Échappé belle. - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada
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Échappé belle.

Vous l’aurez compris, cette chanson parle de ces relations affectives auquel on a pu y échapper belle. Les circonstances de la vie faisant en sorte d’y échapper effectivement pour finalement se retrouver dans les bras de la personne faite pour soi.
Le rapport avec l’immigration ? Remplacer ces relations du passé auxquelles vous avez échappé par ces vies auxquelles vous avez échappé en immigrant.
En effet, maintenant que vous avez décidé d’immigrer ou, à plus forte raison, que vous ayez déjà immigré, je pense que vous avez suffisamment de stock en termes d’expérience et de ressenti pour regarder à quoi ressemble votre vie actuellement et la comparer à ce qu’elle aurait été si vous n’aviez pas immigré. Et peut-être qu’à certains égards, comme moi, vous considérez d’avoir échappé à une certaine vie ou certaines vies qui auraient pu être la ou les vôtre(s) si vous pris des décisions radicalement différentes.

Échappé belle, grâce à toi
échappé belle…

Échappé aux minettes
échappé aux gamines
Qui te brisent le c’ur
en te trouant les jeans
Elles ne s’excusent pas
pour le corps de granit
Qu’elles pavanent en riant
sans mêm’ voir que t’existes

Échappé à toutes celles
qui veulent refaire ton look
Et qui jettent aux poubelles
c’qu’avait choisi ton ex
Qui elle-même avait mis
tout ton linge à l’index
Comprenez-vous pourquoi
on n’a plus rien à s’mettre

Échappé belle, alléluia
À toutes celles pas faites pour moi
Échappé belle, grâce à toi
Échappé belle,
échappé belle


Échappé à la belle
qui te rêve en couleurs
Il faudrait pour lui plaire
être un bum au grand c’ur
L’enlever en moto
en citant du Rimbaud
Mais revenir à temps
pour le biberon d’quatr’heures

Échappé à toutes celles
qui te voient au sommet
Qui te dressent, ô misère!
tout un plan de carrière
Allez, fini les siestes
rêveries et paresse
Elles te laisseront jamais
rater ta vie en paix

Échappé belle, alléluia
À toutes celles pas faites pour moi
Échappé belle, grâce à toi
Échappé belle,
échappé belle

Échappé à "Jeune Biche,
boîte vocale 203
Qui attend Méchant Loup,
non-fumeur pas d’enfants"
Échappé dans le noir
à une fausse Madonna
Qui sous un collier de cuir
cache sa pomme d’Adam

Échappé aux revues
que l’on tient d’une seule main
Aux vieilles blondes qu’on
appelle à quatre heures du matin
Échappé, Dieu merci
au rendez-vous suprême
À la pire des blind dates
échappé à moi-même!

Échappé belle, alléluia
À toutes celles pas faites pour moi
Échappé belle, grâce à toi
Échappé belle,
échappé belle

 


Échappé belle – Beau Dommage (1994)

Lorsqu’en 99 est venu le temps pour moi de me trouver un stage pour finaliser mes études en école de commerce à Toulouse en France, j’étais à un carrefour de ma vie. Un stage – qui était plutôt une période d’essai pour un CDI – me tendait les bras en Nouvelle-Calédonie. Emploi stimulant, salaire intéressant sous les cocotiers entouré de la famille et des amis, la dolce vita … J’ai pourtant passé mes soirées à envoyer mon c.v. par courriel à des dizaines d’entreprises canadiennes, d’Halifax à Vancouver. On me trouvait stupide. Je me trouvais stupide aussi. Mais d’une stupidité déterminée qui était d’ailleurs elle-même d’une stupidité stupéfiante dans la mesure où je ne m’expliquais pas moi-même cette volonté de faire mon stage terminal au Canada. Et un peu aussi d’esprit de contradiction qui remonte automatiquement quand c’est pour embêter papa et maman.

Tu es en train de rater ta vie, rentre en Calédonie. Nan, je vais au Canada (oui, là où il neige). Au Québec plus précisément (oui, là d’où vient Céline Dion) et à Sherbrooke si tu veux tout savoir (c’est où Sherbrooke ? Quand j’aurai trouvé ça sur une carte, je te le fais savoir maman, promis). Au moins si je dois y rater ta vie, je la raterai en paix car je n’aurai pas mes parents sur le dos pour me le rappeler chaque jour.

