Le Canada attire nettement moins d’étudiants étrangers qu’il y a encore deux ans. Selon une étude de faisabilité publiée le 5 mai 2026 par Statistique Canada, le nombre d’étudiants internationaux inscrits à temps plein dans les établissements postsecondaires publics du pays aurait chuté de près du tiers depuis 2023-2024. Les effectifs seraient passés d’environ 428 000 à près de 304 000 étudiants, soit une baisse de 124 000 personnes et un recul estimé à 29 %. Le pays reviendrait ainsi à des niveaux comparables à ceux observés pendant la pandémie.
Cette inversion est spectaculaire. Pendant deux décennies, le Canada avait connu une forte croissance de sa population étudiante internationale. Entre 2003-2004 et 2023-2024, le nombre d’étudiants étrangers à temps plein dans les universités et les collèges publics avait été multiplié par huit. Or, depuis la mise en place successive de plusieurs resserrements en matière d’immigration temporaire et de permis d’études, la tendance s’est brutalement retournée.
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Les collèges particulièrement touchés
La baisse ne frappe pas tous les secteurs de la même façon. Les programmes collégiaux apparaissent comme les plus durement atteints. Statistique Canada estime que les effectifs d’étudiants internationaux dans les collèges auraient diminué de 3 % en 2024-2025, puis de 40 % en 2025-2026.
Les cycles universitaires résistent un peu mieux, mais restent en net recul. D’après les données reprises dans le rapport, la baisse atteindrait 18 % au baccalauréat et à la maîtrise, et 11 % au doctorat.
Le choc est encore plus visible du côté des nouvelles inscriptions. Dans les collèges, les nouvelles cohortes d’étudiants étrangers auraient fondu de 75 % par rapport à 2023-2024. À l’université, les admissions internationales estimées pour 2025-2026 seraient revenues à un niveau comparable à celui de 2013-2014, soit un recul d’environ douze ans. Statistique Canada évoque même, à l’échelle nationale, une baisse de plus de 50 % des nouvelles inscriptions sur deux ans.
Le Québec recule moins que l’Ontario
La baisse est généralisée, mais elle varie fortement d’une province à l’autre. Le Québec, qui représentait 12 % des étudiants internationaux au Canada en 2023-2024, compterait désormais pour environ 15 % du total en 2025-2026. Cette progression relative ne signifie toutefois pas que la province accueille davantage d’étudiants étrangers : ses effectifs seraient eux aussi en recul, de l’ordre de 14 %.
C’est surtout l’effondrement plus marqué ailleurs qui modifie la répartition. L’Ontario, longtemps principal pôle d’accueil des étudiants internationaux, subirait une baisse d’environ 36 %. Les Prairies reculeraient de 17 %, tandis que la Colombie-Britannique enregistrerait une diminution d’environ 24 %. Malgré cela, l’Ontario resterait de loin la première province d’accueil, avec un peu plus de la moitié de la population étudiante internationale au pays.
Une conséquence directe des resserrements migratoires
Pour plusieurs acteurs du milieu de l’éducation, ces chiffres sont le résultat direct des réformes annoncées depuis deux ans par Ottawa et Québec. Le gouvernement fédéral a notamment plafonné les demandes de permis d’études, resserré l’accès à certains permis de travail pour les conjoints d’étudiants et réformé le permis de travail postdiplôme.
Au Québec, les établissements d’enseignement dénoncent aussi l’effet combiné des décisions provinciales et fédérales. Dans les informations rapportées, l’Université de Montréal estime que les statistiques publiées reflètent les annonces successives des gouvernements, tandis que la Fédération des cégeps soutient que l’approche adoptée a nui à l’ensemble du réseau, y compris à des établissements qui n’étaient pas visés par les abus reprochés à certains acteurs du secteur.
Des risques pour les programmes et les régions
Au-delà de la baisse des effectifs, plusieurs organisations s’inquiètent des conséquences concrètes sur l’offre de formation. La Fédération des cégeps prévient que certains programmes, notamment en région, pourraient être fragilisés si la diminution des étudiants internationaux se poursuit. Les secteurs liés à la formation de la main-d’œuvre, comme la santé, pourraient également en subir les effets.
Les collèges privés subventionnés du Québec signalent eux aussi une pression croissante. Certains programmes spécialisés, qui dépendent d’un recrutement international pour maintenir leur niveau d’excellence ou leur viabilité, pourraient être directement menacés. L’exemple de l’École nationale de cirque est cité parmi les formations qui doivent attirer des talents au-delà des frontières.
Une réputation à reconstruire
Les établissements ne contestent pas le droit des gouvernements de mieux encadrer l’immigration temporaire. Ils redoutent toutefois l’effet réputationnel d’une succession rapide de nouvelles règles, de plafonds et de restrictions. Selon plusieurs responsables du secteur, le Canada et le Québec sont désormais perçus comme des destinations moins prévisibles pour les étudiants étrangers, qui peuvent choisir de se tourner vers d’autres pays.
Cette perte d’attractivité se ferait déjà sentir, notamment auprès des étudiants français. Les cégeps québécois auraient observé une forte diminution des demandes d’admission internationales à l’automne 2024, malgré les liens historiques et linguistiques entre le Québec et la France.
Des données encore provisoires
Statistique Canada insiste enfin sur le caractère provisoire de ses estimations pour 2024-2025 et 2025-2026. Les chiffres seront révisés lorsque des données complètes deviendront disponibles. Mais la tendance de fond paraît déjà claire : après vingt ans de croissance soutenue, le Canada connaît un recul majeur de sa population étudiante internationale, avec des répercussions qui dépassent largement les seuls chiffres d’inscription.
source : La Presse
Crédit photo : Immigrer.com, Université McGill à Montréal

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