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C’est d’la job ! Je réponds…

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C’est d’la job !

Je réponds maintenant à une demande, celle de décrire un peu le monde du travail au Québec. La chose n’est pas forcément évidente pour deux raisons : cela ne fait que trois ans que je suis ici et que, pour un immigrant, je n’ai pas été dans beaucoup d’entreprises. Je suis dans la même compagnie depuis deux ans et demi, malgré tout, j’ai eu une certaine chance de connaître de nombreux événements depuis que j’y suis : renégociation de convention collective, échec des négociations, moyens de pression des employés syndiqués, grève de trois mois, vente de la compagnie, réorganisation et coupures, etc. En deux ans et demi, vous admettrez que c’est déjà pas mal non ?

Pour resituer le contexte, je travaille dans une compagnie de transport de fonds, dénommée ‘Sécur’ et qui contrôle plus de 70% du marché au Québec. Anciennement la propriété du groupe des Caisses Desjardins, la compagnie a été vendue à Garda Canada, une compagnie spécialisée dans le domaine de la sécurité et des enquêtes. Pour faire court, je travaille au sein du département de la logistique et l’on m’a confié temporairement, la gestion du service à la clientèle pour le traitement du numéraire. Sécur, qui devient progressivement Garda, compte plus de 1000 employés dans tout le Québec, dont près de 800 à Montréal. Voilà donc le contexte.

Ce qui surprend en arrivant dans le monde du travail au Québec, c’est la simplicité. On met de côté les relations compliquées entre les individus. Dans le fond, il se passe au travail ce qu’il se passe dans la vie en général : les rapports sont simples et l’on donne la priorité au dialogue.

Je pourrais citer un simple exemple. Il m’arrive assez souvent de croiser l’un des vice-président de la compagnie dans les couloirs. En France, on lui ferait des courbettes et, bien évidemment, le vouvoiement serait de vigueur. Ça irait d’un «Oui monsieur le vice-président…. Bien sûr monsieur le vice-président ». Or, lorsque je le vois, je l’appelle par son prénom et je le tutoie allégrement. Si un problème survient et si je sais que cela peut l’intéresser, je n’hésite jamais à lui en parler. En France oubliez ça ! Faudrait d’abord passer par votre supérieur immédiat, qui le passera à son supérieur immédiat, qui, par la suite, le passera à son supérieur immédiat, etc. Tout ça, si cela ne se perd pas en route, si cela n’est pas « oublié » sur une pile ou, mieux encore, volontairement « intercepté » en cours de route. Ici, on ira directement à la source afin d’être efficace le plus possible.

Il est clair tout de même qu’il faut être intelligent, si vous informez le V-P, il faut tout de même en parler à votre supérieur, non pas pour entretenir une certaine rigidité hiérarchique, mais plus pour le tenir au courant. Parce que cela pourrait également l’intéresser non ?

Deuxième constat, on fait confiance à ceux qui font la démonstration de leur talent, on n’hésite pas à donner de plus grandes responsabilités si on sent que la personne pourrait avoir la capacité d’y arriver. Depuis mon arrivée dans la compagnie, je suis passé d’un statut que l’on pourrait qualifier de « précaire », travaillant le soir et la fin de semaine, à un statut permanent, temps plein, un peu à cheval entre l’employé et le cadre. Depuis mars, je m’occupe seul, de répondre à des clients qui nous confient à chaque semaine des millions de dollars et de superviser les différentes recherches faites par les employés syndiqués, afin de répondre aux demandes des clients. J’avoue bien honnêtement que je reste encore surpris que l’on m’est confié une telle responsabilité, alors que je n’avais même pas encore deux ans d’ancienneté dans la compagnie et que je n’avais jamais eu ce genre de job par le passé. Certes, c’est temporaire, mais le fait est qu’on n’hésite pas à nous donner la chance de prouver nos compétences, y compris dans des domaines qui ne sont pas forcément les nôtres.

Le tout est d’avoir la bonne attitude et d’avoir de bons résultats. À partir de là, n’importe quel immigrant peut faire son trou assez vite. Bien sûr, il peut parfois y avoir des échecs, un employeur qui ne soit pas forcément très bien, mais si vous êtes des mois à végéter dans des « jobines » et que vous peinez à décrocher quelque chose de bien, à tous les coups, c’est que vous vous y prenez mal et qu’il faut vous remettre en question sérieusement. C’est l’Amérique ici, c’est à VOUS de vous adapter à ce monde du travail, non pas l’Amérique à s’adapter à vous ! Bref, tout est dans la capacité que vous aurez à vous adapter.

