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Les récents exploits du Canadien de Montréal lors des séries éliminatoires de la Ligue Nationale de Hockey ont incontestablement fait vivre un printemps magique au Québec. La fièvre de la Coupe Stanley s’est donc fait sentir pendant plusieurs semaines au fur et à mesure que les joueurs du Canadien accumulaient les exploits, une première fois face aux Capitals de Washington puis ensuite face aux Penguins de Pittsburg.

Comme partout ailleurs dans le monde, le sport constitue un véhicule important de l’intégration sociale de l’immigrant à sa société d’accueil. Cela prend un sens particulier au Québec compte tenu du rôle déterminant qu’y tient le Canadien de Montréal : son importance est loin de se limiter à la seule dimension sportive mais se déploie aussi et surtout sur les plans culturel, linguistique et donc politique. Un sens particulier mais pas exclusif à la société québécoise : comme partout dans le monde, la présence forte d’un sport ne peut se comprendre que dans son rapport avec la société où il a émergé.

On rêve ainsi de voir le sport – c’est-à-dire le hockey – réussir là où le travail et l’école ont encore de la difficulté dans le processus d’intégration des immigrants dans la société québécoise. Dans ce contexte, la récente performance en séries éliminatoires du Canadien est susceptible de représenter un puissant moteur d’intégration des immigrants à la culture québécoise. En effet, le sport a de cela de particulier est qu’au-delà des caractéristiques de chaque discipline sportive (règles du jeu, manière de compter les points, etc.), il permet à un individu de s’identifier à une ville, à une communauté voire à un pays. Le genre d’identification – certains parleront même de communion – capable de transcender les différences linguistique, culturelle, sociale ou ethnique. L’immigrant, fan de soccer (en provenance d’Europe ou d’Afrique du Nord) ou de cricket par exemple (originaire d’Inde) peut retrouver aussi dans le hockey le modèle typique ritualisée du supporter d’un club sportif : l’uniforme des joueurs comme visuel de ralliement, le rythme des matchs de la saison régulière, la rivalité particulière avec certains adversaires (les Bruins de Boston dans le cas du Canadien de Montréal), l’intensité des matchs à fort enjeu et, bien entendu, la communion avec les autres partisans.

On peut en effet rêver de voir le hockey fédérer québécois de souche et québécois d’adoption dans une même ferveur, d’abord sportive, pour ensuite se déployer – « en toute logique » – dans les domaines de la culture, de la langue, de la politique, etc. La symbolique est, dans le cas du Québec, extrêmement forte et lourde de significations : l’une des raisons ayant présidé à la naissance du Canadien de Montréal fût d’avoir un club de hockey francophone à Montréal (face aux Maroons anglophones). Ensuite, les exploits de Maurice « the Rocket » Richard, au tempérament si représentatif des canadiens-français de l’époque – dont l’humilité n’avait d’égale que sa détermination sur la glace – n’ont fait qu’alimenter le sentiment nationaliste identitaire au Québec. De là, chaque conquête de la Coupe Stanley par le Canadien participait à ce mouvement croissant d’appropriation des québécois sur eux-mêmes.

Ainsi, chaque match du Canadien, à une certaine époque, pouvait donner à se voir comme une métaphore de la lutte constante (culturelle, linguistique, politique, économique) de ces canadiens-français où la patinoire symbolisait cet espace social où le canadien-français pouvait enfin y voir un endroit où il gagnait. À ce titre, bien des québécois – et en particulier les plus souverainistes d’entre eux – aiment à voir le fameux but de Maurice Richard, alors qu’il traîne le défenseur Earl Siebert sur son dos depuis la ligne bleue, comme un symbole de la détermination des québécois à survivre coûte que coûte malgré le poids numériquement et culturellement écrasant d’un environnement anglophone.

