Et pourquoi pas le Saguenay-Lac-Saint-Jean!

C’est une expérience professionnelle temporaire qui m’amène à vous parler de la région Saguenay-Lac-Saint-Jean et à en profiter pour faire un petit plaidoyer pour la régionalisation de l’immigration au Québec. Je crois en effet, de plus en plus, qu’il faut desserrer l’étau sur la région de Montréal. Peut être que les évènements malheureux vécus cet été ne sont qu’un signe annonciateur de futures crises encore plus graves. Il y va donc de la responsabilité des pouvoirs publics de trouver les moyens nécessaires afin d’inciter les immigrants à s’installer dans les différentes régions où des possibilités d’emploi se présentent. Je crois aussi que les nouveaux immigrants et notamment ceux qui éprouvent des difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi à Montréal, doivent tourner leur regard vers les régions pour y chercher des opportunités professionnelles.

N’étant pas un expert dans le domaine, je n’irais donc pas plus loin et je n’entrerai pas dans un débat de spécialistes. Je m’exprimerais juste en tant que témoin que de ma propre et modeste expérience. Je pense que pour certains postes, les régions sont plus porteuses pour les immigrants. La concurrence y est moins forte que dans les grandes villes et les établissements sont en tout cas contraints de recruter pour remplacer des départs en retraite ou en congé de maladie. Les immigrants ne doivent donc pas hésiter à aller chercher de l’expérience locale n’importe où cette opportunité se présentait. Je ne suis pas en train de dire « Allez en région et vous trouverez surement l’emploi de vos rêves ». Je dis simplement qu’il ne faut pas rechigner devant des possibilités d’emploi en région surtout quand elles sont en rapport avec nos qualifications. Quitte à exhiber ensuite cette expérience, pour postuler à d’autres emplois dans les grandes villes, si tel est notre souhait.

Il ne faut surtout pas croire qu’en allant en région, on s’enterre d’une certaine façon. Les gens y vivent bien et, peut être, plus longuement que ceux résidant en ville. Ceux qui aiment les beaux paysages et recherchent le climat sain, seront bien servis. En effet, à mesure que je découvre les différentes régions du Québec, je me rends compte qu’elles sont toutes aussi belles les unes que les autres. Saguenay-Lac-Saint-Jean qui regorge de rivières, de lacs et de nombreuses petites iles ne fait pas exception. Cette région compte environ de 275 000 habitants dont quelques 180 000 pour la ville de Saguenay. Saguenay-Lac-Saint-Jean regroupe plusieurs autres villes sympathiques : Alma, Roberval, Saint-Félicien,…etc. Tous ces centres urbains se tiennent sur un rayon d’une centaine de kilomètres.  La région baigne dans deux plans d’eau importants, le lac Saint-Jean (dit mère intérieure) et la rivière Saguenay. Les plages du lac Saint-Jean s’étendent sur plus de 40km et les endroits paradisiaques ne manquent pas. Ces endroits qui vous font croire, le temps d’une sortie ensoleillée, à la possibilité d’une coexistence pacifique et durable entre l’homme et de la nature : l’être humain pouvant profiter de la beauté de ces paysages sans les agresser, …sans les dénaturer. D’autre part, Saguenay, que Jacques Cartier baptisa le Royaume, dispose d’un certain nombre d’infrastructures et d’établissements divers qui font d’elle, une ville moderne assurant à ses habitants une bonne qualité de vie : Université, Cegeps, écoles spécialisées, aéroport. Ligne de chemins de fer, hôtels, restaurants,…etc. Saguenay, issue de la fusion en 2001 de plusieurs villes (Chicoutimi, Jonquière, la Baie et Laterriere,..),  est dirigée par le maire Jean Tremblay. Le même Tremblay qui avait défrayé la chronique l’année dernière, en plein débat sur les pratiques d’accommodements, lorsque l’on avait appris qu’il entamait les réunions de son conseil municipal par une prière. Si les symboles religieux sont présents partout au Saguenay, il semblerait que ce soit juste une question de désir d’exposer et d’arborer les objets qui font partie du patrimoine culturel de la région. Et les symboles religieux font partie de ce patrimoine. Preuve que les Saguenéens ne sont pas plus religieux ni plus conservateurs que le reste des Québécois, est que les églises ne sont fréquentées que par les plus de 60 ans.

