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La censure au nom de la bienséance

“Sorry, we can’t ban everything that offends you”. Ainsi commence une vidéo vue sur le site de The Guardian. On y voit une conférencière qui parle des différentes pétitions qui fleurissent de plus en plus sur le web et dans l’espace public en général. Une pétition de plus de 500 000 signatures pour interdire à Donald Trump d’entrer en Angleterre, des mesures pour empêcher les étudiants de se déguiser en femme pour ne pas froisser les transgenres, des conférenciers interdits d’universités parce que les associations étudiantes n’aiment pas leur propos, etc. Je cite quelques phrases (c’est une vidéo directement dans leur site, je n’arrive pas à l’importer dans l’article ni à avoir un lien direct) : “political movements such as civil rights and feminism have made such progress because we were able to hold people to account. Banning people from publicly stating their views does not make those views disappear.” “Let us hear the arguments put forward by those with whom we disagree so that we can expand our knowledge and show rational resistance.” “We are in danger of making censorship the standard response to any view which offends” “Unless someone is breaking the law by inciting a crime with their words, I believe it’s a crime not to hear them”. 

 

La censure, qu’elle paraisse légitime ou pas, reste de la censure. Je ne suis pas d’accord sur tous les exemples qu’elle a cités, mais peu importe, le fond reste là. Si on élimine de la place publique tout élément qui dérange nos convictions, si on empêche une personne qui commence à se radicaliser d’une façon ou d’une autre à débattre avec d’autres personnes qui pourraient lui ouvrir les yeux ou challenger ses arguments, on l’empêche de développer son esprit critique et une opinion nuancée. Et surtout on risque, sous le prétexte de vouloir faire taire ce qui ne nous semble pas convenable, de fixer en tant que groupe les limites de la moralité, de ce qui est correct ou pas. Comme le dit la citation “« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » (qui n’aurait jamais été dite par Voltaire, soit dit en passant ).

 

Évidemment ce qui rend difficile le fait de se prononcer, c’est que souvent on est d’accord avec la pétition. Ces causes nous semblent souvent justes. On trouve même délectable de pouvoir enfin, en tant que groupe et donc en tant que société, d’empêcher de s’exprimer quelqu’un qui nous dérange. C’est comme si on mettait une règle sur un forum, dès que 10 personnes demandent la radiation d’un membre, on lui retire son compte, et donc son droit  à s’exprimer. On trouverait ça plaisant dans certains cas, mais ici comme dans un débat public, le problème est de savoir qui va juger en bout de ligne du bien-fondé de la demande, qui va trancher sur le fait de savoir qu’une action est juste ?

 

Si on estime par exemple qu’à partir de 2000 signatures, les étudiants peuvent interdire à un conférencier de venir parler sur le campus, comment s’assurer que cette pétition soit basée sur la moralité et non pas sur la couleur de la peau ou la religion de l’intervenant ? Et même si la cause nous semble juste, de quel droit peut-on vouloir interdire à d’autres d’écouter ses arguments ou de leur permettre de les contester ?

Soulman
Arrivé en mars 2007 à Montréal, Soulman a très vite posé ses valises à Québec, moins de 4 mois plus tard. Auteur BD édité en Europe, un studio lui a laissé la chance d'entrer dans le monde du jeu vidéo et de l'animation en tant qu'illustrateur. Il est devenu par la suite directeur du département artistique. Voici ces billets culturels et sur la ville de Québec.
http://www.immigrer.com
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