Dans un article très intéressant de Jonathan Trudel sur ces « nouveaux mordus du hockey » que représentent bien des immigrants, on a effectivement l’impression que ce sport représente un excellent véhicule d’intégration des immigrants à la société québécoise. La dimension fortement affective et ludique d’un sport permet en effet de créer peut-être plus facilement ce sentiment identificatoire (à une communauté, à des valeurs, à des symboles) que le long et fastidieux travail d’information de l’histoire et d’analyse des enjeux politique, linguistique et culturels d’une société. Il est vrai que l’intensité d’une soirée dans une Cage aux Sports, entouré de collègues de travail québécois de souche, à voir gagner le Canadien peut sûrement faire mille fois mieux que de lire des livres, de regarder des documentaires à la télévision ou de s’informer sur Internet sur le Québec. Et il est fort probable qu’un immigrant aura plus de chances de rencontrer des québécois de souche en jouant au hockey (dans une ligue de garage par exemple) plutôt qu’en allant jouer au soccer sur un terrain.

En ce qui me concerne, je ne suis cependant pas – encore – convaincu des vertus intégratrices du hockey chez les immigrants. En effet, l’article de Jonathan Trudel montre certes un intérêt, voire une passion, marquée des immigrants pour le hockey mais ce sport ne définit pas à lui seul la société québécoise. Devenir un fan de hockey ne signifie pas que l’immigrant est intégré ou veut s’intégrer à la société québécoise. Avant d’arriver à la conclusion, très désirable j’en conviens, d’un immigrant intégré parce que fan de hockey, d’autres conclusions sont possibles : il peut reporter sur le Canadien de Montréal sa passion de partisan qu’il portait auparavant sur son équipe de soccer ou de cricket préféré dans son pays d’origine ; il peut « consommer » intensément le Canadien de Montréal (en regardant tous les matchs à la télévision, en allant au Centre Bell, en en discutant avec ses collègues de travail, etc.) sans consommer rien d’autre de ce que peut offrir la culture québécoise (musique, gastronomie, télévision, arts, etc.). Le lien entre passion pour le hockey et passion pour le Québec est trop facilement ou trop rapidement posé à mon avis.

Bien sûr, on peut me répondre qu’il faut bien que l’intégration commence quelque part et qu’on devrait être heureux qu’un immigrant vive un engouement pour le Canadien de Montréal. Je suis tout à fait d’accord. Là où je suis plus circonspect est de ne pas mélanger engouement pour le sport, engouement pour le Canadien de Montréal et engouement pour la culture québécoise. Ce sont trois choses assez distinctes entre elles et si l’on peut bien sûr construire des ponts entre elles, il est naïf de les construire à priori. Que l’on rêve de voir l’immigrant s’intégrer harmonieusement à la société québécoise par le hockey est une aspiration très légitime. Il ne faudrait cependant pas espérer que l’immigrant développe le même rapport affectivo-culturel au hockey qu’a le québécois de souche : Maurice Richard allant quand même scorer malgré un joueur sur son dos n’aura pas la même résonance chez le québécois de souche et chez le québécois d’adoption. Si le premier pourra jusqu’à y voir toute la symbolique d’une petite société distincte, le second pourra y voir « seulement » l’expression du courage, de la détermination et de l’envie de gagner d’un joueur exceptionnel. Que cela lui donne envie, ensuite, d’explorer un peu plus la question – pour comprendre par exemple pourquoi un tel joueur au Québec – est une autre chose.

Après le printemps magique que nous fait connaître le Canadien de Montréal lors des séries de la Coupe Stanley, voilà que commencera d’ici peu la Coupe du Monde de soccer en Afrique du Sud. Une autre magie sportive va s’emparer du Québec mais, cette fois-ci, au travers essentiellement de ses immigrants qu’ils soient d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Sud ou encore du Moyen-Orient ou d’Asie.

Voici une autre belle opportunité de faire du sport un véhicule d’intégration au Québec : permettre à bien des québécois de souche de comprendre l’engouement pour le football qui va saisir à partir du 11 juin leurs collègues de travail, leurs voisins ou leurs amis qui viennent d’ailleurs.

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