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État d’urgences

Si vous êtes un parent normalement constitué et que votre petit dernier âgé de quelques mois se met à faire “cough, cough”, ne finit plus ses biberons (alors qu’il est surnommé le “Terminator des tétines”), et que la fontanelle “bébéique” vous fait une dépression nerveuse, pas de doute, vous pressentez que votre soirée sera longue, longue, longue aux urgences (et longue, j’ai failli oublié).

C’est en tant que véritable vétéran de la prise d’assaut des hôpitaux et des services de santé que je m’en vais placoter aujourd’hui. Voui, voui “vétéran” (ou vétérane, pour faire plaisir aux féministes de tous poils). En moins d’un an, j’ai peaufiné ma grossesse, pondu une merveille du monde en plus, fait vacciner les deux plus grands, survécu à une attaque sournoise de gastro-entérite format familial, fait face à un problème “scrognique” de santé, froncé le sourcil devant une plagiocéphalie, dégoté l’orthèse crânienne qui va bien avec et surtout, surtout ! affronté les deux bronchiolites de notre dernier-né, celles-là même qui nous ont amenés à fréquenter des services d’urgence.

Un enfant aussi jeune est extrêmement fragile. Et son état de santé a la fâcheuse tendance à se dégrader plus vite que son ombre. Aussi, le “cough, cough” du rejeton ressemble à s’y méprendre à une sirène d’ambulance dans votre cervelle parentale. Direction l’hôpital. Voui, je veux bien, mais lequel ?

Si vous habitez Montréal et ses environs, deux scénarios sont possibles : soit vous optez pour l’hôpital généraliste le plus près de votre domicile, soit vous choisissez la référence pour les enfants malades, à savoir Sainte-Justine. Puisque nous adorons la nouveauté et l’aventure, nous avons testé, pour vous, chers lecteurs, les deux systèmes. Non mais, qu’est-ce qu’on est sympas, tout de même…

Première option : l’hôpital général du coin . Mauvaise et bonne idée. Le personnel y est professionnel, indubitablement. Mais le caractère généraliste de l’endroit propulse le pédiatre dans la catégorie des denrées rares.

Pour la faire courte, je dirais que Monsieur Bébé a été ausculté assez rapidement. Dans mon souvenir, interminable fut l’attente de la deuxième visite du médecin (ah ben, v’là que je cause comme Maître Yoda astheure), celle où l’on reçoit le feu vert pour rentrer chez nous…

Une heure puis deux heures s’écoulent lentement, lentement. Et toujours pas de toubib à l’horizon…

Un petit biberon nous aiderait bien à patienter. Malheureusement, celui que j’avais pris avec nous a déjà bien entamé sa digestion dans l’estomac du petit monstre siffleur. Pas de problème, l’hôpital a prévu ce genre d’urgence alimentaire. Une infirmière nous propose même plusieurs marques de lait maternel. Pour fêter ça, nous choisissons la plus chère. C’est ma tournée !

Finalement, au bout de trois heures bien tassées, nous revoyions le pédiatre qui nous laisse repartir avec une ordonnance. Avec un petit rire fort gêné, il nous avoue à demi-mot qu’il nous avait un peu oubliés. Aaaaaaarrrggghhh !!!

Un coup d’oeil à la montre nous apprend que nous avons passé huit heures à l’hôpital. Mouais… Peu mieux faire… Mais l’affreux va bien maintenant. C’est le principal, non ?

Deuxième option : l’hôpital Sainte-Justine. Quelques minutes après notre arrivée, nous enregistrons notre petit malade puis nous nous dirigeons, résignés comme de vieux grognards durant la campagne de Russie, vers la salle d’attente. Salle qui en général porte bien son nom… Mais, circonstance atténuante, celle-ci est généreusement dotée d’une télévision. Alléluia ! On va pouvoir continuer à s’abrutir.

Sauf que nous n’avons pas le temps de goûter au moelleux des sièges. Déjà le micro émet des “heu…heu..”. Tiens, c’est déjà pour nous ? C’est que nous commençons à avoir l’habitude de voir le prénom de notre moufflet susciter des affres de prononciation et joyeusement massacré, grâce à sa terminaison en “oy” (comme dans Geoffroy, par exemple). Alors, doit-on prononcer “oi” ou “oille” ? Bref, nous faisons cesser la torture de la pauvre infirmière en nous approchant du comptoir. Notre instinct ne nous avait pas trompés. C’était bien à nous…

Direction le triage. La salle est moderne et informatisée. Une infirmière entre tout les symptômes de l’affreux sur un ordinateur, ce qui va déterminer la priorité de notre cas.

C’est bon, nous pouvons retourner en salle d’attente pour savourer trois ou quatre cents fois le journal télévisé ? Que nenni. Nous sommes conduits dans une petite chambre avec un lit pour le petit et un beau fauteuil pour son parent. C’est ici que je vais attendre minimum cinq heures avant de voir un médecin, tout ceci sans télévision (j’ai bien songé à démonter celle de la salle d’attente, mais je n’avais pas ma boîte à outil…) ? Pas de problème. Nous avions apporté une partie de notre bibliothèque (les seize volumes de “Jalna”). On se carapace de patience.

… Quoi ?! On vient encore nous déranger ? On ne peut jamais être tranquille ?.. Ah, ben c’est la pédiatre qui vient nous voir (moins de trois quart d’heure après notre arrivée !). Quelques “glou, glou”, “pshitt, pshitt” et “hum, hum” plus tard, nous tenons enfin entre nos petits doigts fébriles le précieux sésame pour regagner enfin notre foyer douillet et nos chaussons confortables. Verdict : moins de quatre heures en tout, soins et période d’observation inclus. Pas pire…

Que ce dernier récit nous vous berce pas d’illusions. Il existe une formule mathématique bien connue des québécois, qui s’applique aux urgences : plus vous êtes grand, moins vous êtes agonisant, plus votre patience sera mise à rude épreuve… et pas qu’un peu… D’où votre nom dans ces moments-là : vous serez un “PATIENT”. Aussi, avant de prendre racine dans une salle d’attente bourrée de malades avec leurs microbes variés, réfléchissez bien.

Qui a fait “cough, cough” ?

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