Être un dentiste algérien à Montréal

Être un dentiste algérien à Montréal

Mazigh, 30 ans, est né dans la ville côtière d’Annaba. Ses parents médecins, il se considère comme privilégié. Après des études en médecine dentaire à Alger, il part faire un Master à Strasbourg où il va passer trois ans.

Il y a bientôt deux ans, il arrivait au Québec, pour rejoindre sa conjointe qui y poursuivait ses études.

Immigration

> Comment as tu entendu parlé du Québec ?

Une cousine était partie s’y installer dans les années 1990. Mais je n’y étais jamais allé.

> Qu’est ce qui t’a attiré ici plutôt qu’ailleurs ?

Les idées reçues que j’avais : le rêve du continent américain, la folie des grandeurs. Pour moi le Canada était un pays très avancé technologiquement. Aussi le coté francophone qui faciliterait mon intégration.

> Quelle a été ta première impression en débarquant ?

Le froid ! J’ai débarqué en veste en cuir de motard en hiver.

> Si tu devais résumer Montréal, qu’en dirais tu ?

La vie parisienne mais sans assez de temps pour en profiter. On perd son temps au travail.

> Quand as tu annoncé à tes amis/proches que tu partais au Québec ?

Plusieurs mois avant notre départ.

  • Qu’elles ont été leurs réactions ?

J’ai fait des envieux à Paris, des déçus à Strasbourg et j’ai motivé certaines personnes à me suivre.

  • Penses tu qu’ils ont bénéficié de ton expatriation ?

Oui, je leur ai montré la voie administrativement parlant.

> As tu rencontré d’autres Algériens ici ? Oui.

  • T’es tu fait des amis Québécois ? Oui.
  • Y a t’il une différence entre les deux ?

Je suis toujours surpris par l’ignorance de certaines personnes. Quand je leur parle de l’Algérie, je me rends compte qu’ils voient ça par défaut comme le moyen-âge.

> Aujourd’hui comment te définirais tu ?

Comme une éponge culturelle. Je n’ai pas d’identité précise et suis contre cette idée.

Emploi

Au Québec, le diplôme de dentiste de Mazigh n’est pas reconnu. Il travail quand même dans son domaine mais comme Assistant dentaire. Il espère toutefois faire reconnaître ses qualifications et est prêt à reprendre des études.

> Qu’as tu pensé du système éducatif français ?

Il est identique à celui de l’Algérie mais avec plus de moyens.

> As tu cherché du travail en France ?

Oui et j’ai passé presque un an sans trouver. On vous rappel, on vous rappel… mais jamais on ne m’a recontacté. J’ai brulé toutes mes économies puis j’ai accepté un job merdique (salaire minimum, horaires débiles) pour payer les factures.

> Au Québec ?

C’est le jour et la nuit ! Deux jours pour avoir une réponse positive. En moins d’une semaine j’avais trouvé un travail à temps plein.

> Ta carrière suit elle le parcours que tu avais prévu ?

Loin de la ! Quoique le parcours a évolué dans le temps. Je suis passé d’un avenir planifié à un avenir incertain en quittant l’Algérie.

> Quelles différences majeures dirais tu qu’il y a dans ton métier entre l’Algérie et le Québec ?

Le métier d’assistant dentaire n’existe pas en Algérie donc je vais comparer celui de dentiste.

  • Au niveau du salaire ?

Au Québec, le salaire d’un dentiste est 10 fois plus élevé qu’en Algérie.

  • Au niveau du statut ?

Dentiste est plus valorisé au Québec. L’estime des gens pour les médecins a dégringolé en Algérie.

  • Au niveau de la charge de travail ?

Elle est beaucoup plus importante au Québec.

  • Au niveau des responsabilités ?

Au Québec, on fait beaucoup plus de légal. Il faut prouver tout ce que tu fais et l’expliquer. La relation contractuelle est écrite et pas verbale.

  • Au niveau des perspectives futures ?

Il est plus facile de se spécialiser au Québec car il n’y a pas de concours national. Si tu es pris dans le programme c’est bon.

  • Au niveau de la langue ?

Je connaissais déjà l’anglais mais j’ai largement progressé ici car j’en ai besoin dans mon travail et c’est un atout dans le quartier où on habite.

Vie

> Qu’est ce qui a le plus changé dans tes habitudes de vie ?

Je n’ai plus le temps de rien faire. Je passe mon temps à travailler !

  • Ton alimentation ?

