La suppression du volet francophone du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) ne devrait pas, à elle seule, faire chuter brutalement l’immigration francophone en Ontario. Mais pour plusieurs observateurs, cette décision envoie un signal préoccupant aux candidats francophones et aux communautés qui cherchent à renforcer leur vitalité.
Le gouvernement ontarien a annoncé, le 26 juin, une réforme majeure de son programme d’immigration provinciale. Les huit volets existants du POCI ont été fermés, dont celui destiné aux travailleurs qualifiés francophones. Ce volet permettait à des candidats parlant français, et disposant aussi de solides compétences en anglais, d’obtenir une désignation provinciale de l’Ontario, une étape importante vers la résidence permanente.
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Cette désignation ne garantissait toutefois pas l’obtention de la résidence permanente. La décision finale relevait toujours du gouvernement fédéral. Mais elle constituait un appui de la province dans le parcours d’immigration, souvent décisif pour les candidats.
Un programme peu utilisé, mais symboliquement important
En 2025, l’Ontario a accueilli 19 390 nouveaux résidents permanents d’expression française. Selon les données rapportées par Le Droit, seulement 395 d’entre eux seraient passés par le volet francophone du POCI.
À première vue, le poids de ce programme semble donc limité. L’immigration francophone en Ontario repose désormais largement sur d’autres mécanismes, notamment Entrée express, le système fédéral qui accorde davantage de points aux candidats maîtrisant le français.
« Depuis la mise en place d’Entrée express, ce volet était devenu peut-être un peu moins nécessaire », a résumé Luisa Veronis, professeure de géographie à l’Université d’Ottawa.
Le volet francophone du POCI avait pourtant connu des années plus fortes. En 2022, 1245 candidats francophones seraient passés par cette voie, puis 1045 en 2023. La baisse observée depuis s’inscrit aussi dans un contexte plus large de resserrement des cibles d’immigration au Canada.
Selon Kimberly Jean Pharuns, directrice générale de l’Observatoire en immigration francophone au Canada, les provinces disposent désormais de moins de marge de manœuvre. En Ontario, le nombre de candidats pouvant être sélectionnés par le POCI est passé de 21 500 en 2024 à 10 750 en 2025.
Un signal négatif envoyé aux candidats
Même si le volet francophone du POCI ne représentait qu’une faible part des admissions francophones en Ontario, sa disparition n’est pas anodine.
Pour Kimberly Jean Pharuns, il serait trop simple de conclure que son abolition aura peu d’effet. Le problème se situe aussi dans le message envoyé aux candidats.
« Ça a un impact sur les candidats à l’immigration qui vont possiblement prendre la décision de passer par le POCI. Ça peut être contre-productif. Le message, c’est qu’il n’y a pas d’ouverture. C’est un message fort qu’on envoie », a-t-elle expliqué.
Cette inquiétude est particulièrement vive dans les régions où les besoins francophones ne sont pas toujours les mêmes que ceux du marché du travail anglophone majoritaire. Dans le Nord de l’Ontario, par exemple, la capacité d’attirer des travailleurs francophones peut être essentielle pour les écoles, les services de santé, les organismes communautaires et les entreprises locales.
« Les besoins de main-d’œuvre des communautés francophones ne sont pas tout à fait alignés sur ceux de la majorité anglophone », rappelle Kimberly Jean Pharuns.
Des communautés qui craignent de perdre un outil
Du côté des organismes francophones, l’inquiétude porte surtout sur l’absence d’alternative clairement annoncée.
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ne s’oppose pas à une réforme du POCI, mais regrette que le gouvernement ait supprimé le volet francophone sans présenter de mécanisme de remplacement.
« Pour nous, on n’est pas contre une réforme pour rendre le système plus efficace, mais il n’y a pas d’alternative », a affirmé son président, Fabien Hébert.
Selon lui, les communautés francophones naviguent désormais « un peu dans l’inconnu ». L’AFO estime aussi que le gouvernement rate une occasion d’arrimer son programme d’immigration aux objectifs de croissance de l’immigration francophone prévus dans la Loi sur les langues officielles.
Une réforme plus large de l’immigration ontarienne
Le ministre ontarien de l’Immigration, David Piccini, défend cette réforme comme une façon de rendre le système plus efficace et mieux adapté aux besoins économiques de la province.
« En modernisant le POCI, notre gouvernement mise sur des profils d’expérience, déjà intégrés au marché du travail, capables de contribuer rapidement à nos efforts continus de protection de l’économie ontarienne », avait-il indiqué au moment de l’annonce.
Mais pour les défenseurs de l’immigration francophone, cette logique économique ne doit pas faire disparaître les besoins spécifiques des communautés minoritaires. L’immigration francophone ne sert pas seulement à combler des postes vacants. Elle participe aussi à la vitalité linguistique, culturelle et démographique des communautés franco-ontariennes.
Luisa Veronis estime d’ailleurs que les provinces devraient disposer de plus de latitude pour mieux répondre à leurs réalités locales. Elle évoque même l’idée d’un modèle offrant davantage d’autonomie aux provinces en matière d’immigration, à l’image de ce que le Québec possède déjà.
Une perte limitée, mais révélatrice
La disparition du volet francophone du POCI ne devrait donc pas effacer les gains récents de l’immigration francophone en Ontario. En 2025, la province a atteint un sommet important : plus d’un résident permanent admis sur dix était d’expression française.
Mais cette décision soulève une question plus large : comment garantir que la croissance de l’immigration francophone ne dépende pas uniquement des programmes fédéraux?
Pour les organismes franco-ontariens, l’enjeu n’est pas seulement statistique. Il est aussi politique. Supprimer un outil, même imparfait, sans annoncer de solution de remplacement, risque d’affaiblir la confiance des candidats et des communautés.
Le volet francophone du POCI n’était peut-être plus le principal moteur de l’immigration francophone en Ontario. Mais sa disparition rappelle que les minorités francophones ont besoin de mécanismes visibles, adaptés et stables pour continuer à attirer et retenir des nouveaux arrivants.
Source : Le Droit

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