En mars 2002, lorsque j’ai intégré Sécur, ce n’était juste que pour obtenir cette fameuse première expérience québécoise. Je me fichais de travailler le soir, la nuit ou la fin de semaine, je voulais surtout voir comment ça se passait dans le monde du travail. Maintenant, j’ai progressé, on me connaît dans toute l’entreprise et je sais que mon travail est apprécié…. Un bon contexte pour poursuivre la progression et qui m’invite donc à être patient.

Cela pour dire que tout peut aller très très vite dans le monde du travail au Québec. N’oubliez pas que nous sommes en Amérique et que le bon travail, plus que la simple ancienneté, est toujours récompensé un jour ou l’autre. Il faut être compétitif, il faut être enthousiaste et dynamique. Dans le fond, le travail c’est comme une compétition sportive : c’est en pratiquant que l’on s’améliore et que l’on progresse, sinon, autant rentrer chez soi et attendre son chèque de BS !

Cependant, il faut reconnaître l’importance des syndicats ici. Oh surprise ! Mais attention, tout cela est à tempérer car le syndicalisme canadien n’a pas grand-chose à voir avec le syndicalisme idéologique français.

Comme je l’ai dit plus haut, je travaille dans un milieu syndiqué assez important. Il faut savoir que certains emplois sont réservés aux syndiqués et d’autres, aux non-syndiqués. Il n’y a pas de choix. Si vous appliquez pour un emploi syndiqué, vous devez vous syndiquer. Cela se fait automatiquement, mais de là, il faut suivre les règles inscrites dans votre convention. Par exemple, si demain, il me venait l’idée d’aller dans les blindés pour faire les approvisionnements de guichets automatiques, je passerais de « l’autre côté » et je deviendrais syndiqué.

Si jamais en tant qu’employé non-syndiqué, je venais à effectuer un travail à l’origine, réservé à un syndiqué, même s’il y a du retard, même si c’est pour donner un coup de main, le syndicat déposerait instantanément un grief et la compagnie serait contrainte de payer l’employé qui aurait été brimé.

Malgré tout, même s’il existe une confrontation naturelle entre les syndiqués et l’entreprise, le syndicat ne peut pas faire n’importe quoi. Ainsi, si demain le syndicat de chez Sécur-Garda venait à déclencher la grève, ce mouvement serait instantanément considéré comme « grève illégale » et le syndicat devrait rembourser à la compagnie les pertes occasionnées par ce geste. Imaginez la même chose dans un certain pays, où ils en sont à déclencher des grèves « préventives », des fois que, on ne sait jamais, le méchant employeur viendrait à prendre une décision qui ne plairait pas au syndicat ! Juste comme ça, pour voir !

En 2002, en pleines négociations et voyant que ça n’avançait plus, le syndicat a mis en place les moyens de pression. Qu’est-ce que cela signifie ? Le syndicat demande juste à ses membres de ne plus faire de temps supplémentaire, de faire leur travail au stricte minimum, conformément à la convention collective. Ceci est généralement la dernière étape avant le déclenchement de la grève. Début juillet, les négociations restaient au point mort et l’autorisation était donnée au syndicat d’aller en grève. Une fois le vote des membres obtenu, la grève débuta et l’ensemble des syndiqués quittèrent le travail. Mais tout cela, je l’avais un peu expliqué dans une de mes chroniques d’il y a deux ans.

Cependant, et pour être honnête, tout dépend de l’exécutif syndical. Avant la grève d’il y a deux ans, le président et les directeurs étaient plutôt teigneux, mettant toujours en avant leurs revendications, avant de songer aux clients qui, faut tout de même le dire, sont nos véritables employeurs. Aux dernières élections, les syndiqués ont conduit une équipe prête à travailler en harmonie avec la compagnie. Donc, changement de ton, un peu comme à une élection politique dans le fond. Malgré tout, la convention collective devrait être à nouveau négociée l’an prochain, on ne sait donc pas comment cela va se passer.

Les moyens pour déclencher une grève sont donc assez stricts. De plus, si le comité des services essentiels le décide, un service minimum sera mis en place. Ainsi, lors de la dernière grève des transports à Montréal, les services essentiels étaient maintenus. En clair, les transports fonctionnaient normalement aux heures de pointe. Cela juste pour ne pas brimer les travailleurs qui, eux, ont besoin d’aller au travail. C’est tellement mieux et plus simple !

Ce qui est bien également, c’est la non-collusion entre les syndicats et les partis politiques. Ainsi, contrairement à la plupart des pays européens, les syndicats ne servent pas d’instrument politique de l’opposition pour gêner le pouvoir en place. Il y a parfois des tentatives, mais cela ne prend pas. On a ainsi parlé de grève générale pour protester contre les projets de Jean Charest, mais cela s’est vite étouffé dans l’œuf.

Donc, un syndicalisme tout de même assez fort, mais souvent responsable.