J’ai été surpris de pouvoir bien manger. La qualité des fruits et légumes est très bonne.

  • Tes habitudes de consommation ?

Je consomme plus, le système t’y pousse. Sauf les vêtements, que j’achète toujours en France.

> Qu’est ce qui t’a surpris au Québec ?

Je m’attendais au meilleur de la modernité mais toutes les constructions me semblent très sommaires et très vieillottes. L’état d’esprit est pratico-pratique jusqu’à être borné parfois.

Les routes défoncées sont indignes d’un pays qui produit du pétrole.

Les transports collectifs sont inefficaces, pour ne pas dire minables, et donc chronophages.

Ne pas bénéficier de l’assurance maladie en tant qu’étudiant ou travailleur étranger avec un permis ouvert est injuste.

L’administration considère les immigrants comme une rente. Tous les permis de séjours sont de courte durée et relativement chers, en tout cas plus qu’en France.

> Dois-tu faire des efforts pour t’intégrer ?

J’ai du faire des efforts de compréhension de l’accent Québécois et de l’anglais. Aussi de flexibilité intense d’emploi du temps.

>Est ce qu’il y a des choses auxquelles tu ne pourras jamais te faire ?

Oui, devoir payer mon permis de conduire tous les ans le jour de mon anniversaire !

> Et le climat ?

L’adaptation est très rapide pourtant il y a 60 degrés d’écart entre l’été et l’hiver. 

> Et les vacances ?

Passer d’un mois à deux semaines c’est frustrant et limitant. Il faut convertir des heures supplémentaires en temps de vacances.

Perceptions

> Comment sont vus la France et le Québec d’Algérie ?

Comme des pays de richesses et de libertés. Avec aussi le froid pour le Québec et la proximité pour la France.

> Pourquoi avoir décider de t’expatrier ?

Ça a été un processus. Je savais ce que je sacrifiais mais je ne savais pas ce que j’allais gagner. Je voulais voir le monde. L’être humain est un voyageur.

> Es ce que quelque chose t’inquiétais en Algérie ?

L’islamisme.

> Es ce que quelque chose t’inquiétais en France ?

Macron ! Juste après son élection, la CSG a augmenté et ma paye a diminué.

> Es ce que quelque chose t’inquiète au Québec ?

Les changements de lois à effets rétroactifs du jour au lendemain.

La sécurité sociale inexistante pour les étudiants et travailleurs étrangers qui pourtant payent des impôts.

> As tu des convictions politiques ? Mouai.

> Ont-elles été modifiées par ton expérience d’immigration ?

Oui beaucoup. J’ai ouvert les yeux sur l’importance de la liberté de mouvement et l’absurdité du débat sur les identités.

> Parles-tu d’autres langues que le français et l’anglais ?

Le Tamazight, l’Arabe et un peu l’espagnol et l’allemand.

> Ton rapport aux langues a t’il changé ?

J’ai pris conscience de l’universalisme de la langue anglaise et de la nécessité de la maitriser. Aussi que la langue française véhicule des idéaux.

> Qu’est ce qui a changé dans ta façon de voir l’Algérie ?

C’est un fournisseur de main d’œuvre qualifiée pas chère et de carburant. L’Algérie a un énorme potentiel touristique inexploité. Je n’avais pas conscience des cultures très variées qui s’y côtoyaient, les gens tiennent à développer ces cultures et à les faire connaître.

  • tes compatriotes ?

Actuellement, les algériens sont désespérés.

  • La francophonie ?

Un atout d’intégration dans plusieurs pays.

> Éprouves-tu de la nostalgie ?

Un peu.

> Qu’est ce qui te manque ?

La mer et de vraies montagnes. Les privilèges. Du temps à consacrer aux loisirs.

> Si tu devais quitter le Québec, ou irais tu ?

à Vancouver. Au Costa Rica. En Australie pourquoi pas.

> Si tu avais un conseil à donner aux futurs immigrants algériens ?

Soyez prêts à recommencer à zéro. Donnez-vous le temps de vos ambitions.

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Marty
Né au nord de la France, j’ai grandit à Cambrai, ville probablement plus célèbre au Canada que dans son propre pays. Fasciné, comme tant d’européens, par l’Amérique depuis toujours, j’ai voyagé et vécu aux Etats-Unis avant d’arriver à Montréal début 2012. Biochimiste de formation, je travaille dans mon domaine au Québec.
https://www.immigrer.com/

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