Sur le plan économique et après une période de crise, l’on a enregistré ces dernières années un certain dynamisme avec la construction de nouveaux barrages hydroélectriques, l’élargissement de la Route 175 et l’ajout de nouvelles installations chez le géant  de l’aluminium Alcan, plus gros employeur de la région. L’on escompte par ailleurs, que les opérations de revitalisation des centres urbains, l’implantation et la modernisation d’entreprises spécialisées dans la transformation de l’aluminium, l’ajout d’installations à la base militaire de Bagotville, l’amélioration de services publics et l’aide apportée à l’industrie forestière permettront de soutenir les investissements futurs. L’objectif est de faire de la région, un des principaux pôles économiques du Québec.

Dans ce contexte, la population totale continue de diminuer comme dans la plupart des autres régions du Québec. Cependant, c’est la baisse, annoncée, de la population arrivant sur le marché du travail, qui semble inquiéter les responsables.  À ce titre, l’on surveille de près l’indice de remplacement qui est défini par le rapport entre le nombre d’entrants potentiels (20-29 ans) et de sortants potentiels (55-64 ans), sur le marché de l’emploi. Déjà en 2006, la région dénombrait 99 entrées potentielles pour 100 sorties potentielles (110 entrées au Québec). Elle passait ainsi sous le seuil jugé critique de 100 entrées pour 100 sorties et il faut s’attendre à une détérioration de la situation. La région n’a visiblement d’autre choix que d’encourager l’arrivée des immigrants. Dans ce cadre, il existe bien une entente spécifique de régionalisation de l’immigration du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour la période 2006-2009 mais elle ne semble pas avoir produit les résultats escomptés. Son objectif est d’augmenter le nombre de personnes immigrantes qui s’établissent dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean pour atteindre annuellement un objectif de 250 personnes et dont la majorité appartiendrait à la catégorie de l’immigration économique. Il faut savoir qu’entre 1989 et 2007, 4845 immigrants se sont installés dans la région mais 2165 l’ont quitté au cours de la même période soit un taux de rétention moyen de 55%, contre 69% pour la région de la Capitale nationale et 81% pour la région d’Estrie. C’est sans doute pour ce dernier taux que les responsables locaux veulent prendre exemple sur ce qui a été fait en Estrie et notamment dans la ville de Sherbrooke.

Pour le moment, on n’enregistre pas de tendance notable indiquant une augmentation du nombre de nouveaux arrivants. Le site Web de la ville de Saguenay ne donne pas d’informations précises pour les immigrants désireux de connaitre les modalités et les dispositions permettant leur accueil et leur installation. On ne peut que le déplorer. Cependant, cela ne devrait pas constituer un obstacle freinant les ardeurs d’un immigrant qui dispose d’une opportunité de travail dans la région. Une chose est certaine, la vie y est moins chère qu’à Montréal et l’immobilier plus accessible. S’agissant de l’intégration dans la société d’accueil, certes les gens des régions n’ont pas l’habitude de voir beaucoup d’immigrants autour d’eux et les mêmes immigrants n’ont pas non plus l’habitude d’aller en région. Il faut donc se livrer à une entreprise d’apprentissage réciproque durant laquelle il faut faire preuve de patience. Les propos d’une Camerounaise installée dans la région de Charlevoix depuis 17 ans, exprimés au cours d’un séminaire sur l’immigration, qui disait notamment qu’elle avait longtemps affronté certaines insultes racistes par le sourire, résonnent encore dans mes oreilles. Pour elle, c’est une façon de montrer que ce sont les auteurs de ces insultes qui ont un problème. Elle a fini par trouver sa pleine place dans sa société d’accueil. En tout cas, on ne combat pas les préjugés en les fuyant.

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Rayan
C’est à l’âge de 42 ans que Rabah alias Rayan arrive au Québec en octobre 2006 en provenance d’Algérie. Il s’installe avec sa famille dans la ville de Québec puis par la suite à Laval, au nord de Montréal. Rayan travaille dans l’enseignement et écrit depuis 2008 sur le site immigrer.com.
http://www.immigrer.com

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