsi dire, est de mieux en mieux accommodée au Québec : on nous prend enfin en considération. D’ailleurs, il n’y a qu’à constater l’ampleur du milieu gai de Montréal, communément appeler le « village gai ». Sur la Sainte-Catherine, en plein Centre-Ville, on peut trouver une multitude de bars gais et de magasins, restaurants et autres commerces « gay friendly ». Bref, des lieux ou la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle n’existe pas. Je ne saurais oublier de vous parler de la parade gaie de Montréal, une des plus grosses au monde. Un évènement parfois mal vu par monsieur et madame tout le monde, à cause de son côté excentrique et sexualisé. Bien entendu, ces personnes ne connaissent pas l’historique de cet évènement, autrefois une marche de revendication de droits pour les personnes homosexuelles. Notez bien qu’à cette époque (dans les années 70), il n’y avait pratiquement rien pour nous protéger et nous intégrer convenablement à la société québécoise. Et puis pour ceux qui ne comprennent pas la raison de cette parade, qui se disent qu’il n’y a pas de parade « hétéro », je vous demanderais juste de réfléchir un tout petit peu en vous demandant si vous avez déjà ressenti la moindre discrimination du fait que vous étiez hétérosexuel…. C’est que cette réplique m’est souvent envoyée, et elle me désole grandement. Entendez-vous ça souvent des choses comme : « maudit hétéro » , « c’est pas normal ça » ? Certes, aujourd’hui la parade s’affiche comme une grande mascarade colorée, mais il n’y a pas que ça pendant cette semaine, et puis de toute façon, si on n’aime pas, on n’a vraiment aucune obligation d’y participer : je ne le fais pas moi-même.

Plus en région, la situation peut paraître plus difficile, bien que de plus en plus d’organismes tendent à s’étendre à la grandeur de la province, comme la ligne téléphonique sans frais et confidentielle de Gai écoute (1-888-505-1010). Néanmoins, plusieurs villes de grandeur moyenne ont au moins un bar gai. Je pense à Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski, Drummondville, Chicoutimi, etc. Dans la ville de Québec, il ne reste actuellement qu’un seul bar gai, mais plusieurs associations et organismes tentent de rassembler la communauté et de la supporter.

Je ne sais pas à quel point la situation est bonne ou mauvaise en France, et je ne sais pas comment la plupart d’entre vous immigrants la percevez au Québec, mais je sais que je travaille fort à tous les jours pour qu’on avance encore plus vite, et je souhaite que vous y participiez aussi. Il n’y a qu’à être ouvert à la possibilité que….et puis qu’est-ce que ça change à notre quotidien à chacun? Bref, je m’amuse aussi à écrire un blogue par temps perdu, alors si vous en voulez davantage…. http://homoguilb.blogue.ca/ J’y suis parfois un peu révolté, mais que voulez-vous, on ne m’en laisse pas toujours le choix….

Guillaume

GRIS Chaudière-Appalaches
http://regie.francite.com/

GRIS Québec
http://www.grisquebec.org/

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http://www.gris.ca/

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