Lorsque que quelque part dans les années 90, je suis passé assez près de vouloir me marier avec ma relation de l’époque, j’étais aussi à la croisée des chemins. Être dans l’enthousiasme de ce genre de projet de vie, les choses paraissent si limpides, claires et nettes. En tout cas dans mon souvenir très flou. Les circonstances ont fait en sorte que cela ne s’est pas fait. À mon grand désespoir de l’époque et pour mon plus grand bonheur aujourd’hui (ainsi que de l’autre personne également). Échappé belle, pfiou.

La croisée des chemins, parfois on a conscience d’y être au moment où ça arrive. Et d’autres fois, on le réalise plus tard. Qu’une petite décision anodine (initialement, mon séjour au Canada ne devait se limiter qu’aux quatre petits mois de stages et retour au pays des cocotiers après) puisse porter en son sein tant d’implications dans une vie, c’est assez fou. Parce que, à quelque part, c’est vrai que chacun de nous est, à chaque instant, le fruit de ses choix et décisions. Comme si intellectuellement, psychologiquement et physiquement, nous étions à chaque seconde qui passe, la somme de tout ce que nous avons été la seconde juste avant. Et ainsi de suite.

 Je peux donner le sentiment d’avoir, ici et maintenant à Sherbrooke (je sais c’est où maintenant) la vie « parfaite », c’est-à-dire celle qui m’était réellement destinée. Probablement, je n’en sais rien. Si ça se trouve, dans un univers parallèle, y’a un O’Hana qui, au lieu d’avoir étudié à Toulouse a plutôt décidé d’étudier à Bond University à Brisbane en Australie et qui a une vie vraiment cool. Et qui se dit qu’il l’a échappé belle car il aurait pu se retrouver dans ce congélateur à ciel ouvert nommé le Québec avec des maudits séparatisss.

 Tout ça pour dire que je ne saurai jamais vraiment si je l’ai échappé belle en immigrant au Québec. J’aurai beau pelleter tous les nuages qui passeront pour le millier d’années à venir, je n’aurai jamais de certitude, ni dans un sens ni dans l’autre. Mais bon, si cela prenait des certitudes pour vivre, c’est certain que la vie serait pas mal plate. Ça c’est une certitude. Et je n’ai pas besoin de le vivre pour en être certain.

 Comme tout le monde, je fais ce que je peux. C’est-à-dire qu’arrivé de nouveau à un carrefour de ma vie, je prend ma décision d’aller dans une direction donnée au meilleur de mes capacités, de mes intérêts et de mes valeurs à ce moment-là. À ces périodes charnières d’une vie, on aimerait pouvoir lever un petit bout de voile pour voir de quoi à l’air notre avenir. Juste pour le fun, quoi … Histoire de prendre une décision un peu plus éclairée. En psychologie, on appelle ça de la pensée magique.

 À défaut d’avoir la baguette magique qui va avec, nous avons au moins l’intuition. Pas aussi précis qu’une boule de cristal certes, mais on fait avec les moyens du bord. Et quand il le faut, ça vous colle un bloc de ciment ragoûtant dans l’estomac et ça vous menace de le faire remonter jusqu’à vous faire vomir. Et ça, autant de fois qu’il sera nécessaire de le faire jusqu’à ce que vous compreniez qu’il faut la suivre, votre intuition.

 C’est ce que je fais lorsque j’ai déposé ma demande de visa de travail à l’ambassade du Canada de Paris en février 99. Pareil quand j’ai envoyé ma demande de résidence permanente au Consulat Général du Canada de Buffalo en novembre 2002. On décide du mieux qu’on peut, c’est-à-dire avec une pincée d’intuition dans une soupe aux légumes d’expériences, de maturité et de priorités qui ont évolué au fil des années.

 Tout compte fait, l’échappée belle c’est quelque chose de très subjectif à chacun : on pense avoir échappé à quelques vies tristes alors qu’en vérité, celle qu’on a là est peut-être un tout petit peu moins triste, rien de plus et rien de moins. Et qu’on aurait pu donc espérer ou avoir une « meilleure » vie.

 Autrement dit, je pourrai bien tourner et retourner la chose dans tous les sens et faire de la masturbation intellectuelle à lancer des hypothèses dans tous les sens, je ne serai pas plus avancé pour autant. Je ne pourrai jamais savoir si j’aurai pu avoir une meilleure vie – ou une vie pire – que celle que j’ai actuellement. À quoi ai-je donc réellement échappé alors ? À moi-même bien sûr. C’est-à-dire à ce moi qui doutait trop, qui avait trop d’hésitations, qui se trouvait trop d’excuses, qui refusait de trop oser.