Pour le reste, je remarque que l’on perd moins de temps dans des chicanes inutiles en mettant en avant l’efficacité et la productivité. Dans le fond, c’est peut-être aussi pour cela que les salariés font juste leur huit heures et rentrent chez eux, alors que dans certain pays européens, celui qui part à l’heure est un peu regardé de travers.

Ici, c’est l’inverse. Si un employé part toujours après ses heures, c’est qu’il n’est pas suffisamment efficace pour terminer à temps sa job. Il y a de fortes chances pour que cela se finisse dans le bureau du superviseur !

Pour le reste, les gens sont assez compréhensifs. Un retard à cause de la tempête de neige, un enfant malade, une visite chez le médecin…. Personne ne vous reprochera quelques petits écarts, il faut juste savoir rester dans les limites de l’acceptable. Si vous abusez, vous n’aurez pas de seconde chance. Croyez- moi bien !

Un dernier conseil pour les futurs immigrants. Partez en bons termes avec vos anciens employeurs, car si vous pensez qu’ils n’appelleront pas votre pays d’origine depuis le Québec pour prendre des renseignements, vous vous trompez !

Sitôt que j’avais quitté le cabinet de recrutement, un appel a été fait auprès de mes trois derniers employeurs. Et hop ! J’ai été pris quelques jours plus tard.

Voilà…. Je n’ai pas trop l’habitude de faire des chroniques personnelles ou des « tranches de vie », mais vu que je n’ai pas beaucoup de recul par rapport au monde du travail ici, je préfère parler de mon vécu et des petites choses que j’ai entendues ici et là. Bien sûr, le sujet est très vaste, alors il est toujours possible de prolonger ça sur le forum !

Bonne chance à tous les chercheurs et futurs chercheurs d’emploi !

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Écrit par
Petit-Prince

Mais qui est donc Petit-Prince ? Après s’être évanouit dans le désert sous les yeux médusés de l’aviateur en perdition, le revoilà au pays du froid et du sirop d’érable. Jean-Philippe Rousseau, de son vrai nom, est un Normand pur jus (dans le sens qu’il a souvent baigné dans le Calva). Malgré tout, il ne s’est pas contenté de sa douce campagne normande et a parcouru la France de long en large, avant d’échouer à Paris en 1995… C’est un passionné. Un passionné d’idées, de débat et de joutes verbales, qui l’a conduit à s’engager activement en politique le jour même de ses 18 ans. Il l’a fait en tant que responsable associatif bénévole et enfin en tant qu’assistant de sénateur durant presque quatre années. Mais ne vous méprenez pas ! Loin d’être un " politicard ", c’est un anticonformiste né. Il revendique haut et fort son statut de disciple de la génération des " Hussards ", cette " gang " d’écrivains français des années 50-60, en tête desquels on retrouvait Antoine Blondin, Roger Nimier, Michel Déon et un certain Marcel Aymé. Dans le même esprit, il se délecte des citations de l’inénarrable Michel Audiard, qu’il considère comme le plus grand dialoguiste français. Passez lui le film " Les Tonton Flingueurs " et ca sera l’extase suprême devant le jeu d’acteur de Lino Ventura et autres Bernard Blier. Autre passion : l’écriture. Et il écrit comme il parle, c’est-à-dire beaucoup ! Sur l’air de " j’aurai voulu être un artiste ", lui aurait voulu être journaliste. Au lycée, il lance un modeste journal satirique et sitôt entré à l’université, il fonde un journal étudiant où il peut assouvir sa passion sans retenue (ou presque). Mais toutes ces expériences palpitantes ne l’empêchent pas de sentir de plus en plus monter en lui, une certaine amertume. Comme le disait Charles Péguy au début du siècle dernier : " Mon pays me fait mal " et Jean-Philippe s’en détourne en découvrant le Québec à travers Internet en 1998. Mais c’est lors de son premier grand séjour dans la Belle Province, durant l’été 2000, qu’il tombe définitivement " en amour ". Trois visites touristiques plus tard, le voilà qu’il pose définitivement ses bagages à Montréal le 30 septembre 2001, juste avant d’avoir ses 28 ans. À côté d’un emploi administratif dans une grande compagnie montréalaise, il occupe ses temps libres à concevoir des sites Internet afin de progressivement se mettre à son compte. Ce petit Français reste émerveillé devant l’espace d’initiative et de créativité que lui offre le Québec. Il se sent tellement bien dans son nouvel environnement, que même si son sang reste français, son cœur est déjà profondément québécois. Il ne lui manque plus que d’avoir la retransmission du Tournoi des six nations de rugby, ainsi que la possibilité d’acheter de vrais croissants à côté de chez lui pour se sentir comme au Paradis. Mais tout vient à point à qui sait attendre, n’est-ce pas ? Site perso : La grenouille givrée… Baptisé « le parrain des blogistes immigrés » par le Courrier international à l’automne 2006

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