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À quoi joue le gouvernement ?

Les médias ont récemment relayé l’information sur la décision de la ministre de l’éducation de modifier le calendrier scolaire pour permettre à quelques écoles privées juives de dispenser des cours en fin de semaine. Les syndicats et l’opposition politique sont rapidement montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils ont qualifié comme un accommodement injustifié accordé à des écoles « illégales ». Illégales parce que ces écoles refusaient de se conformer au régime pédagogique québécois bien qu’elles reçoivent environ 70% de leur financement de la part du gouvernement.

La sortie de Mme Michelle Courchesne est intervenue pendant que l’opposition officielle – forte d’une pétition signée par des dizaines de milliers de personnes – espérait profiter de la reprise des travaux de l’assemblée pour exercer à nouveau la pression sur le gouvernement en vue de la mise en place d’une commission d’enquête sur les scandales touchant le secteur de la Construction. Les jeux olympiques de Vancouver puis la sortie de l’ancien premier ministre péquiste, Lucien Bouchard, accusant notamment le Parti Québécois (PQ) de s’être radicalisé sur la question des accommodements achèveront de neutraliser les initiatives de l’opposition officielle (PQ). Conséquence, le gouvernement s’accorde – au minimum – un nouveau répit sur la question des scandales dans le BTP et obtient un satisfecit de la part de quelques lobbyistes de la communauté hassidique montréalaise. Car il faut bien le dire, les demandes d’accommodements ne proviennent que d’une minorité extrémiste de la communauté juive.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement fait usage des questions sensibles d’accommodements pour détourner les regards de l’opinion publique sur ses difficultés bien réelles dans sa gestion de certains dossiers d’ordre économique. Ce fut le cas à l’automne dernier lorsque la ministre de l’immigration, Mme Yolande James, avait déposé le fameux projet de loi 16, dans un contexte social marqué par la révélation de scandales dans l’attribution des marchés publics dans le secteur de la Construction dans la grande région de Montréal. Ce projet de loi qui visait à amener les organismes gouvernementaux « à se doter de directives afin de mieux répondre aux différences culturelles des immigrants, en particulier les pratiques liées aux convictions religieuses ». À l’époque, les médias avaient révélé qu’à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) un accommodement religieux permettait à une personne de refuser de se faire servir par une femme ou un homme et d’obtenir d’être servie par un employé de l’autre sexe. On avait aussi appris qu’une disposition similaire existait dans d’autres organismes publics comme à la régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Dans cette affaire du changement du calendrier scolaire, officiellement, on a prétendu que c’est la promesse de ces écoles de donner des cours dans des matières visées par le régime pédagogique (Français, maths, éthique et culture religieuse,..) qui a en partie motivé la décision ministérielle. Mais c’est reconnaitre que ces écoles exerçaient un chantage sur le gouvernement. Pourtant, c’est ce gouvernement élu par le peuple qui aurait dû au contraire exercer sa pression en menaçant de retirer le financement public à des écoles qui ont choisi de sortir du cadre de la loi ? Ce n’est pas non plus la première fois que les libéraux font ce genre de cadeaux à ces groupes minoritaires en déphasage total avec les valeurs démocratiques et laïques de la société. Plusieurs doivent se souvenir qu’il avait pris la décision, au début de l’année 2005, de financer à 100% les écoles juives orthodoxes – comme il le fait avec une école grecque – au nom de la promotion « des échanges culturels » avant de battre en retraite après avoir constaté que les seuls échanges que sa décision avait provoqués, c’était des salves d’accusations mutuelles entre partisans et opposants au financement d’écoles religieuses, sur fond de fragilisation du modèle québécois du Vivre ensemble.

Le comble c’est qu’en suscitant de telles polémiques sur ces questions, le gouvernement parvient à échapper à court terme aux interpellations de l’opposition et de l’opinion sur des sujets plus urgents comme les scandales de l’attribution des marchés publics, les FIER, la caisse de dépôt,…dans lesquels sa responsabilité est pointée du doigt par les partis d’opposition. Cependant, il finira par être tenu pour responsable en cas de dégradation du climat social entre la majorité et les communautés culturelles. On se rappelle la sortie, il y a quelques mois, de Gérard Bouchard et sa charge contre le gouvernement Charest l’accusant d’avoir ignoré les recommandations de la commission, sur les pratiques d’accommodements, qu’il avait co-présidée avec Charles Taylor. Le rapport publié par cette commission, après plusieurs mois de débat public, comprenait plusieurs recommandations notamment sur la nécessité d’interdire les signes religieux ostentatoires dans certains services de la fonction publique. En décidant de ne pas donner suite à ces recommandations, le gouvernement a raté l’occasion de contribuer à améliorer les relations entre la population de souche et les nouveaux arrivants. La réaction du gouvernement se limita à « décider » de laisser le crucifix au dessus du siège du président de l’assemblée nationale, espérant sans doute flatter, par ce « geste », l’égo de la population de souche ainsi qu’à demander désormais aux nouveaux arrivants de signer un document symbolique rappelant les valeurs de la société québécoise mais qui ne les engagent en rien.

Ce n’est pas de cette façon que le gouvernement libéral contribuera à construire un Québec prospère, où les citoyens, de différentes origines et croyances, vivraient en harmonie dans le respect des valeurs communes de laïcité, d’égalité entre les hommes et les femmes et de démocratie. Un gouvernement élu par la population doit être ferme sur le respect de ces valeurs et pourra compter, pour ça, sur le soutien de la majorité des citoyens, y compris parmi les différentes communautés culturelles. Bien sur, il doit aussi améliorer le processus de l’intégration professionnelle des membres des minorités en s’occupant plus sérieusement de la question de la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger mais aussi en expliquant davantage à la population de souche l’apport positif de l’immigration au développement de la société québécoise.

Rayan

C’est à l’âge de 42 ans que Rabah alias Rayan arrive au Québec en octobre 2006 en provenance d’Algérie. Il s’installe avec sa famille dans la ville de Québec puis par la suite à Laval, au nord de Montréal. Rayan travaille dans l’enseignement et écrit depuis 2008 sur le site immigrer.com.

http://www.immigrer.com

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