 Ne pas être allé au bout de ma démarche de demande de visa de travail au Canada en 1999, cela aurait été passer à côté de moi-même. C’est-à-dire le vrai moi. Et par là, je n’entend pas un moi fort, authentique, invulnérable et ne doutant jamais. J’entends simplement celui qui s’essaye dans suivre ses feelings. Qui franchit le seuil de l’inconnu non pas avec la confiance de l’aventurier mais avec l’hésitation de l’explorateur. C’est pour cela que je disais qu’à chaque instant, je suis le résultat de tous mes choix et décisions. J’aime bien ce concept-là : être ce que j’ai choisi d’être. Immigrer, c’est à quelque part décider de choisir la vie en particulier qu’on veut pour soi là où on est rendu dans sa vie en général. Ça en fait des vies tout cela. Ça me fait penser à Ocho (huit en espagnol), le chat d’une amie à Toulouse qui l’avait appelé ainsi car elle l’avait ramassé presque mort après le passage d’une voiture. Elle avait alors conclu qu’il ne lui restait plus que huit vies à vivre. Et aux dernières nouvelles, c’est toujours le cas.

 Il y a des affaires que je ne saurai jamais. Pis c’est correct. Parce qu’à force de pelleter des nuages, j’en finis par ne plus profiter du beau ciel bleu en arrière. Autrement dit, à profiter de la vie, de l’instant présent, de ce qui passe et de ce qui se passe dans ma vie. Et même si la seule certitude que je peux avoir c’est celle de ne jamais espérer en avoir, il y a quand même certaines choses que je prend raisonnablement pour acquises sans être complètement dans le champ. Par exemple, je me sens bien dans ma vie québécoise. Bien sûr, encore des boucles à boucler dans ma tête et surtout dans mon c’ur, mais ça, j’aurai eu à le faire aussi partout ailleurs dans le monde. Non, ma vie ici, c’est comme une sorte de cohérence intérieure, la petite affaire qui me dit que j’en ai fait des choix idiots, mais  que celui-là, je peux en être fier. Alors j’en prend soin et je n’oublie pas de le mettre dans le reste de la soupe avec les autres légumes.

 Alors échapper à soi-même, c’est comme un couteau à double tranchant : il peut y avoir du bon comme du moins bon. Parce qu’on ne sait jamais exactement à quelle partie de soi il est bon d’éviter comme la partie qu’il est important de préserver. Et à ce moment-là, l’immigration peut souvent jouer le rôle de catalyseur, celui qui révèle cette partie de soi qui s’ouvre et s’épanouit ou qui se replie et se dessèche dans le pays d’accueil. Ainsi, dans certains cas, on se surprend à avoir des capacités et des forces dont on ne se soupçonnait même pas l’existence en soi. Dans d’autres cas, au contraire, l’immigration constitue une spirale de pertes, de limites et d’obstacles jusqu’à nous faire douter de qui on est ; de qui est ce soi en soi qu’on ne se reconnaît pas.

 Mais dans tous les cas, telle une pierre lancée dans la mare de notre vie, l’aventure de l’immigration nous fait vibrer dans tous les petits recoins de notre vie. En 2001, lorsque je suis sorti d’une année complète de formation en counseling obligatoire dans le cadre de ma maîtrise, j’étais complètement sonné. Je venais de passer un an à me faire brasser dans tous les sens, un an à me faire fouiller dans mes blessures, un an à me faire confronter dans mes limites. Ça vibrait pas mal, mettons : un peu comme se retrouver dans une sécheuse à tourner. Et là, je ne me reconnaissais plus vraiment. Des affaires que je ne connaissais pas vraiment avaient émergé en moi, une sorte de soi-démon qui avait pris possession de mon corps. Et mon professeur – celui qui m’avait mis dans la sécheuse – de me dire que c’est peut-être, au contraire, mon vrai soi qui s’exprimait enfin, avec le sourire bienveillant de celui qui en a dû traverser des hivers de souffrance apaisée. Il a vu neigé. Je suis même pas mal sûr que c’est lui l’inventeur de l’hiver tellement il a dû voir neiger. Faudra que je lui demande à un moment donné.

 La vie, la vie [3]

En vérité, on n’a qu’une seule vie,

Autant ne pas la gaspiller,

Et je continue de croire que je l’ai échappé belle,

Et le nez toujours dans le guidon de ma vie, ma belle échappée se poursuit

[1] Télésérie québécoise diffusée fin des années 90 sur SRC qui a eu énormément de succès

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