Le retrait du DEC en tourisme de la liste des formations donnant accès au permis de travail postdiplôme (PTPD) inquiète des cégeps régionaux et l’industrie touristique québécoise, qui y voient un frein majeur au recrutement et à la rétention de main-d’œuvre qualifiée.
Depuis le 1er novembre 2024, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a retiré plusieurs programmes collégiaux de la liste des parcours admissibles au permis de travail postdiplôme. Parmi eux figure le DEC en tourisme, une formation particulièrement populaire auprès des étudiants étrangers.
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Cette décision suscite de vives inquiétudes dans plusieurs régions du Québec, notamment à Matane et à Saint-Félicien, deux des six établissements collégiaux qui offrent ce programme dans la province. Les directions craignent que cette mesure nuise à l’attractivité de leurs formations, fragilise certains programmes et prive les régions d’une relève déjà formée localement.
Au cégep de Saint-Félicien, 95 des 110 étudiants inscrits au programme de tourisme sont étrangers, en grande majorité français. Pour Nathalie Landry, coordonnatrice à l’international de l’établissement, leur contribution dépasse largement les salles de classe.
« Nos étudiants en tourisme occupent des emplois dans le domaine durant l’été, à Saint-Félicien ou ailleurs dans la région. C’est un apport en main-d’œuvre qualifiée. Ça devient hyperimportant pour notre industrie du tourisme et son positionnement à l’international », souligne-t-elle.
Or, sans accès au permis de travail postdiplôme, plusieurs de ces étudiants risquent de ne plus pouvoir demeurer au Québec après leur formation. Une situation qui inquiète fortement les cégeps, mais aussi les employeurs touristiques qui comptaient sur cette main-d’œuvre.
« On va avoir de la difficulté à les garder à long terme », estime Mme Landry, en parlant des étudiants arrivés après le 1er novembre 2024. « Dans le passé, tout le monde se plaçait après la formation. Mais avec le changement au permis de travail postdiplôme, on ne pourra pas tous les garder. »
Selon elle, cette décision crée un paradoxe : le Québec forme des étudiants étrangers pendant trois ans, les intègre dans ses régions, puis leur ferme la porte au moment où ils pourraient contribuer au marché du travail.
« C’est de la main-d’œuvre formée chez nous, qui est prête à travailler chez nous, qui a une âme québécoise après les trois ans d’études, puis on va lui dire que ce n’est pas possible de rester. C’est d’une tristesse », déplore-t-elle.
Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Les lenteurs administratives pour obtenir un certificat d’acceptation du Québec (CAQ), les longs délais de traitement au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) ainsi que les exigences financières additionnelles compliquent déjà le recrutement international, selon les responsables collégiaux.
Du côté de l’industrie, l’inquiétude est tout aussi vive. Xavier Gret, directeur général du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme, estime que le Québec se prive d’une main-d’œuvre dont il a pourtant grandement besoin.
« On forme des gens sur notre territoire, on a la chance qu’ils veuillent rester, puis on ne peut pas les garder », déplore-t-il. « Partout, on nous demande d’augmenter la productivité. Or, la clé de la productivité, c’est la formation. »
À Matane, les effets commencent déjà à se faire sentir. Le cégep constate une baisse des admissions dans son programme de tourisme, pourtant l’un des secteurs qui attiraient le plus d’étudiants étrangers.
« On est dans une région très touristique. Donc, c’est sûr qu’à terme, ça va avoir des impacts sur la vitalité touristique et économique de notre région », affirme Francis Turcotte, coordonnateur des communications et du développement international au cégep de Matane.
La Matanie, comme plusieurs régions du Québec, doit déjà composer avec une population vieillissante et des pénuries de main-d’œuvre récurrentes, rappelle Denis Lévesque, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie de la Matanie.
« Sur le plan touristique, assurément, les défis sont grands. On a une population vieillissante ici, en Matanie. Et bien sûr que la pénurie de main-d’œuvre nous frappe annuellement aussi », souligne-t-il.
Le retrait du DEC en tourisme n’est pas le seul à inquiéter le cégep de Matane. Les programmes de photographie et d’animation 3D, également très prisés des étudiants étrangers, ont eux aussi été exclus de la liste donnant accès au permis de travail postdiplôme.
Pour Francis Turcotte, cela revient à affaiblir l’attractivité de formations qui dépendent en partie de la présence d’étudiants internationaux.
« Ils peuvent venir étudier, mais, par la suite, le marché du travail leur est bloqué. C’est une perte majeure d’attractivité et de dynamisme pour nous », dit-il.
Le cégep de Matane prévoit accueillir environ 180 étudiants étrangers à la prochaine session d’automne, contre 320 en 2019. Une baisse qui pourrait avoir des conséquences importantes sur l’offre de formation et sur l’économie régionale.
« Si la situation continue, des programmes pourraient disparaître dans les prochaines années. Il y aurait quand même des impacts majeurs dans le milieu socio-économique de l’est du Québec », prévient M. Turcotte.
Pour les cégeps touchés, l’enjeu dépasse donc largement la question administrative du permis de travail. Il s’agit aussi de l’avenir de certains programmes, de la vitalité des régions et de la capacité du Québec à retenir des étudiants étrangers déjà formés dans des secteurs où les besoins demeurent importants.
source : Le Devoir

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