Entre ici et ailleurs - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada
Vous êtes ici
Accueil > Blogs > Entre ici et ailleurs

Entre ici et ailleurs

Depuis mon arrivée au Québec, j’ai toujours pensé que je devais choisir, la Tunisie ou le Québec. J’ai toujours cru que je ne pouvais adhérer totalement aux valeurs d’ici qu’en renonçant à celle d’ailleurs. Je ne suis plus aussi sure à présent.

Quand je suis arrivée au Québec, j’avais 25 ans et j’étais en colère comme la jeunesse est en colère. J’étais déçu par une adolescence incomprise et une vie malheureuse. Je me suis réfugiée ici, non comme les réfugiés de guerre mais un peu comme eux tout de même. Aujourd’hui j’ai 33 ans et ma jeunesse est derrière moi, j’ai grandi et je suis devenue une adulte, j’ai un enfant adorable et des amis fantastiques. J’ai de nouvelles perspectives professionnelles et j’ai fini par terminer une maîtrise qui a trop longtemps duré. Immigrer au Québec m’a permis de me retrouver et d’apprendre à aimer de nouveau, j’ai compris bien des choses sur la vie devant des paysages si majestueux et des conditions de météo si extrêmes. J’ai fais la paix avec moi-même et je suis calme et sereine.

Je ne sais pas si c’est le fait de grandir et de comprendre que rien ne peut être parfait nul part, que ce qui fait notre bonheur n’est pas tant dans ce qui nous entoure mais dans qui nous entoure. Le Québec m’a tout offert et bien plus encore mais il ne m’a pas offert de famille. Je ne le blâme pas, ce n’est pas sa job. Je reste donc déchirée entre ici et ailleurs, mon cœur est partagé.

En Novembre dernier, j’ai reçu la visite de ma petite sœur qui venait faire un stage à Toronto et pendant deux mois nous sommes redevenues les filles d’avant. Nous avons passé de longues soirées à nous raconter nos vies et à discuter de toutes sortes de choses. Elle vit en Tunisie et c’est une femme instruite et brillante qui poursuit son cheminement au delà de mes frontières. Elle n’est pas brimée par le système social, elle n’est pas victime d’arriérisme du moins pas plus qu’ailleurs quand on tombe sur des non-évolués. Elle a l’air heureuse et épanouie en tant que femme et dans sa vie professionnelle. Elle aussi elle a grandit.

Je lui ai dis au revoir il y a à peine 3 semaines et pourtant j’ai l’impression qu’elle est partie depuis des années, tellement elle me manque. Je n’ai plus envie de vivre ça, je n’ai plus envie de dire au revoir encore et encore. Chaque fois que j’accompagne un membre de ma famille qui vient me rendre visite ou que je me fais raccompagner par eux quand j’y vais, c’est une nouvelle souffrance.
Certaines personnes disent que c’est parce que je n’ai pas encore trouvé ma famille ici, je ne pense pas que ce soit le cas. Je ne suis pas malheureuse de ma vie, je ne suis pas triste et déprimée. C’est juste que je m’ennuie d’eux. Je pense aussi que c’est une question de distance et de décalage horaire qui ne facilitent pas les contacts et les visites.

Je ne sais pas ce que je veux faire, ni ce que je dois faire, j’ai l’impression d’avoir une décision à prendre et je ne sais pas encore laquelle. Je sais juste qu’il me manque quelque chose. Quelque chose que le Québec ne m’a pas encore offert. Quelque chose qui ferait en sorte que je sois vraiment heureuse au lieu d’être juste pas malheureuse

Haut

Bienvenue au Canada