Quatrième chronique du Grand Nord

Lundi Waskaganish

Petite communauté Crie de la Baie-James. Quelques 300 habitants. Nous demeurons dans un lodge tout en bois avec une immense cheminée de pierres qui monte au plafond, lequel fait environ 30 pieds et dont la salle à manger dont la face donne sur la rivière est toute vitrée. C’est magnifique!

Il y a des dream catchers accrochés un peu partout, des photos d’amérindiens à la chasse, à la pêche, des tableaux représentant des animaux, etc.

Nous débarquons avec nos valises. Nous commençons à monter la salle de cour. Je vais chercher les clefs de ma chambre. Chambre 129. OUPS! Il y a des gens dans ma chambre…

Nous sommes désolés, la chambre n’est pas encore disponible, voici une autre clef. Chambre 107. Deuxième essai. Wow! Ma chambre donne sur la rivière. Une superbe rivière, très large, avec plein d’arbres. Je sens que je vais aimer Waskaganish.

Je retrouve mes fameux amérindiens, très grands, aux longs cheveux noirs, à la peau bazanée. Très grands et plusieurs, très gros, obèses même! Pas étonnant quand on lit le menu du resto…Poutine classique, poutine italienne, hamburger, hot dog, pizza, lasagne, frites, club sandwich, grilled cheese, coke, pepsi, seven-up, café et that’s it my friend! Make your choice!

Personne ne me dit bonjour comme chez les Inuits, mais personne ne me dévisage, comme à Amos…

Je me fonds assez bien avec la masse. Je passe franchement inaperçue…Je suis peut-être un peu maigrichonne par contre…

Ce matin nous avons pris un Embraer. Nous avons croisé nos collègues en partance pour Puvurnituq à l’aéroport de Val-d’Or. Là il fallait attendre que le voyage de Puvurnituq embarque ses valises en premier, si on ne veut pas que nos baggages se ramassent là-bas. Ce serait complètement le bordel si les Procureurs de Puvurnituq se ramassaient avec les dossiers de la Baie James là-bas et vice-versa.

Nous on avait 14 valises de dossiers. Il faut bien les identifier. On met un petit ruban orange pour les valises de la Baie James. Puvi mettent une autre couleur. On doit mettre tous les dossiers d’un même village ensemble et les mettre en ordre alphabétique, pour suivre l’appel du rôle à la cour.

Il s’agit de grosses valises noires rigides. Elles se ressemblent toutes, c’est pourquoi il est important de les identifier.

Dans l’Embraer, il n’y a pas de toilette. Il y a seulement une dizaine de places. On prend deux Embraer différents. C’est à seulement 1h30 de distance. C’est comme pour aller à Montréal.

Mardi Waskaganish

Jour deux à Waskaganish. J’ai un peu l’impression d’être en vacances.

Comme j’ai encore mes pâtes aux fruits de mer de Kujjuuaq sur le coeur, je me suis emmenée des noix et des fruits pour la semaine. Je n’ai pas de frigo, ni accès à une cuisine, je n’ai donc pas emmené ma glacière.

Je me laisse tenter par une salade. La soupe aux légumes aussi est bonne.

Mes collègues décident d’y aller pour de la poutine…Poutine italienne. Pour les novices comme moi, ce sont des patates frites avec du fromage en grains et de la sauce à spaghetti par-dessus. En fait de dégueulasserie gastronomique, c’est assez fort!

Puis il y a un collègue qui se prend la totale, la poutine classique jumbo triple sauce!!!

Cela m’a fait le même effet que quand j’avais vu une famille d’obèses manger au resto en Arizona, cela m’a coupé l’appétit NET!

Pas été capable de finir ma salade…

Bof! S’il me prend une fringale cette nuit, j’ai des fruits et des noix dans ma chambre.

Mercredi Wemindji

Je ne me suis pas réveillée cette nuit. J’ai dormi comme une reine.

Nous arrivons à l’aéroport de Waskaganish. Le plafond est bas ce matin, 200 pieds, nous ne pourrons pas décoller avant que le ciel s’éclaircisse.

Ce matin, nous prenons un King Air. A peine six place. Un petit avion tout mignon, qui est pas mal moins bruyant que l’Embraer.

Nous attendons à l’aéroport. Les pilotes viennent nous consulter une heure plus tard. Ils viennent d’avoir la météo de Wemindji. Le plafond est rendu à 400 pieds. Nous pouvons décoller maintenant, par le temps que nous arrivions à Wemindji, le ciel devrait s’éclaircir et le plafond s’élever aux 600 pieds nécessaires pour l’atterissage.

Comme le temps est plus couvert sur la côte que dans les terres intérieures, le plan B serait d’atterrir à Moosonee, à la Baie James côté ontarien, qui est déjà dégagé ou bien d’atterrir à La Grande, comme plan C.

Wow! Est-ce que je vais pouvoir voir LG1?

Non. C’est à 40 km de voiture de La Grande.

Merde.

Et puis il faut des autorisations spéciales pour aller à LG1. Seuls les résidents de Radisson peuvent y aller sans permis. Merci Christian Latreille et tes reportages à la con sur la sécurité à LG1!

Bon, j’imagine que c’est mieux ainsi, avec les terroristes, on ne sait jamais…

Les pilotes nous expliquent que les deux avions vont se suivre à 7 minutes d’intervalle et que le premier agira en éclaireur, avec la technique du « diveshooting »…

C’est quoi ça le diveshooting?

