Ailleurs, c'est plus ches moi...

Ailleurs, c’est plus ches moi…

Ailleurs, c’est plus ches moi.

Ce mois-ci, j’ai réussi, de justesse, à éviter deux déplacements professionnels que je devais faire. Le premier à Edmonton, l’autre à Ottawa, d’où j’aurais été obligé de vous écrire mon avant dernière chronique depuis le lit King d’une chambre d’hôtel insipide. Par chance, j’ai pu rester chez nous, et tel Grey Owl dans sa cabin, c’est d’ici que je vais vous gribouiller les dernières nouvelles de mon pays yukonnais…. où comme dans tous les pays, on s’amuse, on pleure, on rit. Il y a des méchants et des gentils, mais surtout des gentils.

C’est bizarre. Avant, je voulais toujours être ailleurs. Mon esprit était toujours en train de rêvasser devant la moindre mouche (et parfois libellule) qui passe, et sur les traces de Maya l’abeille, il vagabondait en permanence vers des planètes inaccessibles, en quête de voyages imaginaires dans des pays qui n’existent pas. Ce petit garçon étourdi, introverti, à la limite de l’autisme aigu que j’étais, a bien changé aujourd’hui….

Je ne veux plus être ailleurs…. C’est fou ce que je deviens casanier. Je ressemble de plus en plus aux chats avec qui je cohabite. Même mon chien me trouve bizarre et réclame des explications. Alors je lui réponds d’une petite tape sur la tête qu’on pourrait difficilement être mieux qu’en ce moment. Il acquiesce, ferme les yeux et se laisse bercer par les vagues d’ambiances douces-amères des notes du piano de sa maîtresse qui est en train de jouer la valse d’Amélie à son gros bedon, et nous invite, à l’intérieur de notre cabane, au voyage des émotions.

C’est quand même beaucoup moins difficile d’être heureux ici, hein…. béatement heureux. Dans ce coin de planète peuplé par des gens qui nous ressemblent pour la plupart, tous venus d’ailleurs, et possédant cette ouverture d’esprit des voyageurs…. où le rythme de vie s’apparente à la musique d’un film de Kusturica, à un poème de Robert Service ou aux doux arômes fruités qui s’échappent de ma pipe qui se repose à la fenêtre, ou à ceux du fameux café « Midnight Sun » qui crépite dans la cuisine…. la vie devient plus facile dans cette ambiance grisante, où même se rendre à sa job ressemble à des vacances à l’année longue.

Oui, répond-il avec ses yeux noirs mais brillants qui s’entr’ouvent vaguement! Elle est ici notre nouvelle planète. Elle existe. Définitivement! Mon chien sait tout cela, il est presqu’aussi intelligent que moi, c’est juste cette histoire de chats qu’il n’a pas bien captée, quoique maintenant il les aime bien, il râle juste par principe. Tu vois, mon chien, après ces différents horizons qu’on a traversés, on y est enfin arrivés chez nous…. ici, au Yukon. Et maintenant, on ne s’en va plus….

Bon, vous le savez si vous avez suivi mes précédentes chroniques, on l’a trouvé un peu par hasard ce petit coin de paradis…. un peu pour le chien, beaucoup pour nous, et en partie guidés par un petit refrain qui m’envoûte depuis de nombreuses années : « Go west, young man. And break bread in the new lands ».

Lorsque nous sommes arrivés à la fin de l’Ouest, on ne pouvait pas se jeter à l’eau avec le Cherokee, alors on a pris le Nord. Puis, nous l’avons déniché notre paradis, sans trop le faire exprès, sans même que nous en eussions défini une idée précise à l’avance, ni soupçonné d’ailleurs qu’il pût en exister un quelque part. Mais le Yukon, un peu comme le subjonctif plus-que-parfait, ça fait peur un peu quand on ne le connaît pas, y’en a qui savent même pas que ça existe, mais après quand on le découvre, ça devient trippant. Le Yukon n’est certainement pas pour tout le monde, mais, un peu comme les rillettes de veau, quand on y goûte, on raffole et on en redemande! Quoi qu’il en soit, le Yukon est sans doute surtout devenu notre paradis parce que la vie nous sourit à tous les niveaux depuis que nous y avons posé les pieds. Ou peut-être sommes-nous tout simplement heureux à cause de l’arrivée du printemps et de l’équinoxe qui commence à rallonger nos journées jusqu’à les rendre interminables et à m’offrir de nouveau de longues heures de clarté quand je reviens du boulot, puis des couchers de soleil spectaculaires. Ou encore parce que ma petite fille va naître d’un jour à l’autre…. Je ne sais pas.

En tout cas, le « carrosse » Jeep tout neuf de la petite marquise est arrivé : son tout premier véhicule, vous imaginez! Avec ses 3 roues tout-terrain, ses amortisseurs et son siège auto intégré, elle va faire pâlir de jalousie tous les petits yukonnais qui restent en ville et roulent en carrosses de supermarchés….

La maman est toute guillerette, surtout depuis que son congé de maternité a commencé. Celui-ci dure en principe 1 an, mais elle recommencera sûrement à travailler après 6 mois si elle se sent suffisamment en forme…. après ça, je prendrai la relève à mon tour pour 6 mois, pendant lesquels je vais pouvoir profiter complètement de mon bébé à la maison…. Comme je ne pourrai pas allaiter, on prévoit de congeler le lait… tout ça va certainement demander une certaine organisation, mais je pourrai bien sûr emporter des bidons avec moi sur le porte-soda du carrosse !

Bon j’ai du sommeil à anticiper, je vais faire une petite sieste avant d’aller dormir, parce qu’il paraît que je vais être très fatigué d’ici une semaine ou deux.

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