Cela c’est quand le plafond est de moins de 600 pieds et que le pilote n’arrive pas à localiser la piste d’atterrissage. Il descend et lorsqu’il est sur le point d’atterrir et qu’en sortant des nuages, il constate que la piste d’atterrissage n’est pas là ou que pire, il est en train de foncer sur des arbres…il lève le nez d’un coup vers le haut…

!!!

Ben dis donc,  une chance que je n’ai pas peur en avion…

Et puis j’ai toujours aimé les montagnes russes…J’imagine que ça doit être à peu près le même feeling…

On entre dans l’avion. Est-il nécessaire de dire qu’il n’y a pas d’agent de bord? Le pilote et le co-pilote sont assis juste en avant de moi. Il n’y a même pas de séparation. Je les vois consulter tous leurs cadrans. Ils font leur plan de vol. Je peux les toucher du bout des doigts, sans me lever de ma chaise.

Le pilote nous dit qu’il y a des croissants sous tel siège, des jus dans la glacière sous tel siège et du café dans le thermos sous tel siège. Help yourself!

Mais dépêchez-vous de faire cela avant le décollage, parce que vous devrez restez attachés pendant tout le trajet, il va y avoir de la turbulence.

Un collègue, qui est assis à l’arrière, décide de s’improviser agent de bord. On se passe les jus et la boîte de croissants, de mains en mains. Pour le café, on va attendre le décollage, personne n’a envie de se faire ébouillanter.

J’ai oublié de dire que nous avions chargé l’avion auparavant. Nous avons fait la chaîne. Nous étions seulement des femmes, les hommes avaient tous pris l’autre camion. L’organisateur a dit que l’avion n’avait jamais été chargé aussi vite!

La plupart du temps, le co-pilote est une femme et une Crie de surcroît. Il y en a une qui est apparemment très belle et qui a une très longue chevelure noire, qui débarque de l’avion en secouant sa tignasse épaisse et en enlevant ses lunettes à la Top Gun, qui fait beaucoup tourner les têtes à Dorval…ou à Pierre-Elliott Trudeau…

En parlant de cette gang-là…Dans les avions de Air Creebec, on ne se gêne pas pour dire que Robert Bourassa et René Lévesque ont tout fait pour mettre des bâtons dans les roues des Cris quand ils ont voulu mettre sur pied leur compagnie d’aviation.

René Lévesque aurait dit au Grand Chef Cri : « Everybody knows that Indians cannot fly »…

Et Robert Bourassa aurait quitté SON cabinet sans donner d’explications quand les Cris lui auraient soumis leur idée de mettre sur pied une compagnie d’aviation. Les Cris, pour qui cette réunion était prévue depuis longtemps avec le Premier Ministre et malgré le manque évident de respect à leur égard, ont quand même tenu LEUR réunion dans LE cabinet du PREMIER MINISTRE, sans lui…

Et René Lévesque ne voulait rien savoir d’Air Creebec parce que les Cris voulaient fonder leur compagnie avec les Cris de l’Ontario parce que leur territoire couvre autant la Baie James ontarienne que québécoise.

C’est donc dans le Nord de l’Ontario que se situe le siège social d’Air Creebec. Air Creebec et Air Canada sont les deux compagnies principales qui desservent les vols commerciaux de l’Abitibi vers Montréal…

Le Grand Chef Cri se rappelle cette réunion qui a eu lieu il y a 25 ans avec ou plutôt sans Robert Bourassa et il se plaît à dire qu’aujourd’hui, Air Creebec est plus en santé que jamais, alors que Québecair n’existe plus depuis longtemps…

Tandis que les relations entre le gouvernement de Stephen Harper et les Amérindiens se portent plutôt bien! Ils ont d’ailleurs fait des excuses publiques aux Amérindiens qui ont été maltraités dans les pensionnats il y a quelques années, pas plus tard que mercredi de cette semaine…

Donc, je reviens à l’aéroport de Waskaganish. Nous attendons impatiemment qui sera tiré à courte paille pour être dans le premier avion qui fera possiblement un shootdiving…Mais je ne suis pas du lot…Zut!

Et puis re-zut, nous atterrissons sans problème à Wemindji. Le plafond est rendu à 600 pieds.

Sauf que nous arrivons tellement tard que nous n’avons pas le temps de faire grand chose.

Nous redécollons aussitôt pour Chisasibi, où nous passerons les deux derniers jours.

Cette fois nous restons dans des chambres d’hôtel, dans un centre d’achat et la Cour aussi est dans le centre d’achat. Mais c’est une vraie salle de Cour et nous avons des vrais bureaux.

Il y a 2500 habitants à Chisasibi et je crois qu’ils étaient tous à l’appel du rôle jeudi matin…It was insane!

Dans mon bureau, il y avait une mappe du Canada avec tous les tracés des traités entre la Couronne et les Aborigènes et les années correspondantes où les Blancs ont réussi à leur arracher plus de territoire.

Les Cris sont très riches. Ils reçoivent des redevances du Gouvernement parce que les Barrages et les Centrales hydro-électriques sont sur leurs territoires.

C’est la seule nation amérindienne qui ne se fait pas fourrer par le Gouvernement.

Le Chef de police de Chisasibi m’a dit que tout le monde lui demandait si j’étais amérindienne…

That made my day!

Et pis chu r’partie sur Québecair, Transworld, Eastworld, pis Pan American…

Pis ché pu…ché pu pantoute…où chu rendu…

Je p-r-é-f-è-r-e mon AirCreebec

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